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Quand le cœur des jeunes balance entre le travail et les études

Le marché de l’emploi n’a jamais été aussi favorable à qui veut travailler, même pour les jeunes inexpérimentés. Un contexte qui risque cependant d'encourager le décrochage scolaire, met en garde le milieu de l’éducation.

Camille, employée dans un café de Montréal

Camille, employée dans un café, préfère conserver son emploi que retourner à l'école

Photo : Vincent Rességuier

Camille travaille dans un petit café au cœur du Marché Maisonneuve, dans l'est de Montréal. Un emploi qu'elle découvre et qu'elle se voit bien conserver encore quelques mois.

La jeune femme de 17 ans, dynamique et avenante, se présente comme une décrocheuse parce qu'elle n'a pas terminé son secondaire. Depuis quelques années, sa présence en classe était aléatoire. Elle avait l’intention d’intégrer une formation pour adultes cet automne, mais elle s’est ravisée en voyant sa fiche de paie.

Avec les pourboires, son salaire peut atteindre 21 $ de l’heure.

« J'ai commencé à faire beaucoup de pourboires. Je me dis qu’un temps plein, ce serait payant, ça fait que j'ai un peu mis de côté l'idée [de retourner à l’école]. En même temps, les deux sont le fun, c'est juste que quand tu goûtes à l'argent et à la liberté, tsé... »

— Une citation de  Camille, 17 ans, employée dans un café

En fait, les nombreuses possibilités d'emploi ne l'encouragent pas à poursuivre ses études. Il y a des options partout en ce moment, se réjouit-elle.

Camille n’est pas la seule à céder à la tentation et à quitter l'école pour profiter de revenus réguliers.

La Fédération des cégeps, par exemple, constate une baisse de 1 % des inscriptions cet automne. Une tendance qui contraste avec les prévisions à la hausse du ministère de l’Enseignement supérieur.

Une opportunité à double tranchant

L'an dernier déjà, les données sur le décrochage scolaire à Montréal n'étaient pas encourageantes, et rien n'indique que la tendance s'est inversée. Plusieurs acteurs du milieu de l’éducation déplorent d'ailleurs que les chiffres officiels sur le décrochage scolaire à l'échelle québécoise n'aient pas été publiés depuis le début de la pandémie.

Il existe cependant des indicateurs montrant que les jeunes ont pris d'assaut le marché de l’emploi.

Selon Statistique Canada, chez les jeunes âgés de 15 et 16 ans encore aux études en juin, le taux d'emploi était de 36,6 % en juillet, soit une augmentation de 4,3 % par rapport à juillet 2019.

Et 62,1 % d’entre eux occupaient un emploi dans le commerce de détail ou dans les services d'hébergement et de restauration. Deux secteurs où le manque de main-d'œuvre est criant.

Ève Cyr, Carrefour jeunesse-emploi Hochelaga-Maisonneuve

Ève Cyr, directrice générale, Carrefour jeunesse-emploi Hochelaga-Maisonneuve

Photo : Vincent Rességuier

Les jeunes sont parfaitement conscients que les portes peuvent s’ouvrir même s'ils n'ont pas beaucoup d'expérience ou une formation limitée, constate Ève Cyr, directrice générale du Carrefour jeunesse-emploi Hochelaga-Maisonneuve.

C'est qu'en ces temps de pénurie, les employeurs sont plus conciliants et vont donner une chance aux travailleurs ayant des difficultés à réaliser leurs tâches ou un temps d’apprentissage plus long.

« Normalement, au bout de deux ou trois jours, les employeurs auraient dit : ça suffit! Mais là, ils vont avoir plus de tolérance parce qu'ils ont besoin. »

— Une citation de  Ève Cyr, directrice générale du Carrefour jeunesse-emploi Hochelaga-Maisonneuve

Elle prédit cependant une rentrée pleine de questionnements pour les étudiants les plus susceptibles de décrocher. Comme Camille, plusieurs vont hésiter entre réussir à l'école et conserver leur emploi.

À partir du moment où un jeune va devoir choisir entre un nouvel iPhone ou aller à l'école et vivre certaines difficultés, c'est là que c'est très risqué, conclut Mme Cyr, tout en appelant les employeurs à faciliter la conciliation travail-études.

« On reçoit plein d'appels d'employeurs qui paniquent parce que leurs entreprises sont en péril, parce qu'ils manquent d'employés. Mais on vous rappelle qu'un employé à temps partiel qui continue l’école, c'est peut-être plus positif pour la société. »

— Une citation de  Ève Cyr, directrice générale du Carrefour jeunesse-emploi Hochelaga-Maisonneuve

Le dilemme de Yunhao

Travailler c’est bon, mais au-delà de 20 heures, ça peut nuire aux études, martèle de son côté Andrée Mayer Périard, directrice générale du Réseau réussite Montréal.

Elle constate que les jeunes peu motivés par l’école sont facilement happés par des activités qu’ils trouvent plus stimulantes. Un premier emploi, par exemple, peut agir comme un révélateur, surtout si la personne est appréciée et valorisée par ses collègues.

C’est le cas de Yunhao, qui travaille pour une chaîne de restauration rapide depuis le début de l'été.

Le jeune homme de 17 ans, que nous avons rencontré sur son lieu de travail, a le regard qui brille dès qu’il évoque cette première expérience professionnelle. De son propre aveu, elle lui a donné confiance en lui. Avant, j’étais gêné, je ne parlais pas, je n'étais pas comme ça, dit-il avec enthousiasme.

Yunhao, 17 ans, employé dans la restauration rapide

Yunhao, 17 ans, a décroché son premier emploi au début de l'été

Photo : Vincent Rességuier

À 17 ans, il entame sa 5e année de secondaire, mais pas de gaieté de cœur. L'école, ça va être compliqué, mais on va faire de notre mieux, il faut avoir un diplôme dans la vie, laisse-t-il tomber, résigné.

En fait, il a failli tout lâcher il y a quelques semaines, avant de subir, comme il le glisse dans un sourire malicieux, un CPP, un coup de pression parentale.

Après quelques jours de réflexion, il a décidé de conserver son emploi, mais de réduire ses heures pendant l'année scolaire.

L'influence des parents est décisive

Face à ce genre de dilemme, l'attitude de l'entourage immédiat est décisive, selon Andrée Mayer Périard. Mais dans le contexte économique actuel, elle redoute que certains parents n'aient pas le choix de demander à leurs adolescents de travailler.

Avec toute cette inflation galopante et la pression économique, on est très inquiets pour un certain nombre de jeunes les plus vulnérables, dit-elle. Le marché de l’emploi pourrait être un passage obligé afin de contribuer aux finances familiales, ce qui au final pourrait mettre en péril leur projet d'étude.

Un sondage réalisé en 2014 par le Réseau réussite Montréal a montré qu'un tiers des jeunes qui travaillaient plus de 20 heures par semaine le faisaient pour aider leur famille. C'était bien avant la pandémie et la flambée de l'inflation.

Andrée Mayer Périard rappelle qu’un passage sur le marché du travail est en général très positif, mais qu'à long terme, les non-diplômés rencontrent souvent des difficultés pour se replacer en cas de perte d’emploi.

Écouter la version audio de ce reportage :

Abandonner ses études pour le marché du travail

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