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Le prix des loyers explose à Toronto et des locataires désespèrent

Deux semaines avant son arrivée au Canada, l'étudiante française Inès Mahiou n’avait pas trouvé de logement, malgré des centaines d'heures de recherche.

La tour du CN, dans le brouillard, entre deux immeubles à condos.

Alors que les ventes de maisons sont en forte baisse à Toronto, les prix dans le marché locatif ont connu des hausses marquées dans les derniers mois. (Archives)

Photo : La Presse canadienne / Cole Burston

En un an, le prix moyen des logements locatifs dans le Grand Toronto a augmenté de plus de 400 $ par mois pour atteindre 2482 $. Les loyers ont ainsi atteint un seuil historique en juillet, dépassant le précédent sommet établi en novembre 2019.

Ces données proviennent du plus récent rapport (Nouvelle fenêtre) de Bullpen Research & Consulting et TorontoRentals.com, qui est le fruit d’une analyse des milliers d'annonces publiées mensuellement sur le site.

C’est à Toronto que les loyers ont connu la hausse la plus marquée dans la région, ceux-ci ayant bondi de 24,5 % depuis un an pour s'établir à 2667 $ par mois en moyenne, toujours selon le rapport.

Le marché locatif à Toronto est en feu, selon son auteur, Ben Myers, qui est le président de Bullpen Research & Consulting.

Le marché de l'achat de logements chute dans la Ville Reine en raison, notamment, de la hausse des taux hypothécaires. Ce coût de financement plus élevé pousse de nombreux acheteurs potentiels vers le marché locatif, selon M. Myers.

Dans les trois ou quatre derniers mois, alors que le marché immobilier connaît une bulle et que les taux d'intérêt grimpent, nous avons vu une explosion des prix dans le marché locatif, explique l’analyste. Il remarque également les effets d'une immigration forte et du retour des étudiants sur les campus torontois. Par conséquent, les logements laissés vacants au plus fort de la pandémie sont maintenant occupés.

Pour plusieurs, cette situation signifie qu'il est difficile de trouver un logement.

Tâche ardue

Pendant plus de deux mois, Inès Mahiou a tenté de trouver un appartement à Toronto depuis la France. Elle affirme avoir fait des centaines d’heures de recherche. L’étudiante, qui vient faire une maîtrise en affaires européennes et russes à l’Université de Toronto, n’avait encore rien trouvé deux semaines avant son arrivée au Canada.

Inès Mahiou devant un immeuble qui consulte son téléphone.

Après deux mois de recherches infructueuses, Inès Mahiou s'est tournée vers les médias sociaux pour trouver un colocataire.

Photo : Radio-Canada / Yanick Lepage

Il y a un moment où j'étais vraiment désespérée. Je me disais que je ne pourrais jamais trouver un logement [à Toronto], soutient l’étudiante française qui s’est tournée vers la page Facebook Toronto Home Zone pour trouver un colocataire.

C’est finalement avec l’aide d’un étudiant italien, avec qui elle emménagera dans quelques jours, qu’Inès Mahiou a pu trouver une chambre qu’elle partagera pour quelques mois. C’est une solution temporaire, dit-elle, tout de même heureuse d’avoir trouvé un toit pour le début du semestre.

Revoir ses attentes pour trouver un logement

L’étudiante est loin d’être seule à devoir cohabiter avec un inconnu pour se permettre un logement à Toronto. Deneille Walters, administratrice du groupe Toronto Home Zone, dit voir de plus en plus de membres chercher une chambre plutôt qu'un appartement.

Même en étant prêts à partager un espace, certains ne parviennent pas à trouver un logement dans le marché actuel. C’est la période la plus compétitive depuis que je fais partie du groupe, souligne-t-elle.

Le 11 août dernier, l'administratrice du groupe qui rassemble plus de 133 000 membres a invité ceux qui cherchaient un logement pour le 1er septembre à présenter leur profil et détailler leurs critères en commentaire. Plus de 230 personnes ont répondu à la publication, et à la veille du 1er septembre, les demandes pour un logement ou pour un colocataire continuent d'affluer.

Les messages qu'ont échangés Inès Mahiou et son futur colocataire.

Après avoir échangé des messages sur les médias sociaux, Inès Mahiou et son futur colocataire ont décidé de chercher ensemble un logement.

Photo : Radio-Canada / Yanick Lepage

Nous considérons même ouvrir un deuxième groupe pour les gens à la recherche d’un divan sur lequel ils pourraient dormir en attendant de trouver un logement, mentionne Mme Walters qui, de manière bénévole, tente d’aider les locataires à traverser la crise.

Plusieurs personnes la contactent directement, cherchant de l'aide pour trouver la perle rare. Elle raconte que nombreux sont ceux qui sont frustrés, voire désespérés par la situation actuelle.

Faisant écho aux propos de l’analyste Ben Myers, Mme Walters voit une vague de nouveaux arrivants à Toronto, ceux-ci n'étant pas toujours au fait de la difficulté d’y trouver un logement.

Mme Mahiou ne s’attendait pas à devoir faire valoir sa candidature à un colocataire ou à un propriétaire. C’est comme dans un entretien d’embauche, illustre l’étudiante, qui dit n’avoir jamais été confrontée à cette réalité en France. Elle soutient également que plusieurs propriétaires demandent de payer jusqu’à six mois de loyer d’avance, ce qui est pourtant illégal en Ontario.

M. Myers s’attend à ce que les hausses observées depuis le mois d’avril 2021 perdurent encore quelque temps, lui qui ne croit pas que les gouvernements et les promoteurs immobiliers seront en mesure de répondre à court terme à cet écart entre la demande et l'offre de logements.

Si les locataires cherchent une lueur d’espoir, la Banque TD prévoit une chute importante du prix des maisons au Canada, ce qui offre une opportunité aux acheteurs qui avaient préféré continuer de louer un logement en attendant une correction du marché, selon certains agents immobiliers.

Des conseils pour ceux qui cherchent un logement

Il ne faut pas abandonner. Il faut envoyer des messages tout le temps, soutient Mme Mahiou, qui conseille de demander de l’aide à son entourage, surtout pour quelqu’un qui fait ses recherches de l’étranger.

M. Myers mentionne pour sa part l’importance de regrouper tous ses documents à l'avance pour espérer être retenu par un propriétaire dans un marché aussi compétitif.

Vous devez par contre visiter l’appartement, prévient l’analyste, qui dit voir de nombreux fraudeurs qui profitent de la frénésie actuelle pour escroquer ceux qui cherchent désespérément un logement.

De son côté, Deneille Walters conseille de commencer ses recherches plusieurs mois à l’avance et de ne pas négliger la possibilité de trouver un colocataire. C’est un modèle que nous devons accepter [...] et qui peut être extrêmement amusant aussi, estime-t-elle.

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