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Les Québécois anglophones à la recherche d’une voix à l’Assemblée nationale

À moins d'un mois des élections, de nombreux anglophones du Québec cherchent comment se faire entendre à l'Assemblée nationale. De nouvelles formations politiques tentent d'attirer leur vote, comme le Parti libéral du Québec (PLQ) n'est plus aussi populaire qu'avant.

Une femme promène un chien entre les arbres.

Le parc Westmount, rue Sherbrooke Ouest

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Sur le chemin du bord du lac à Pointe-Claire, Desiree Ofter dénonce la loi96 sur la langue officielle et commune du Québec. La citoyenne anglophone de Pointe-Claire craint de ne pas recevoir de soins en anglais quand elle accouchera d'un deuxième garçon à la fin septembre.

« Avec les nouvelles lois, je ne me sens pas citoyenne, [mais] je suis ici depuis ma naissance. »

— Une citation de  Desiree Ofter, résidente de Pointe-Claire

J'aime bien parler en français, travailler en français, mais je veux aussi avoir des services en anglais à l'hôpital quand je vais avoir mon fils, précise-t-elle. C'est difficile de penser dans ces moments-là et j'aimerais avoir de l'assistance en anglais.

Desiree Ofter,  enceinte de 8 mois, avec son fils de 2 ans dans une rue de Pointe-Claire dans l'Ouest de l'île de Montréal

« J'aime bien parler en français, travailler en français, mais je veux aussi avoir des services en anglais à l'hôpital quand je vais avoir mon fils », dit Desiree Ofter, enceinte de 8 mois.

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

Le gouvernement Legault assure que la loi 96 n'amène pas de changement dans les services de santé. Le premier ministre a d'ailleurs déjà dénoncé la désinformation à ce sujet, mais n'empêche, Desiree Ofter se méfie. La situation des anglophones s'est d'ailleurs détériorée à son avis depuis que la Coalition avenir Québec est au pouvoir et elle a bien l'intention de voter pour les libéraux.

Au centre commercial Fairview en bordure de l'autoroute 40, plusieurs personnes rencontrées s'attendent à ce que de nombreux députés libéraux soient réélus dans l'Ouest de l'île, mais la partie ne s'annonce pas aussi facile qu'auparavant.

Ils vont avoir beaucoup de misère cette année, dit un client dans la soixantaine. Le Parti libéral s'en va en déclin avec les mauvaises décisions des chefs.

Ça fait 30 ans que je suis dans le secteur, tempère une cliente francophone, et ce serait une grande surprise s'il fallait que le Parti libéral ne l'emporte pas.

Balarama is amazing!

Balarama is amazing! lance Phillip Mikey Gillespie, un coiffeur établi rue Sherbrooke dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce depuis une douzaine d'années. Entre deux coups de ciseaux, il explique que le chef du parti Bloc Montréal, Balarama Holness, est un modèle pour la jeune génération. C'est la première fois qu'on voit un Noir anglophone de Notre-Dame-de-Grâce se présenter en politique et ça résonne chez nous.

Son client a déjà de l'expérience en politique, car il a tenté sans succès de se faire élire maire de Montréal l'an dernier. Il s'était hissé au troisième rang, derrière Valérie Plante et Denis Coderre, avec 30 235 votes ou 7,2 % des votes valides. Cette fois, il se présente lui-même dans Notre-Dame-de-Grâce avec une quinzaine de candidats répartis principalement dans l'Ouest de l'île de Montréal, à Laval et à Vaudreuil. Le vote anglophone est dans la ligne de mire de Bloc Montréal.

On voit encore le déclin du français, dit Balarama Holness en rappelant le dernier recensement de Statistique Canada. Ce n'est pas parce que les gens parlent en anglais, c'est que le gouvernement du Québec est en train d'échouer à apprendre aux nouveaux arrivants la langue française.

Balarama Holness se fait couper les cheveux dans un salon du quartier Notre-Dame-de-Grâce.

Le chef du Bloc Montréal, Balarama Holness, en visite chez son coiffeur « Mikey » Gillespie dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce.

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

L'obligation incluse dans la Loi 96 de suivre des cours en français dans les cégeps anglophones l'irrite particulièrement.

Rendu à 18, 19, 21 ans, si tu es anglophone puis tu ne parles pas en français, tu es foutu comme on dit. Tu ne vas pas apprendre une nouvelle langue en prenant trois cours de biologie en français. On apprend en s'assurant qu'on a des enseignants et enseignantes de français dans toutes les garderies.

Villes bilingues, villes inquiètes

Dans une déclaration écrite, la mairesse de Westmount, Christina Smith, affirme que la communauté anglophone a des inquiétudes, car le message que nous avons reçu du gouvernement du Québec est que nous ne faisons pas partie du Québec.

« Nous croyons que les projets de loi 96 et 21 ne reflètent pas le Québec inclusif que nous chérissons, où le français est la langue commune. »

— Une citation de  Christina Smith, mairesse de Westmount

Nous sommes contrariés par le fait que la Charte des droits et libertés n'est pas respectée : plafonnement des inscriptions [au cégep], des perquisitions et des saisies sans mandat, écrit-elle.

La loi 96 touche aussi le statut bilingue de plusieurs municipalités avec une forte proportion d'anglophones. Ce statut peut être révoqué si moins de la moitié de la population est anglophone. Les villes peuvent cependant conserver leur statut bilingue en adoptant une résolution dans les 120 jours après avoir reçu un avis de l'Office de la langue française.

On ne voudrait pas perdre notre statut de ville bilingue avec la loi 96, indique le maire de Dorval, Marc Doret. Dorval a toujours été une ville bilingue et je ne vois pas pourquoi on changerait cela.

Le maire de Montréal-Ouest et président de l'Association des municipalités de banlieue de l'île de Montréal, Benny Masala, affirme que la loi 96 oblige également les villes bilingues à communiquer en français avec les personnes morales ou entreprises.

Un homme debout dans un stationnement extérieur

Maire de Montréal-Ouest et président de l'Association des municipalités de banlieue de l'île de Montréal, Benny Masala

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

On interagit déjà avec les grandes compagnies et le gouvernement en français, explique-t-il. Mais le monsieur qui a le dépanneur dans ma ville a peut-être le français comme deuxième ou troisième langue. Il reçoit des communications de la Ville déjà assez complexes et il doit les traduire. Ça peut causer des appréhensions. Je trouve que c'est la chose la plus difficile.

C'est décevant

La loi 96 revient systématiquement dans les conversations avec des représentants de la communauté anglophone. Le Quebec Community Groups Network (QCGN) aurait aimé en discuter avec le chef de la Coalition avenir Québec François Legault dans une assemblée virtuelle, mais il n'a pas répondu à l'invitation, même s'il est officiellement responsable comme premier ministre des Relations avec les Québécois d'expression anglaise.

« C'est décevant, car quand M. Legault a été élu, il a dit que c'était le gouvernement pour tous les Québécois et il semble que ce n'est pas la réalité. »

— Une citation de  Eva Ludvig, présidente du Quebec Community Groups Network (QCGN)

Les minorités religieuses, les minorités anglophones et les immigrants sont presque exclus et il n'y a aucun plan pour les rencontrer et c'est dommage. Ce n'est pas bon pour la société québécoise, se désole la présidente de QCGN, Eva Ludvig.

Questionnée sur ses intentions, l'équipe de la Coalition avenir Québec a laconiquement répondu par courriel que concernant QCGN, il n'est pas prévu que nous y participions sans offrir d'explications.

Le Parti québécois n'avait toujours pas accepté l'invitation aux dernières nouvelles. Québec solidaire a offert d'envoyer un candidat, mais pas de chef, ce qu'a refusé QCGN. La cheffe libérale Dominique Anglade et le chef du Parti canadien du Québec, Colin Standish, se sont déjà prêtés à l'exercice. Le chef conservateur Éric Duhaime y est attendu ce mardi et Balarama Holness, le 15 septembre.

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