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Pénurie d’enseignants : même les ressources non qualifiées sont insuffisantes

Des élèves répondent aux question d'un examen en classe.

Alors que les élèves entrent en classe, certains besoins en personnel ne sont toujours pas comblés.

Photo : iStock

Des écoles aux quatre coins de la province poursuivent leurs recherches d'enseignants, d'aides-enseignants et de suppléants.

Les 12 conseils scolaires de langue française en Ontario affichent toujours des postes à pourvoir sur des sites d’emplois.

Pour cette raison, d’anciens directeurs et enseignants confient que de nombreux conseils scolaires ne sont pas en mesure d'élaborer des plans de contingence pour pallier d’éventuels départs ou congés prolongés.

Une affiche sur laquelle on peut lire Bonne rentrée devant une école.

Le recrutement de personnel sera à nouveau un défi cette année dans plusieurs conseils scolaires.

Photo : Radio-Canada / Michael Atkins

Aucun des 12 conseils scolaires de langue française en Ontario n’a été en mesure de confirmer l’étendue des besoins en personnel à l’aube de la rentrée, mais plusieurs ont confirmé que les efforts de recrutement se poursuivront bien au-delà du mois de septembre.

« L’embauche de personnel est un processus constant au fil de l’année. »

— Une citation de  Conseil scolaire catholique de district des Grandes Rivières

Dans la région de Hearst, desservie par les écoles du Conseil scolaire catholique de district des Grandes Rivières (CSCDGR), un ancien directeur scolaire affirme que le processus en question est un véritable casse-tête.

Pierre Girouard, qui a dirigé l’École catholique Saint-Louis pendant 2 ans, affirme que le recrutement de personnel et le remplacement des absences au sein de son équipe d’enseignants représentaient ses plus grands défis.

« Chaque jour, tu te lèves à 6 h du matin, tu regardes le système et tu commences à envoyer des textos pour remplacer.  »

— Une citation de  Pierre Girouard, ancien directeur de l’École Saint-Louis à Hearst

L’ancien enseignant d’éducation physique a quitté le domaine de l’enseignement pour contribuer à un projet d’entreprise familiale.

Au cours de l’année scolaire 2021-2022, pendant une courte période, plus de la moitié des enseignants de son école étaient en congé prolongé pour différentes raisons.

Un homme regarde à droite de la caméra.

Pierre Girouard affirme que le recrutement a été son plus grand défi en tant que directeur.

Photo : Radio-Canada / Michael Atkins

Le recrutement, en particulier pour des postes temporaires ou à temps partiel, était devenu une véritable compétition entre les conseils scolaires publics et catholiques, et même entre les écoles d’un même conseil scolaire. M. Girouard se souvient avoir entamé des discussions avec une jeune enseignante disponible pour un remplacement, mais celle-ci a accepté un autre poste affiché plus rapidement dans une école voisine.

J’ai fini l’année avec deux postes non comblés l’année dernière, se désole-t-il.

L’ancien directeur a à maintes reprises remplacé lui-même dans les classes, faute de suppléants disponibles.

Stagiaires et retraités

Il affirme aussi avoir dû faire preuve de créativité pour trouver des solutions en embauchant, par exemple, des stagiaires en enseignement.

Il a aussi fait appel à sa conjointe, retraitée de l’enseignement. Or, celle-ci a rapidement atteint le nombre de jours d'enseignement maximal autorisé pour le personnel à la retraite.

Ce nombre avait pourtant été augmenté par le ministère de l’Éducation, en raison de la pandémie, passant de 50 à 95 jours par année scolaire.

Il souligne que, dans une classe en particulier, neuf différents enseignants ont dû se succéder au cours de l’année scolaire.

Cette réalité est loin d’être idéale pour les élèves, selon le président de Parents partenaires en éducation (PPE), Paul Baril.

Celui-ci affirme qu'un de ses enfants a aussi vu défiler neuf enseignants devant sa classe de 5e année l’an dernier.

« C’est l’ajustement de l’enfant. Telle madame veut ça comme-ci, et tout à coup le monsieur veut le travail de cette façon-là. [...] Ça a été très difficile du point de vue des évaluations pour les enfants. »

— Une citation de  Paul Baril, président, Parents partenaires en éducation

Il affirme avoir été très soulagé lorsqu'il a appris que son fils allait avoir une enseignante qualifiée et bien établie dans la région pour sa 6e année. Il espère que tout va bien aller et qu’il y aura de la stabilité.

Du renfort non qualifié

Lorsque les écoles ne parviennent pas à pourvoir l’ensemble de leurs postes d’enseignants par l’embauche de personnel qualifié, ils font fréquemment appel à des professionnels qui ne disposent pas d’un diplôme en enseignement.

L’ancien directeur Pierre Girouard affirme que ces travailleurs sont devenus essentiels au fonctionnement des écoles. Qu’il s'agisse de parents, de grands-parents ou de personnes intéressées par l’éducation, M. Girouard affirme avoir lui-même recruté des travailleurs non qualifiés et les avoir encouragés à obtenir les documents et vérifications nécessaires à leur inscription comme suppléants.

Interpellée par le manque de personnel dans les écoles de ses trois enfants, Debbie Blais a elle-même décidé de tenter la suppléance.

J’étais un peu stressée, affirme Mme Blais, qui confie être tombée en amour avec l’enseignement et envisager un retour sur les bancs d’école pour devenir enseignante qualifiée.

Une femme sourit.

Debbie Blais s'est découvert une véritable passion pour l'enseignement en acceptant de combler des besoins en suppléance.

Photo : Radio-Canada / Michael Atkins

En attendant, elle compte bien continuer de répondre aux nombreux appels de remplacements. Elle s'attend à en recevoir plusieurs encore cette année : Maintenant, quand ils ont besoin d'aide, ils m’appellent et je rentre.

L’an dernier déjà, les associations de conseils scolaires francophones en Ontario sonnaient l’alarme et déclaraient que les besoins d'enseignants francophones pourraient dépasser de 3000 le nombre de professionnels qualifiés sur le marché du travail d’ici 2026.

Cette pénurie s’explique entre autres par le départ à la retraite d'un nombre important d’enseignants au cours des prochaines années.

À Hearst, Chantal Boutin a mis fin à sa carrière l’an dernier après 31 ans dans les écoles secondaires de la région.

Une femme sourit à la caméra.

Chantal Boutin était prête pour la retraite mais est tout de même nostalgique en cette rentrée scolaire.

Photo : Radio-Canada / Michael Atkins

Elle affirme avoir vécu une certaine nostalgie en pensant à sa première rentrée à l’extérieur du système scolaire. Tout de même, elle dit que le temps était venu pour elle de passer le flambeau. Selon elle, la tâche d’enseignante est devenue plus exigeante au cours des dernières années qu’au début de sa carrière.

« On en exige de plus en plus, on dirait que chaque année il y a moins d’appuis, les parents en veulent plus, les conseils scolaires en veulent plus. [...] Les enseignants sont à bout de souffle. »

— Une citation de  Chantal Boutin, enseignante à la retraite

Alain Blanchette a lui aussi quitté la profession l’an dernier. Il a choisi de se réorienter et de partir quelques mois avant la date prévue de sa retraite. Bien qu’il affirme avoir trouvé son bonheur en classe jusqu’au dernier jour, il n’envisageait pas d'y demeurer dans les circonstances actuelles.

« En ayant planifié de travailler jusqu’à 58 ou 59 ans, je ne trouvais pas la motivation de faire ça en salle de classe, alors c’est pour ça que j’ai précipité d’un an ma retraite. »

— Une citation de  Alain Blanchette, enseignant à la retraite

Il ajoute que le contexte de la pandémie a transformé l’interaction entre les enseignants et les élèves et a rendu les relations entre eux encore plus difficiles.

Une stratégie sur 4 ans

En 2021, le ministère de l’Éducation de l’Ontario avait adopté un plan stratégique de quatre ans visant le recrutement et la formation d'enseignants de langue française. Le ministre de l’Éducation Stephen Lecce affirme que depuis son adoption, en juin dernier, 20 enseignants formés à l’étranger ont été recrutés. Des ententes avec les universités de langue française de la province ont aussi été mises en place pour faciliter et accélérer la formation d’un plus grand nombre d’enseignants.

Je veux m'assurer que chaque élève francophone de cette province a accès à un éducateur francophone qualifié, a-t-il déclaré.

De son côté, la députée libérale Lucille Collard croit que le gouvernement fait fausse route en adoptant un plan d’action pour l’ensemble de la province sans tenir compte des besoins spécifiques des écoles de langue française : Que ce soit en éducation ou dans n’importe quel domaine, il faut avoir une lentille qui est différente pour les francophones parce que l’impact est différent, affirme-t-elle.

La députée néo-démocrate France Gélinas affirme pour sa part que le gouvernement Ford n’en fait pas assez pour assurer la formation de nouveaux enseignants francophones. Elle déplore entre autres la fin du programme d’enseignement de l’Université Laurentienne : On avait 125 profs qui graduaient chaque année de la Laurentienne; là, on en a zéro.

Avec des informations de Natasha MacDonald-Dupuis

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