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Québec garde secrète l’ampleur de la décontamination nécessaire à Rouyn-Noranda

Plus de 400 terrains seraient contaminés dans le quartier de la Fonderie Horne, estime la santé publique.

Des terrains devant des maisons individuelles alignées

Au moins la moitié des terrains du quartier Notre-Dame devront être restaurés, selon une estimation de la Direction régionale de la santé publique de l'Abitibi-Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Les résidents du quartier Notre-Dame, de Rouyn-Noranda, ont encore beaucoup de questions sans réponses, à quelques heures de leur rencontre avec le directeur national de santé publique du Québec et l'administratrice d'État, dans le dossier de la Fonderie Horne. Ils réclament des actions rapides, mais la tâche pour assainir leur air et leur sol pourrait nécessiter des années de travail.

Le médecin de famille Tanguy Veret sera présent à l'assemblée publique, jeudi soir (Nouvelle fenêtre), puisque sa fille fréquente l'école primaire Notre-Dame-de-Protection, située à 600 mètres de la Fonderie. Un des terrains de cette école a dû être décontaminé, en 2020, à cause de la présence trop élevée d'arsenic.

La façade d'une école primaire

Le terrain avant de l'école Notre-Dame-de-Protection a été décontaminé, mais pas la cour de récréation située à l'arrière.

Photo : Radio-Canada / Alexia Martel-Desjardins

C'est possible qu'on quitte la région. On y pense, avoue-t-il. Alors que l'Abitibi-Témiscamingue manque cruellement de médecins, plusieurs de ses collègues dans le milieu médical sont aussi en réflexion.

J'ai le choix de vivre à peu près partout dans le monde. Pourquoi je choisirais de vivre sous une usine? Je ne voudrais pas le regretter dans quelques dizaines d'années, si ma fille développe quelque chose, parce que je l'ai laissée exposée à des toxiques.

Une citation de Tanguy Veret, médecin de famille à Rouyn-Noranda

Qualité de l'air à Rouyn-Noranda

Consulter le dossier complet

Des maisons du quartier Notre-Dame près de la Fonderie Horne.

Tanguy Veret et d'autres médecins locaux déplorent que la santé publique n'ait pas recommandé les mesures les plus strictes pour que la Fonderie respecte la norme québécoise sur les émissions d'arsenic. Que la santé publique transige avec la santé, pour l'usine, je ne pense pas que ce soit son travail, dit-il.

Elle donne une entrevue au micro de Radio-Canada dans une rue avec des arbres en arrière-plan.

Marie-Hélène Massy Emond, résidente du quartier Notre-Dame, à Rouyn-Noranda

Photo : Radio-Canada / Alexia Martel-Desjardins

La plupart des citoyens du quartier Notre-Dame ignorent l'ampleur de la contamination de leurs maisons. C'est tellement difficile en ce moment, témoigne Marie-Hélène Massy Emond, qui vit à 600 mètres de la Fonderie, près de l'aréna Glencore. Mes attentes sont très élevées, dit celle qui espère un plan très concret de la part des autorités.

Je me demande comment le Dr Luc Boileau compte regagner notre confiance. On n'a pas du tout l'impression d'être protégés par la santé publique nationale [...] Nos espaces privés sont contaminés, l'air et le sol de nos maisons.

Une citation de Marie-Hélène Massy Emond, résidente du quartier Notre-Dame.

Une enquête de Radio-Canada révélait récemment que les poussières intérieures de certaines maisons du quartier ont des concentrations d'arsenic supérieures au seuil de risque acceptable fixé par le gouvernement du Québec pour les terrains extérieurs.

À la suite de cette enquête, le 24 août, le gouvernement Legault a annoncé qu'il compte exiger de la Fonderie qu'elle décontamine tous les terrains du quartier dont la concentration d'arsenic excède la norme de 30 mg/kg de sol.

Québec cache l'étendue du travail à réaliser

Malgré une demande d'accès à l'information de Radio-Canada, le gouvernement refuse de rendre public un document de 2021 dans lequel la Fonderie Horne détaille au ministère de l'Environnement l'étendue de la zone à décontaminer et la durée nécessaire pour le faire.

Le ministère nous a expliqué que c'est l'entreprise qui a demandé à ne pas divulguer le document, et qu'après analyse, nous pouvons conclure que ses observations relativement à la confidentialité du document visé répondent aux exigences des articles 23 et 24 de la Loi.

Articles de loi invoqués par le MELCC pour ne pas rendre publique la documentation.

Articles de loi invoqués par le MELCC pour ne pas rendre publique la documentation.

Photo : Radio-Canada / Thomas

Le ministère de l'Environnement nous a toutefois transmis une note interne avec des commentaires au sujet du plan de la Fonderie, sauf que des informations essentielles y sont caviardées, notamment sur l'ampleur de la zone à décontaminer et la durée des travaux requis.

Extrait d'une note caviardée par le ministère de l'Environnement du Québec.

Extrait d'une note caviardée par le ministère de l'Environnement du Québec.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

On comprend toutefois, dans la note interne, que la réhabilitation des terrains se fera par étapes.

Comme il ne sera pas possible d’intervenir sur tous les terrains à la fois, vu l’étendue de la zone d’étude et des désagréments que cela impliquerait pour la population locale, une gradation doit donc être réalisée dans la séquence de réalisation des travaux de caractérisation.

Une citation de Extrait d'une note interne du ministère de l'Environnement, transmise à Radio-Canada grâce à la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels.

Autre information issue de cette note : les contaminants qui seront pris en compte pour décontaminer les terrains seront l'arsenic, le plomb, le cadmium, le zinc et le cuivre.

Elle observe son terrain.

Le terrain et l'intérieur de la maison de Nicole Gamache sont contaminés à l'arsenic et au cadmium, au-delà des normes.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Des échantillons prélevés par Radio-Canada sur le terrain d'une résidence de la 8e rue, à 150 mètres de la Fonderie, ont révélé une concentration dans le sol de 117 mg/kg pour l'arsenic (norme = 30) et de 10,5 mg/kg pour le cadmium (norme = 5).

Aucun des terrains que nous avons testés ne dépassait la norme pour le plomb de 500 mg/kg. Le plus élevé était à 357. Rappelons que la norme en Ontario est 120 et le Conseil canadien des ministres de l'Environnement, où siège le ministre québécois Benoit Charette, recommande 140.

La santé publique n'a pas un portrait précis de la situation

En 2019, le quartier Notre-Dame comptait 715 terrains répartis ainsi :

  • 11 terrains à haute fréquentation d’enfants (garderies, écoles, parcs…)
  • 63 terrains résidentiels avec des enfants de 6 ans et moins
  • 641 autres terrains
Un quartier résidentiel juste à côté d'une zone industrielle

Près de 80 maisons sont situées dans une zone très proche de la Fonderie, considérée par la santé publique comme beaucoup trop exposée aux contaminants.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Quels terrains sont contaminés et lesquels ne le sont pas? La santé publique régionale l'ignore. La Fonderie a plus d'informations sur les terrains que nous, actuellement, explique Daniel Proulx, de l'équipe de surveillance et santé environnementale au CISSS de l'Abitibi-Témiscamingue. C'est la mieux placée pour avoir le portrait d'ensemble.

Nous sommes à terminer le protocole de caractérisation et réhabilitation volontaire et prévoyons le mettre en œuvre le plus rapidement possible, mentionne par courriel la porte-parole de la Fonderie, Cindy Caouette. L’application du nouveau protocole [...] nous permettra de répondre à cette question avec précision.

Plus de la moitié des terrains du quartier sont contaminés, anticipe la santé publique

En 2019, la Fonderie Horne a découpé le quartier en 31 blocs de maisons. Dans chaque bloc, un échantillon composite issu de 6 terrains a été testé. Au final, 18 des 31 blocs atteignaient ou dépassaient la limite acceptable de concentration d'arsenic.

On sait quels blocs sont plus élevés, mais on ne sait pas spécifiquement quels terrains le sont, précise Daniel Proulx. Si on suit cette logique-là, on peut s'attendre à ce qu'il y ait facilement la moitié des terrains qui puissent atteindre le seuil, ajoute son collègue Stéphane Bessette, chef d'équipe en santé environnementale.

Bloc de maisons du quartier Notre-Dame, selon leur fréquence d'échantillonnage (lignes rouges horizontales) et leurs résultats de tests de 2019. En bleu, les résultats sous la norme. En rouge : à la norme ou au-dessus.

Bloc de maisons du quartier Notre-Dame, selon leur fréquence d'échantillonnage (lignes rouges horizontales) et leurs résultats de tests de 2019. En bleu, les résultats sous la norme. En rouge : à la norme ou au-dessus.

Photo : Radio-Canada / Base de carte de la Fonderie Horne

Ainsi, si 58 % des blocs sont contaminés, c'est possiblement 415 terrains qui sont à restaurer. Au début des années 1990, près de 600 terrains avaient été décontaminés à cause de la trop forte concentration en plomb. Le projet avait duré trois ans.

Les gens qui vivent le plus près de la Fonderie, dans le quartier Notre-Dame, font face à un risque qui, d'un point de vue de santé publique, est inacceptable.

Une citation de Stéphane Bessette, chef d'équipe en santé environnementale et conseiller à la Direction régionale de la santé publique de l'Abitibi-Témiscamingue.

La santé publique ne sait pas encore si l'opération pourra débuter dès cet automne. Une fois passée la fin octobre, les terrains auront commencé à geler et il faudra attendre le printemps 2023.

On commence par qui?

Si on avait à prioriser certains terrains, on prioriserait les terrains avec des enfants de moins de 6 ans, dit Stéphane Bessette. C'est la clientèle qui est la plus à risque.

La première étape serait déjà d'essayer d'identifier, à partir des informations qu'on a, les terrains où résident des jeunes enfants. Par la suite, ce serait de réaliser un échantillonnage rapide pour déterminer les dépassements, ajoute-t-il.

La santé publique a récemment demandé des informations à la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) pour avoir les adresses du quartier où résident de jeunes familles.

La Fonderie Horne organise une fête de quartier

La compagnie Glencore a annoncé mardi une fête de quartier à l'occasion d'une Journée opération recyclage, le 10 septembre, en plein cœur des consultations publiques au sujet des émissions polluantes de la Fonderie. Des activités pour les enfants seront organisées, alors que les adultes seront encouragés à déposer leurs appareils électroniques désuets pour que la Fonderie les fonde dans ses fours et en retire différents métaux de valeur.

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