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Cinq chefs, une élection... et une déclinaison de clivages politiques

L'émission spéciale Cinq chefs, une élection a sondé les convictions et les promesses électorales des leaders politiques.

François Legault à l'émission spéciale Cinq chefs.

Le chef de la CAQ François Legault a ouvert le bal des entrevues électorales.

Photo : Radio-Canada / Daniel Thomas

Violence et insécurité, déclin du français, viabilité du troisième lien, pénurie de travailleurs, services de santé inaccessibles, laxisme face à la Fonderie Horne… les clivages politiques des chefs des cinq principaux partis aux élections québécoises ont été mis en lumière dimanche soir à l’issue de deux heures d’entrevues individuelles à l’occasion de l’émission spéciale Cinq chefs, une élection.

Un peu à la manière d’un entretien d’embauche où les réponses peuvent déterminer la sélection du futur candidat, chaque chef a été exposé aux divers sujets qui, depuis une semaine, ont animé les rencontres électorales.

Le chef caquiste François Legault a ouvert le bal des entrevues individuelles en reconnaissant que les mesures sanitaires étaient peut-être en partie liées au climat délétère qui gangrène le débat public, mais que l’attentat politique du Métropolis d’il y a dix ans n’avait rien à voir avec la situation actuelle.

Questionné d’emblée sur ses promesses de baisses d’impôts alors que le système de santé dysfonctionne, le premier ministre sortant a décidé de mettre de l'avant ses engagements économiques pour soutenir financièrement les personnes âgées de 70 ans et plus. Il a pointé un écart de richesse avec l’Ontario et défendu le besoin de donner un peu d’air aux contribuables.

L’épineux sujet de la santé est réapparu à plusieurs reprises, notamment concernant le difficile, voire impossible, accès à un médecin de famille, et non à une infirmière.

Regardez l'entrevue avec le chef de la Coalition avenir Québec et premier ministre sortant, François Legault.

Le premier ministre sortant a répété qu’avec les groupes de médecine de famille (GMF), tous les Québécois seront capables dans les 36 heures de voir un médecin ou une infirmière selon leurs besoins.

Quant aux listes d’attente qui s’allongent pour les opérations chirurgicales, François Legault a argué que le même problème concernait aussi les autres provinces. On ne peut pas inventer des infirmières, ça prend trois ans, a-t-il tranché en réitérant sa confiance envers le ministre de la Santé sortant, Christian Dubé.

Confronté à plusieurs reprises à la question de la pénurie d’infirmières, M. Legault a répondu mi-agacé, mi-amusé être ouvert aux suggestions.

Si quelqu’un a une baguette magique, qu’il vienne nous le dire!

Une citation de François Legault, chef de la CAQ

Quant aux CHSLD touchés eux aussi par de longues listes d’attente, le candidat caquiste a mis de l'avant l’ajout de 2600 places en maisons des aînés et argumenté que les gouvernements précédents avaient permis à quatre résidents de vivre dans la même chambre, nous un… avant de se reprendre in extremis, la mesure de la chambre individuelle ayant bel et bien été levée en août.

Derniers sujets sur la santé : une nouvelle imposition du passeport vaccinal n’est pas à l’ordre du jour, sans oublier l’incontournable controverse autour de la Fonderie Horne et ses taux de contamination tolérés dans le voisinage. La parole est aux gens de Rouyn-Noranda, c’est eux autres qui vont décider, a-t-il dit.

Le troisième lien... qui divise

Autre sujet délicat abordé : le troisième lien, un projet d’infrastructure routière visant à relier les rives du fleuve Saint-Laurent entre les villes de Québec et Lévis et dont les études justificatives n’ont pas été dévoilées par le gouvernement caquiste.

Il faut les mettre à jour, a-t-il soutenu, le télétravail a changé ces données-là. Visiblement sur la défensive, M. Legault a argumenté qu’il n’y avait pas de raison pour que les Montréalais bénéficient de plus de ponts que Québec, martelant le besoin d’un troisième lien.

Si on veut faire la promotion du transport collectif, il faut un lien de centre-ville à centre-ville, a-t-il cité en exemple. Quant à la question de taxer les véhicules lourds, elle est restée lettre morte : Il faut d’abord avoir les infrastructures.

La réforme du mode de scrutin? On a écouté la population et ça ne l'intéresse pas... sauf quelques intellectuels. Sujet clos.

Anglade et la défense de l'immigration

À son tour, la cheffe libérale Dominique Anglade a refusé d’incriminer ouvertement son rival Éric Duhaime pour la violence qui a émaillé la campagne. Tout le monde a une responsabilité à jouer pour avoir une campagne sereine, a-t-elle soutenu avant de défendre son annonce du jour : des dépenses brutes de 41 milliards de dollars sur cinq ans, beaucoup d’argent, mais c’est nécessaire en temps de crise.

Ses critiques à l’encontre de la CAQ ont déferlé sur plusieurs fronts : mauvaise gestion de la pénurie de main-d'œuvre, manque de transparence autour du troisième lien. La science est le meilleur vecteur de décision, a répondu l'ingénieure de formation, qui n’a pas manqué de le rappeler.

Regardez l'entrevue de la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade.

Elle fermé la porte à tout nouveau projet de pipeline au Québec : Tout doit aller dans la direction d’éliminer les hydrocarbures.

La cheffe du PLQ est aussi revenue sur ses désaccords autour du projet de loi 96 concernant le français au Québec, en se disant en faveur du choix entre cégep anglophone ou francophone au Québec.

Quant à l’obligation les nouveaux arrivants de parler français, c’est complètement irréaliste, a tranché la cheffe libérale qui souhaite régionaliser l’immigration ainsi que la francisation.

Dominique Anglade a déclaré que son parti hausserait à 70 000 le nombre d'immigrants que le Québec accueillerait pendant la première année d'un gouvernement libéral. Toutefois, elle a été incapable de chiffrer combien d'immigrants le PLQ accepterait pendant le reste d'un futur mandat.

Les seuils d’immigration défendus par la CAQ sont de 50 000 nouveaux arrivants par an et entre 60 000 et 80 000 pour Québec solidaire. Le Parti québécois compte réduire leur nombre sous la barre de 50 000 immigrants, malgré la pénurie de main-d'œuvre.

Jamais la cheffe libérale n'a regretté son départ de la CAQ, le parti de ses débuts politiques. C’est une question de valeurs, a justifié Mme Anglade en reprochant à son ancien parti d’avoir divisé anglophones et francophones, immigrants et non immigrants, mais aussi les électeurs selon leurs revenus.

En conclusion, la leader libérale a esquivé la question de savoir si son avenir politique dépend des résultats de l’élection.

Le contrat social de Québec solidaire

Gabriel Nadeau-Dubois a défendu pour sa part un plan climatique dévoilé dans la matinée, Vision 2030, un document ambitieux, oui, mais transparent, rigoureux, solide. Un programme vérifié par des experts, a soutenu le co-porte-parole de Québec solidaire.

Le trentenaire a fait valoir les préoccupations de sa génération, une lutte pour vrai contre les changements climatiques. On n’a pas le choix, il faut que ça change au Québec!, a lancé le candidat qui appelle à un changement de mentalité radical.

On propose le plus grand chantier depuis la Révolution tranquille.

Une citation de Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec solidaire

Au programme : des investissements de 29 milliards de dollars en infrastructures, une taxe sur les grands pollueurs et les véhicules énergivores comme les VUS, sauf pour les familles nombreuses, pour certains travailleurs ou encore certaines régions comme l’Abitibi qui pourraient en être exemptés, a nuancé le candidat solidaire.

Regardez l'entrevue avec le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois.

Si Québec solidaire est élu à la tête du gouvernement, un référendum et une assemblée constituante sur le modèle du Chili feront partie des premières mesures instaurées.

Outré que les profits passent avant la santé dans le dossier de la Fonderie Horne, Gabriel Nadeau-Dubois a déploré que tous les partis aient fermé les yeux depuis 40 ans.

Il s’est aussi longuement exprimé sur les questions sociales, tantôt en mentionnant la fracture intergénérationnelle dans l’accession à la propriété devenue inenvisageable pour nombre de jeunes Québécois, tantôt en s’indignant sur le montant actuel du salaire minimum qui n’empêche pas plusieurs travailleurs d’avoir recours aux banques alimentaires.

On ne remplit pas notre contrat social, a-t-il noté en revenant sur les mesures phares de son programme : suspension de la TVQ pour tous les biens essentiels, réglementation plus stricte sur les logements à vocation commerciale et construction de 50 000 nouveaux logements sociaux.

L’ancien militant universitaire a néanmoins reconnu avoir abandonné sa bataille d’antan pour la gratuité des études supérieures, disant se concentrer sur la gratuité du primaire et du secondaire, qui ne le sont plus.

Paul St-Pierre Plamondon et le français

Le leader du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a promis pour sa part de proposer une politique d'avenir, qui unit les gens et de mener une campagne positive, la plus sympathique et honnête possible.

C'est l'élection de l'espoir, a-t-il ajouté, lui qui veut mener une campagne d'idées et éviter les attaques partisanes afin d'assainir le débat public. C'est la démocratie occidentale qui est jeu, selon lui.

Regardez l'entrevue avec le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon.

Le Parti québécois est la seule formation politique à ne proposer ni baisse d'impôt ni congé de taxe. Pourquoi? Parce que c'est irresponsable, selon Paul St-Pierre Plamondon. Il estime que de telles mesures ne feraient qu'affaiblir les services publics. Un aller simple vers l'austérité, a-t-il ajouté.

Mais, sans surprise, c'est surtout la question nationale qui a occupé les échanges entre le chef péquiste et les chefs d'antenne. La CAQ courtise l'électorat nationaliste. Québec solidaire propose un référendum sur une Constitution québécoise dans un premier mandat. Que reste-t-il au PQ? L'indépendance du Québec, un projet de société qu'on assume pleinement, a répondu son chef.

Pourquoi est-ce qu'on n’aurait pas le droit comme tout peuple normal de décider par nous même? C'est avec fierté que je porte un projet de société qui est inspirant et qui est réaliste : celui d'être un pays qui rayonne partout dans le monde.

Une citation de Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois

Le politicien s'est ainsi présenté comme le chef du seul parti à la défense du français, avant d'ajouter que sa formation est le seul parti politique à dire que la loi 96 est insuffisante. Il accuse la CAQ de François Legault de n'avoir pas livré la marchandise et d'avoir échoué dans son fédéralisme.

Les Québécois ont le droit au respect, et le fédéralisme à-plat-ventriste de la CAQ ne nous a pas donné ce respect-là. Ça donne des situations comme avec Air Canada, a dit le chef péquiste, en référence à la controverse suscitée par le PDG de la compagnie aérienne, Michael Rousseau, qui s'était vanté d'habiter Montréal depuis des années et de ne pas avoir senti le besoin d'apprendre le français.

Éric Duhaime, la liberté avant tout

Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, a été le dernier à se prêter à l'exercice. D'entrée de jeu, il a été questionné sur le climat de tension qui a marqué la première semaine de la campagne électorale.

J'ai fait un appel au calme à trois reprises, a-t-il rappelé, lui qui a été accusé par la candidate libérale Marwah Rizqy d'être le catalyseur de ce climat de violence. La politique est un sport où ça brasse un peu, a-t-il ajouté.

Regardez l'entrevue avec le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime.

Son discours contre les mesures sanitaires a-t-il nourri cette atmosphère? Je me fais la voix de ceux qui sont mécontents, qui sont insatisfaits du gouvernement, a répondu M. Duhaime. C'est sain, c'est démocratique, selon lui.

Mais il ne cache pas qu'il courtise les Québécois qui en ont contre les vaccins, et surtout contre le passeport vaccinal. Pour moi, quelqu'un qui se fait injecter quelque chose dans son corps, c'est une question de liberté de choix, a avancé le chef conservateur, qui juge que cette liberté a été brimée.

Dans une société démocratique, ce qui serait malsain, ce serait que ces voix soient à l'extérieur et manifestent, et qu'elles ne se retrouvent pas autour de la table.

Une citation de Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec

Mais c'est sur la question de l'environnement qu'Éric Duhaime a été le plus talonné par les journalistes. Son parti ne propose aucune cible de réduction des gaz à effet de serre, contrairement à tous ses adversaires politiques.

Comment est-ce possible en 2022, lui a demandé Céline Galipeau? C'est facile de lancer des chiffres, a répondu Éric Duhaime, ajoutant que selon lui jamais [un gouvernement] n'a atteint ses cibles. Il jure cependant qu'il croit à l'existence des changements climatiques.

Mais il balaie du revers de la main les objectifs proposés par les autres partis. Combien d'entreprises vous allez fermer? Combien de personnes vous allez empêcher de conduire leur véhicule? Combien de gens ne pourront plus faire de ski-doo, de moto, ou avoir un bateau?, leur demande-t-il.

Même s'il admet qu'il peut s'agir d'une position paradoxale, il propose d'exploiter les ressources naturelles de la province, dont les hydrocarbures, dans le but, dit-il, d'aider d'autres pays à améliorer leur bilan environnemental.

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