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La biodiversité, « parent pauvre » des plateformes électorales en environnement

Le futur gouvernement aura pourtant l'acceptabilité sociale des Québécois pour protéger les espèces menacées, disent des chercheurs, étude à l'appui.

Un caribou se déplace sur une montagne.

Le caribou des bois (écotype forestier) fait partie des espèces menacées les plus prisées par la population québécoise, indique une étude de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique.

Photo : Getty Images

Le déclin de la biodiversité est à peine abordé dans les programmes environnementaux des partis politiques ces élections-ci, alors qu'il préoccupe la population québécoise, selon une récente étude de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique.

Lorsqu'on regarde la campagne qui se déroule, c'est vraiment famélique, ce qu'on retrouve en matière de biodiversité, lance Jérôme Dupras, chercheur et professeur titulaire de la Chaire, rattachée à l'Université du Québec en Outaouais.

D'après l'étude (Nouvelle fenêtre) menée par M. Dupras et ses collègues, les Québécois se disent pourtant préoccupés par le déclin d'espèces fauniques – en particulier le caribou forestier et le béluga de l'estuaire du Saint-Laurent – et comprennent qu'ils subiront les effets de leur disparition.

En préservant l’habitat [de ces espèces], on protège également tout un écosystème dont les fonctions écologiques nous sont essentielles, souligne Ann Lévesque, auteure principale de l’étude, commandée avant les élections par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Un quart des 880 participants se disent même prêts à débourser 160 $ par an pour financer un programme de préservation de la grande faune et 12 $ pour des programmes de conservation d'oiseaux, d'insectes ou de poissons et de mollusques, selon l'étude.

Les chercheurs ont en outre remarqué que les politiques de conservation qui ciblent plusieurs espèces menacées ou vulnérables attirent un soutien du public plus important.

Au Québec, 20 espèces font partie de la liste des espèces menacées (dont le béluga de l'estuaire du Saint-Laurent), 18 sont jugées vulnérables (comme le caribou forestier) et 115 sont susceptibles d'être désignées comme menacées ou vulnérables.

L’étude vient justement mettre en lumière [que] les gens sont prêts à de la communication, des stratégies, des annonces, des promesses, explique Jérôme Dupras. Il y a une demande sociale qui est forte, il y a une acceptabilité.

Malgré cet intérêt manifeste, les propositions des principaux partis politiques pour protéger les espèces vulnérables et menacées demeurent excessivement minces, déplore-t-il.

« La biodiversité, c'est clairement le parent pauvre des programmes politiques en environnement. »

— Une citation de  Jérôme Dupras, chercheur et professeur titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique

Tous les pays s'entendent pourtant pour dire que l'érosion de la biodiversité est aussi majeure que la crise des changements climatiques, insiste-t-il, évoquant les conventions de l'ONU et la tenue de la COP15 à Montréal, en décembre.Il y a énormément de bouillonnement parce que nos territoires sont en transition et la biodiversité s'effrite, ajoute-t-il.

Si la plupart des partis sont prompts à chiffrer leur engagement pour lutter contre les changements climatiques, il en est tout autre des plans de protection de la biodiversité. Pour atteindre leur cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les chefs proposent « un plan détaillé » d'électrification des transports ou d'efficacité énergétique, illustre M. Dupras. Mais pour la biodiversité, c'est très, très flou, dit-il.

Un béluga dans des eaux sombres

Le béluga de l'estuaire du Saint-Laurent est l'une des 20 espèces qui figurent sur la liste des espèces menacées au Québec.

Photo : Getty Images

En plus de la réduction des activités qui menacent la survie des espèces les plus vulnérables, les chercheurs sont d'avis qu'il faudra des investissements « majeurs » et « conséquents ».

Mais, encore une fois, les engagements monétaires en la matière se font rares. On le fait à coups de milliards pour les changements climatiques, mais personne ne se mouille pour cette question-là, soulève M. Dupras.

Le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique convient néanmoins que certaines mesures avancées par les principaux partis, comme les cibles de protection de superficie du territoire, permettront de protéger par la bande les espèces menacées.

« La biodiversité, c'est invisible, c'est silencieux, c’est mobile, c'est difficile à saisir. Ce n'est pas comme une tonne de GES. »

— Une citation de  Jérôme Dupras, chercheur et professeur titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique

Pour protéger la biodiversité, Québec solidaire (QS) propose notamment l'aménagement de corridors fauniques et l'élargissement du réseau de la Sépaq afin de créer des milieux protégés pour la faune qui les habite. Le Parti libéral du Québec (PLQ) entend pour sa part inscrire un droit à la préservation de l'environnement et de la diversité biologique dans la Charte des droits et libertés de la personne et développer une Stratégie de protection des milieux naturels et de la biodiversité.

Protéger des espèces menacées sur des terres privées

La Coalition avenir Québec, le PLQ et QS se sont engagés à protéger 30 % du territoire québécois d'ici 2030, conformément aux exigences de la Convention sur la diversité biologique de l'ONU. Le gouvernement Legault avait d'ailleurs rehaussé sa cible après avoir atteint son objectif de 17 % d'aires protégées, en décembre 2020.

Or, seulement 9 % du territoire protégé se situe au sud du 49e parallèle, où la biodiversité est la plus riche de la province et où l'activité humaine est la plus importante, notent les chercheurs. On y retrouve la majeure partie des terres privées et la plupart des espèces menacées, indiquent-ils.

Ces écosystèmes sont perturbés par la destruction des milieux naturels, la prolifération d'espèces envahissantes, les changements climatiques et la pollution systémique.

Le défi sera d'établir « l'ancrage légal » pour favoriser le rétablissement des espèces menacées sur des propriétés privées, résume Jérôme Dupras. D'où l'importance de s'assurer que la politique de conservation et les enjeux de protection des espèces soient bien communiqués aux Québécois.

Bien que le réseau d'aires protégées a fait du Québec un précurseur en la matière, la province devrait en faire davantage en matière de connectivité écologique et d'adaptation de la biodiversité aux changements climatiques, note Jérôme Dupras.

Le futur gouvernement pourrait même faire de la protection de la biodiversité une de ses stratégies de lutte contre les changements climatiques pour diminuer le bilan carbone de la province, selon le chercheur. En comparaison à d'autres pays dans le monde, le Québec en est à un stade assez embryonnaire, souligne Jérôme Dupras.

Je pense qu'on doit marier ces deux enjeux, ou du moins que la biodiversité puisse profiter des enveloppes dédiées à la stratégie climatique, résume-t-il.

L'environnement, un enjeu qui gagne en importance

Parmi les 24 608 répondants qui ont participé à la Boussole électorale (Nouvelle fenêtre) de Radio-Canada entre le 26 août et le 31 août 2022, 31 % ont indiqué que l'environnement était l'enjeu le plus important de cette élection, devant la santé (25 %) et l'économie (22 %).

Les préoccupations environnementales des répondants ont considérablement augmenté au fil des élections qui se sont tenues de 2012 à 2022 (2012, 2014, 2018 et 2022). Il y a 10 ans, l'intérêt des répondants de la Boussole électorale pour cette question se situait sous la barre des 10 %.

Les répondants plus enclins à voter pour le Parti vert (67 %) et Québec solidaire (58 %) ont indiqué cette année que l'environnement était l'enjeu le plus important, tandis qu'il était au deuxième rang, après la santé, pour les électeurs libéraux (25 %) et pour les électeurs péquistes (25 %) après les questions relatives au Québec et à la langue.

Chez la CAQ, l'environnement arrive au 3e rang (19 %), après la santé et l'économie. Seulement 4 % des électeurs du PCQ ont répondu que les questions environnementales étaient à leurs yeux la priorité de cette campagne.

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