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Inondations et sécheresses coûteront 130 G$ à l’économie du pays sur 30 ans

Une route inondée.

Les inondations de novembre 2021 en Colombie-Britannique seraient la catastrophe naturelle la plus coûteuse de l'histoire de la province.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

La Presse canadienne

Les inondations, les sécheresses et les tempêtes de grande ampleur qui emportent des autoroutes, endommagent des bâtiments et ont un impact sur les réseaux électriques coûteront 139 milliards de dollars à l'économie canadienne au cours des 30 prochaines années, selon une nouvelle analyse.

Le document, titré Aquanomics, est publié lundi par GHD, une firme de services de génie et d'architecture.

Selon le spécialiste de l'eau pour la branche canadienne de GHD, Don Holland, il existe de nombreux rapports qui cumulent les pertes assurées et les dégâts physiques après des événements importants, comme la rivière atmosphérique de l'automne dernier, en Colombie-Britannique.

Ce que ce [nouveau] rapport fait, c'est de tenir compte de la productivité économique perdue, des chocs encaissés par le système lorsqu'il est question des prix au sein de la chaîne d'approvisionnement, a déclaré M. Holland en entrevue.

Ce dernier a notamment évoqué les inondations survenues en 2021 en Colombie-Britannique, lors desquelles les liens ferroviaires et autoroutiers ont temporairement été rompus entre le plus grand port du pays, à Vancouver, et le reste du pays. Cette catastrophe a mis à mal des chaînes d'approvisionnement déjà fragilisées par la COVID-19 en faisant monter les prix, en ralentissant la production dans des usines ne pouvant se réapprovisionner, et en provoquant des pénuries chez certains détaillants.

Cela a eu d'énormes répercussions, a souligné M. Holland.

Le rapport prédit que les secteurs manufacturier et du transport seront les plus touchés par les catastrophes climatiques liées à l'eau d'ici 2050, avec environ 64 milliards de pertes, ou environ 0,2 % de l'ensemble de la production manufacturière par an.

Si les sécheresses peuvent restreindre la production industrielle, les inondations et les tempêtes peuvent directement endommager les bâtiments et les appareils, ou encore empêcher le fonctionnement des réseaux électriques, ce qui vient réduire les usines au silence.

Un panneau d'arrêt endommagé et un arbre brisé.

Un panneau d'arrêt endommagé après qu'un arbre est tombé dessus à Ottawa samedi.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Le derecho, qui a circulé sur une partie du sud et de l'est de l'Ontario, ainsi que des régions des Laurentides et de Lanaudière, au Québec, en mai, a provoqué tant de dégâts, au sein du réseau électrique d'Ottawa, que certaines parties de la ville se sont retrouvées sans électricité pendant plus de deux semaines.

Roy Brouwer, directeur général du Water Institute et professeur d'économie à l'Université de Waterloo, considère le rapport comme un appel à agir. Il a ajouté qu'il ne travaillait pas avec le modèle économique utilisé par GHD à des fins méthodologiques et qu'il ne le connaissait pas.

Toujours selon M. Brouwer, la majeure partie de l'industrie canadienne dépend de l'eau.

Ce n'est pas seulement une question de production agricole primaire, comme dans l'ouest du pays. C'est un ensemble d'activités économiques, allant de l'industrie chimique à la transformation alimentaire, ou encore l'industrie textile, qui dépendent d'un accès à l'eau.

Si cette disponibilité de l'eau est réduite, du fait d'une augmentation de la longueur des périodes de sécheresse, alors cela devrait avoir des impacts importants, a-t-il ajouté.

Il est très important de comprendre qu'il y a des impacts économiques directs et indirects, a encore mentionné M. Brouwer. Nous ne sommes souvent pas au fait des impacts indirects.

Risques tous azimuts

La sécheresse est souvent vue comme ne représentant un risque que pour l'agriculture, mais les sécheresses extrêmes peuvent avoir des effets bien plus vastes. En Europe, la faiblesse pratiquement jamais vue du niveau du Rhin pourrait stopper le trafic sur la plus importante voie maritime reliant les grands ports belges et néerlandais à l'Allemagne et la Suisse.

La semaine dernière, en Chine, une vaste vague de chaleur a forcé le gouvernement à fermer certaines usines pour rationner l'énergie, car le faible niveau des rivières a réduit la capacité de production des barrages hydroélectriques.

Un enfant se rafraîchit dans une fontaine d'eau à Shanghai.

Dans certaines villes chinoises, la température a dépassé les 40 degrés Celsius.

Photo : Reuters / ALY SONG

Chez nos voisins du Sud, les gouvernements de la Californie, du Nevada, de l'Utah et d'autres régions de l'ouest du pays ont mis en place des mesures de rationnement de l'eau dans la foulée de ce qui a été décrit comme étant la pire sécheresse depuis plus d'un millénaire.

Le lac Mead, le plus grand réservoir des États-Unis, n'en est plus qu'au quart de sa capacité en eau douce.

Les secteurs de la vente au détail et la distribution rapide de biens de consommation, qui dépendent tous deux des infrastructures liées à l'eau et qui sont extrêmement vulnérables en cas de dégâts causés aux voies d'approvisionnement, seront les deuxièmes des aspects économiques les plus touchés, avec des pertes qui devraient atteindre 26 milliards entre 2022 et 2050.

Viennent ensuite les risques pour les secteurs bancaire et de l'assurance, avec des pertes à venir estimées à 21 milliards, principalement en raison des conséquences sur la productivité et l'activité économique, ainsi qu'en raison des remboursements d'assurances.

Le secteur de l'énergie et des services publics devrait encaisser des pertes de l'ordre de 14 milliards, soit en dégâts directs infligés aux réseaux de distribution et aux centrales, soit en réduction de la production des barrages et des réacteurs nucléaires en raison du faible niveau d'eau.

Enfin, le secteur agricole canadien devrait subir des impacts de l'ordre de 4 milliards, ce qui menacerait aussi la sécurité alimentaire.

Un robinet d'eau avec une seule goutte qui tombe.

Un robinet d'eau avec une seule goutte qui tombe.

Photo : getty images/istockphoto / Wirachai

Les économies de la planète mises à mal

Le rapport s'est aussi intéressé aux effets économiques des catastrophes climatiques liées à l'eau dans sept autres pays, y compris l'Australie, la Chine et les États-Unis.

Selon GHD, les projets d'infrastructure massifs et coûteux pour se protéger contre les tempêtes et les inondations ne sont plus la réponse appropriée pour s'assurer que l'économie soit plus résiliente, puisque le temps presse. Des projets moins ambitieux pouvant être réalisés rapidement, souvent en utilisant la nature directement, sont sans doute le meilleur choix, avance le rapport.

La température moyenne, sur Terre, a déjà augmenté de plus d'un degré Celsius par rapport à l'époque préindustrielle, et le climat a déjà changé, ce qui entraîne des tempêtes et des inondations plus fréquentes et plus graves, ainsi que des sécheresses plus importantes et plus longues.

Tout cela coûte très cher.

La base de données sur les événements catastrophiques, compilée par le Centre de recherche sur l'épidémiologie des catastrophes, en Belgique, indique que les pertes économiques subies en 2021 et imputables aux sécheresses, aux inondations et aux tempêtes, à l'échelle mondiale, ont totalisé 291 milliards, comparativement à 153 milliards en moyenne, de 2001 à 2020.

Aux yeux de M. Holland, le plus important message du rapport est l'ampleur de ce à quoi nous devrons faire face si nous ne devenons pas plus résilients, si nous ne renforçons pas nos communautés.

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