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Les grands rassemblements ne garantissent pas nécessairement l’issue du scrutin

Éric Duhaime serre la main de certains de ses partisans parmi la foule.

Le grand nombre de personnes qui assistent aux rassemblements conservateurs, comme celui de Victoriaville, fait la fierté du chef Éric Duhaime et de son équipe.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Desrosiers

Une foule de militants était venue écouter le discours d’Éric Duhaime à Victoriaville, samedi soir. Les rassemblements du chef conservateur sont très courus depuis le début de la campagne, mais ce n’est pas nécessairement gage de succès électoral, disent des experts.

Il est tout juste passé 19 h quand Éric Duhaime prend la parole devant une terrasse bondée.

On se disait : "On va aller à Victo un samedi soir d’un long week-end. Si on en ramasse 200, ça va être beau.", dit-il d’entrée de jeu au travers des applaudissements. Je pense qu’ici aussi, il commence à y avoir ben du monde qui en a plein son ''CAQ-sque''.

« Il y a quelque chose qui se passe »

Selon le propriétaire du restaurant où se tient l’événement, la capacité de 500 personnes est atteinte. Des partisans conservateurs doivent même écouter le discours depuis le stationnement.

Il y a un engouement, c’est certain, mentionne Benjamin Bilodeau, de Victoriaville, quand il regarde autour de lui.

J’ai déjà vécu quelque chose de semblable, confie Jean-Claude Avoine, qui l’accompagne. René Lévesque!

Anne Casabonne sert la main d'un partisan.

Parmi les candidats conservateurs présents à Victoriaville, Anne Casabonne, qui brigue les suffrages dans la circonscription d'Iberville, est venue chauffer la foule avant le discours de son chef.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Desrosiers

Les sondages, c’est quelque chose, mais ce qu’on ressent sur le terrain, c’est tout autre chose. Il y a quelque chose qui se passe, estime quant à lui Mario Lyonnais, candidat conservateur dans la circonscription de Nicolet-Bécancour.

Des rassemblements à Lévis, Trois-Rivières et Saint-Jérôme ont également attiré quelques centaines de partisans.

Éric Duhaime ne parle pas de démonstration de force, mais il accorde visiblement beaucoup d'importance au nombre de personnes présentes à ses événements.

Je regarde les rassemblements de François Legault, a-t-il lancé devant la foule lundi dernier. Et je suis obligé de constater qu’il y a plus de gardes du corps que de monde.

Affirmation à laquelle ses partisans ont applaudi à tout rompre.

Plus grande foule, plus de votes?

Il est pourtant faux d'affirmer que le premier ministre sortant n’est entouré que d’agents de sécurité. Le soir du déclenchement, plus de 200 militants de la CAQ s’étaient donné rendez-vous à Jonquière. Des sympathisants ont répondu présents aussi à Beauceville, Châteauguay, Coteau-du-Lac et Trois-Rivières.

Nous, notre objectif n'est pas d’épater la galerie en mettant plein de monde dans une salle , explique le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, qui a tenu une première assemblée publique vendredi à Rimouski, en compagnie d’environ 200 participants. Notre priorité, c’est que nos militants fassent du porte-à-porte, des appels téléphoniques.

Au Parti québécois également, les bains de foule ont été plus rares pour le chef, mais les soirées militantes peuvent attirer de 100 à 300 personnes. Et puis, il y a les symboles. J'ai eu la chance de bruncher avec Pauline Marois pour le dixième anniversaire de [l'élection de] notre première première ministre. Ce fut un privilège et ça nous a tous motivés, a affirmé Paul St-Pierre-Plamondon dimanche matin.

Lorsqu’on lui demande s’il accorde de l’importance à ces grands rassemblements, Éric Montigny, professeur de sciences politiques à l’Université Laval, est plutôt catégorique : Non.

« Ça ne se traduit pas nécessairement en votes. »

— Une citation de  Éric Montigny, professeur de sciences politiques à l’Université Laval

Selon lui, certains partis émergents ou plus idéologiques, comme le PCQ, comptent sur des militants plus actifs, mais cela ne veut pas dire qu’ils représentent une frange plus large de l’électorat.

Il y aussi un phénomène post-pandémique, ajoute M. Montigny. Ceux qui ont organisé des manifestations contre les mesures sanitaires y ont parfois trouvé une communauté, une motivation supplémentaire, souligne-t-il. Est-ce que ce sont les mêmes personnes qui participent à ces rassemblements? On peut le présumer sans l'affirmer.

Cela dit, il ajoute que les grandes foules peuvent donner une erre d’aller à un chef de parti, et donner de l’émotion à la campagne.

C’est un indicateur que la machine fonctionne bien, qu’ils réussissent à faire sortir leurs gens, indique pour sa part Mireille Lalancette, professeure titulaire en communication et politique à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

Ça ne se traduit pas toujours en votes, mais ça peut [créer] un effet boule de neige, ajoute-t-elle.

« Le militantisme a changé »

Par contre, Dominique Anglade, qui s’est rendue à Gatineau cette semaine, est repartie sans y avoir tenu de grands rassemblements. L’Outaouais était autrefois une forteresse libérale, avant que la CAQ ne remporte trois des cinq circonscriptions de la région en 2018.

Il fut une époque où rassembler 250 personnes, on pouvait le faire comme ça, affirme Maryse Gaudreault, députée sortante de Hull, indiquant que c’était facile. Aujourd’hui, les gens nous font des ''j’aime'', nous envoient des messages par Facebook, nous appuient et tout, mais ils ne sont pas nécessairement prêts à se déplacer pour venir le démontrer.

Le militantisme a changé, dit-elle.

Bannière promotionnelle de notre dossier sur les élections provinciales au Québec.

La politique se fait de toutes sortes de façons, fait remarquer pour sa part André Fortin, député libéral sortant de Pontiac. Dans les campagnes passées, il n’y a pas eu nécessairement des rassemblements à tous les jours non plus. […] La prochaine fois que Dominique [Anglade] sera en Outaouais, je suis certain qu’il y en aura.

Éric Montigny, de l’Université Laval, est d’ailleurs en accord avec l’affirmation selon laquelle les campagnes électorales ne se déroulent plus de la même façon. C’est fini, l’époque du Centre Paul-Sauvé, mentionne-t-il, en référence à l’aréna du quartier Rosemont à Montréal où se sont déroulés des événements marquants de l’histoire politique québécoise.

Dans les années 1970, 1980, c’était l’attraction en ville! rappelle-t-il.

Les temps ont beau avoir changé, les rassemblements demeurent-ils une mesure de l'engouement suscité par un parti, aussi imparfaite et incomplète soit-elle? Réponse le 3 octobre.

Avec la collaboration de Jacaudrey Charbonneau, Alexandre Duval, Valérie Gamache et Véronique Prince

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