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Câbles électriques sous-marins : la Régie de l’énergie rejette la demande d’Hydro-Québec

La centrale thermique vue des airs avec ses six cheminées.

La Régie de l'énergie souhaite plus d'informations avant de prendre une décision pour la transition énergétique des Îles-de-la-Madeleine, actuellement alimentées en électricité par une centrale thermique au mazout lourd (archives).

Photo : Radio-Canada / Steve Rompré

La Régie de l’énergie refuse, pour l'instant, d'approuver le plan d'Hydro-Québec visant à raccorder l'archipel madelinot au réseau hydroélectrique continental par câbles sous-marins. Elle demande à la société d'État d’analyser de façon plus poussée deux autres scénarios qui incluent la conversion la centrale thermique existante au « gaz naturel liquéfié renouvelable » et l’ajout d’éoliennes.

L’option du raccordement par câbles sous-marins pour assurer la transition énergétique des Îles-de-la-Madeleine est privilégiée par Hydro-Québec depuis de nombreuses années, mais la Régie de l’énergie estime que la demande d’approbation présentée n’est pas complète.

Dans une décision de 72 pages (Nouvelle fenêtre), la Régie demande davantage d’informations pour préciser les coûts et les risques financiers afférents, de mieux en évaluer l’acceptabilité sociale ainsi que les mesures d’atténuation appropriées, de façon à ce qu’elle soit en mesure de prendre une décision éclairée.

« Sur la base de la preuve présentée, la Régie n’est pas convaincue que la solution privilégie par Hydro-Québec est optimale en regard des orientations retenues, plus particulièrement pour ce qui est de la réduction des coûts d’approvisionnement et de l’acceptabilité sociale. »

— Une citation de  Extrait de la décision de la Régie de l'énergie

Le Régie de l'énergie demande ainsi à Hydro-Québec de compléter l'étude d’avant-projet en cours sur le scénario de raccordement par câble sous-marin et d’entamer parallèlement le même genre d’analyse pour les scénarios d’ajout de deux ou quatre éoliennes couplé à la conversion de la centrale au gaz naturel liquéfié renouvelable .

Les îles de la Madeleine sont alimentées en électricité par une centrale thermique qui fonctionne au diésel.

La centrale thermique est actuellement alimentée par du mazout lourd, mais la Régie souhaite qu'Hydro-Québec étudie davantage le scénario de sa conversion au gaz naturel liquéfié renouvelable combinée à la construction de deux ou quatre éoliennes (archives).

Photo : Luc Paradis / Radio-Canada

La Régie est d’avis que ces scénarios apparaissent aussi intéressants que la solution privilégiée en regard de leurs coûts et de la capacité à diminuer les émissions les GES.

De plus, la Régie demande à Hydro-Québec de mener des consultations publiques sur ces scénarios qui combinent gaz naturel liquéfié et énergie éolienne en plus de celui des câbles sous-marins.

Hydro-Québec reconnaît que les rencontres publiques organisées à l'automne 2021 n'ont porté que sur l'option du raccordement sous-marin et non sur l'ensemble des scénarios énergétiques possibles.

Hydro-Québec prend acte de la décision de la Régie de l’énergie, mais refuse pour l’instant de la commenter en entrevue.

Hydro-Québec souhaite dans un premier temps examiner cette décision ainsi que son impact potentiel sur les échéanciers prévus, peut-on lire dans une courte déclaration écrite acheminée aux médias. Le raccordement au réseau est la solution qu’elle privilégie et qu’elle a déposée à la Régie de l’énergie. Cette solution s’appuie sur la tenue de consultations et sur différentes analyses menées depuis 2018 auprès des clients et clientes des Îles-de-la-Madeleine et de groupes environnementaux répartis à l’échelle du Québec.

Une carte sur lequel un tracé relie l'Anse-à-Beaufils à Belle-Anse.

Le scénario de raccordement sous-marin inclut l'installation de 225 km de câbles électriques entre la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine. Le coût total du projet est évalué à 2,3 milliards sur 40 ans. Cela représente une économie de 300 millions par rapport au statu quo.

Photo : Radio-Canada

L’Association madelinienne pour la sécurité énergétique et environnementale souhaite aussi prendre connaissance de la décision de la Régie de l’énergie avant de commenter.

La Communauté maritime des Îles n’a pas non plus souhaité accorder d'entrevue sur le sujet aujourd'hui.

Hydro-Québec avait annoncé le raccordement par câbles sous-marins de l'archipel en 2018. En 2020, la société d'État avait toutefois fait un pas de recul pour relancer l'analyse d’autres scénarios énergétiques, car l'option annoncée s’avérait beaucoup plus coûteuse que prévu.

Par la suite, six options énergétiques déclinées en 17 scénarios ont été examinées. La société d’État a mené un coup de sonde pour tâter le pouls de la population en matière d’acceptabilité sociale.

Hydro-Québec avait conclu en 2021 que l’option du raccordement sous-marin demeurait toujours la meilleure option en vertu des critères environnementaux, sociaux, économiques de même que pour assurer la fiabilité de l’approvisionnement. La transition énergétique avait toutefois été reportée de 2025 à 2027.

Plusieurs organisations se sont fait entendre

Dans le cadre du processus de décision de la Régie de l'énergie, neuf organisations ont fait valoir leur position sur le scénario envisagé par Hydro-Québec. La presque totalité a remis en question le processus d'analyses et la méthodologie de la société d'État pour en arriver à définir le scénario du câble comme la meilleure option.

Aucun des intervenants au dossier ne recommande à la Régie d’approuver la Stratégie reposant sur la solution privilégiée par le distributeur, note la Régie dans sa décision.

C’est notamment le cas de la Communauté maritime des Îles-de-la-Madeleine qui estime, selon ce qu'on peut lire dans la décision de la Régie de l'énergie, que l’information véhiculée par Hydro-Québec pour mesurer l’acceptabilité sociale auprès des Madelinots était sommaire et éludait l’évaluation des retombées économiques locales.

La Communauté maritime des Îles est donc d’avis que les informations dont dispose [Hydro-Québec] ne sont pas probantes et suffisantes pour cerner adéquatement l’acceptabilité sociale attachée aux scénarios à étude.

Selon le sondage téléphonique mené auprès de 609 citoyens des Îles-de-la-Madeleine en 2020 pour le compte d’Hydro-Québec, 76 % des répondants étaient favorables au projet de raccordement par câbles sous-marins alors que l’appui était de 59 % pour l’ajout d’éoliennes (excluant Havre-Aubert) et 28 % pour la conversion de la centrale au gaz naturel liquéfié.

L’Association québécoise de la production d’énergie renouvelable (AQPER) déplore quant à elle que les scénarios énergétiques faisant l’objet d’une combinaison de deux types d’énergie n’aient pas fait l’objet de sondage puisqu'Hydro-Québec a limité son sondage à six options énergétiques, bien qu’elle ait analysé 17 scénarios dont certains combinaient plus d’une source d’énergie.

Le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ) soutient que les informations transmises par Hydro-Québec sont manifestement déficientes et incomplètes, ce qui ne permet pas à la Régie de rendre une décision éclairée.

Le Groupe de recommandations et d’actions pour un meilleur environnement (GRAME) est le seul intervenant qui se dit en faveur d’un scénario de raccordement des Îles-de-la-Madeleine par des câbles sous-marins. Toutefois, contrairement au scénario favorisé par Hydro-Québec, il recommande le maintien de la centrale actuelle uniquement en cas de besoin et non pour subvenir aux besoins énergétiques lors des pics de consommation, notamment durant les grands froids hivernaux.

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