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D’où viennent les soucoupes volantes, les bernaches et les éléphants des bords de route?

Une soucoupe volante qui repose sur quatre pieds, devant une maison.

La soucoupe volante de Moonbeam, en Ontario, est située en bordure de la route Transcanadienne 11.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Mathieu Tremblay

Une soucoupe volante près d'un centre touristique à Moonbeam, un éléphant gigantesque à St. Thomas, un moustique qui transporte un homme à Upsala. Mais à quoi servent ses attractions qu'on retrouve près des villes et villages au pays?

Pourquoi de petites municipalités de quelques milliers de personnes investissent dans des structures qui coûtent parfois des dizaines de milliers de dollars?

La sculpture d'un immense moustique avec des ustensiles qui transporte un homme.

L’homme transporté par un moustique a été créé par Kenny Gaudette et construit par Donny Belmore pour promouvoir leur terrain de camping, à Upsala, en Ontario. L'attraction attire maintenant les touristes qui font la route entre Thunder Bay et Kenora.

Photo : Gracieuseté d'Audrey de Bruine

La volonté de commémorer un événement historique, d'honorer le fondateur de la ville, une légende de la communauté ou la volonté de représenter l’esprit d’une petite municipalité sont autant de raisons qui motivent une communauté à construire une attraction routière, selon la professeure à l'Université de Waterloo Heather Mair.

« Il y a souvent un effort pour représenter la culture ou l’histoire de la communauté d’une façon qui est un peu caricaturale, qui fait sourire et qui permet à la communauté de créer une image. »

— Une citation de  Heather Mair, professeure à l'Université de Waterloo
La statue montre le tyrannosaure la gueule ouverte et les crocs sortis.

Un tyrannosaure à Mattice, en bordure de la route 11, dans le Nord de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Mathieu Tremblay

Souligner un événement marquant

À St. Thomas, en Ontario, une immense statue d'un éléphant nommé Jumbo se trouve sur la rue Talbot, une des principales artères de la municipalité.

La statue de Jumbo l'éléphant à St. Thomas.

Une légende urbaine raconte que Jumbo se serait sacrifié pour sauver un jeune éléphant nommé Tom Thumb du train.

Photo : Railway City Tourism

L'éléphant du cirque P.T. Barnum est mort heurté par un train à St. Thomas en 1885.

La mort et la tragique histoire de Jumbo ont vraiment touché notre communauté. Compte tenu de la notoriété mondiale du cirque de P.T. Barnum dans les années 1880, cet événement a marqué notre ville. C’est une histoire qui est racontée de génération en génération, explique Megan Pickersgill, gestionnaire du tourisme pour la ville de St. Thomas.

Né au Soudan en 1860, Jumbo fut capturé puis vendu au zoo de Londres après la mort de sa mère, un événement dont le jeune éléphant fut témoin en 1864. Cette tragédie et les années passées à transporter des dizaines d'enfants sur son dos entraînèrent des douleurs articulaires et un stress post-traumatique.

Des analyses ont révélé qu’à sa mort, les os et articulations de Jumbo ressemblaient à ceux d'un éléphant de 60 ans, alors qu'il n’avait que 24 ans.

C'est à l'approche du centenaire de sa mort que la communauté a décidé de souligner son impact sur St. Thomas et ses habitants en érigeant une statue en son honneur.

« C’est devenu une attraction populaire, je dirais même probablement l’attraction touristique la plus populaire de St. Thomas. »

— Une citation de  Megan Pickersgill, gestionnaire du tourisme pour la ville de St. Thomas

Aider sa municipalité à se démarquer

Un édifice et une soucoupe volante.

Le kiosque d'information touristique et la soucoupe volante emblématique de la municipalité de Moonbeam, dans le nord de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Mathieu Tremblay

Située dans le nord de l'Ontario, à environ 20 minutes de Kapuskasing, la communauté francophone de Moonbeam compte une population de 1157 personnes. Moonbeam, comme plusieurs autres villages du nord de l’Ontario, est une destination idéale pour aller pêcher et camper. Mais ce qui démarque la municipalité des autres villages, c'est la soucoupe volante qui se trouve devant son centre touristique au bord de la route 11.

Tous les gens à qui je parle quand je vais à des congrès se souviennent de Moonbeam à cause de la soucoupe volante, affirme Nicole Lévesque, la mairesse de Moonbeam. C’est ce qui fait que Moonbeam est différente des autres municipalités..

Au début des années 1990, lorsque la municipalité se cherchait un emblème, l’idée d’une soucoupe volante ne faisait pas l’unanimité, selon la mairesse.

Les gens ne voulaient pas qu’on associe Moonbeam aux extraterrestres. Pourtant, notre mascotte est Kilo, qui est un extraterrestre.

Aujourd’hui, la soucoupe volante aide la ville à promouvoir ses attraits touristiques. La mairesse affirme qu’en été, la population de la municipalité passe au-dessus des 4000  personnes.

Ils posent devant la soucoupe volante de Moonbeam.

De gauche à droite, la mairesse de Moonbeam, Nicole Levesque, l'ambassadeur de la Slovaquie, Vít Koziak, et Carol Hughes, la députée fédérale néo-démocrate d'Algoma—Manitoulin—Kapuskasin.

Photo : Facebook / Carol Hughes

Le 29 juillet, Moonbeam a même reçu la visite de l'ambassadeur de Slovaquie, venu prendre une photo devant la soucoupe volante, alors qu'il était en route pour un événement près de Hearst.

L'Entreprise de Vulcan

Bien qu'il soit possible que toute la communauté se reconnaisse dans la représentation d'un monument routier, le contraire peut aussi arriver.

Heather Mair.

La professeure de l'Université de Waterloo Heather Mair se spécialise dans le développement et le tourisme rural.

Photo : Université de Waterloo

Parfois, ce n’est pas tout le monde qui se sent connecté à une représentation. Certains peuvent penser que c’est une blague, que c’est idiot ou ne s'identifient simplement pas au symbole, déclare Heather Mair.

Mme Mair cite Vulcan, en Alberta, comme exemple d'une municipalité où la communauté est divisée par une attraction routière. Vulcan, qui partage son nom avec les Vulcains de Star Trek, était dans une situation financière difficile à la fin des années 1990.

L'enterprise de Vulcan

Inaugurée en 1995, l'Enterprise de Vulcan a divisé la petite communauté albertaine.

Photo : Wikicommons

À l’époque, des gens venaient souvent de Calgary ou d'Edmonton simplement pour se prendre leur photo devant le panneau routier de la municipalité. Vulcan a donc décidé de tirer profit de son association avec la série de science-fiction en construisant une réplique du vaisseau spatial Entreprise.

Mme Wair précise que le projet a divisé la communauté : C’est une ville centrée sur l’agriculture, c’est très rural, tous ne sont pas des fans de Star Trek. La ville a tenté de jumeler l’attraction à des questions de science et technologie, mais plusieurs résidents étaient embarrassés par le vaisseau.

Donner une identité à sa communauté ou son entreprise à des fins commerciales

Une autre motivation pour construire une attraction routière est d’ordre économique. Le but est simple : attirez les gens avec l’attraction et espérez qu’ils restent quelques heures dans la communauté et dépensent de l’argent dans des commerces locaux.

La municipalité espère que des touristes vont voir l’attraction et s’y arrêter pour dépenser de l'argent dans la communauté, mais souvent ce n’est pas le cas. Les gens prennent une photo et continuent leur route, conclut Mair.

Une photo du monument, qui présente une bernache aux ailes déployées.

L'oie de Wawa, en bordure de la route 17 en Ontario.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Mathieu Tremblay

Fabriquée à l'origine en papier mâché, la bernache de Wawa a été installée à l'entrée de la municipalité en 1960. Elle est, depuis, devenue une partie importante de l'identité de la petite ville située entre Sault-Sainte-Marie et Thunder Bay.

La bernache et Wawa sont inséparables. C’est la première chose que les gens voient quand ils arrivent à Wawa et pour les résidents, voir la bernache veut dire qu'on est de retour chez nous, dit Alex Patterson, le directeur des services communautaires et touristiques de Wawa.

L’identité que donne la bernache à Wawa est un moteur économique important pour la municipalité. Pour plusieurs, Wawa est la seule communauté identifiable entre les deux grands centres du Nord-Ouest ontarien que sont Sault-Sainte-Marie et Thunder Bay, ce qui en fait un arrêt pour plusieurs voyageurs.

L'oie présente des signes de rouille.

L’actuelle bernache est le résultat d’une campagne de financement qui visait à remplacer la seconde bernache, rongée par la rouille.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Mathieu Tremblay

Mais s’il y a encore une bernache aujourd’hui à Wawa, Alex Patterson affirme que c’est grâce aux énormes efforts de sa prédécesseure, Lori Johnson, qui a pris en charge l’effort de financer la nouvelle bernache, érigée au coût de 300 000 $.

Lori Johnson est décédée relativement jeune. La bernache, c’est son héritage. Elle s'est occupée du financement et a fait plein de choses extraordinaires pour s’assurer que la bernache reste dans notre communauté.

La nouvelle bernache fut complétée et dévoilée en 2017 lors des célébrations du 150e anniversaire du Canada.

Viens nous voir

Une attraction routière peut aussi servir à des fins commerciales privées, comme c’est le cas à Earlton, dans le Témiskaming ontarien.

Pierre Bélanger y élève des bisons depuis plus de 50 ans. Au début des années 1980, il ouvre le zoo d’Earlton.

Le bison d'Earlton sur son monticule en hiver.

Earl le bison est un repère de la petite municipalité d'Earlton depuis le début des années 1980.

Photo : Pierre Bélanger

Il explique avoir imaginé l'immense bison qui accueille les voyageurs sur la Transcanadienne pour avoir une affiche au bord de la route ou quelque chose qui dramatise la présence du parc zoologique, qui indique au public qu’il y a quelque chose là.

Avec l’aide de l'artiste Mike Camp, il imagine d'abord la construction d'un bison de taille réelle, soit en ciment ou en fibre de verre. Pierre Bélanger savait à l’époque que plusieurs voyageurs se repéraient grâce aux attractions sur la Transcanadienne. Il n’y avait pas de GPS à l'époque et les gens devaient se fier aux cartes routières : les attractions routières étaient une bonne façon de savoir où ils étaient. C’est avec cette pensée en tête que l’idée de construire un bison géant est venue à M. Bélanger.

Pierre Bélanger au micro de Catherine Perrin.

Pierre Bélanger.

Photo : Radio-Canada / Olivier Lalande

On s’est dit que si on est pour faire une sculpture sur le bord de la route, aussi bien en faire une qui a un impact visuel. Nous sommes même allés jusqu’à St. Thomas pour voir Jumbo!

À l'époque, l'éléphant du sud-ouest ontarien est la plus grosse sculpture animale au Canada : On s’est dit que nous allions faire la nôtre plus grosse!, se remémore Pierre Bélanger.

Il a été décidé de construire le bison en acier. Le sculpteur Mike Camp a consacré près de 13 mois à le souder, plutôt que les 3 prévus. Le budget pour Earl le bison est passé de 9000 $ à 35 000 $. Inauguré en 1983, Earl mesure 19  pieds de hauteur et 27 pieds de longueur.

Photo noire et blanc de l'inauguration de la statue.

Afin d'attirer les touristes, Pierre Bélanger a commandé cette sculpture de 9 tonnes qui fait 5,8 mètres de longueur et 8,2 mètres de hauteur.

Photo : Avec la permission de Bison du Nord

Malgré la fermeture du parc zoologique, Earl reste une attraction très populaire sur la route 11. Dans la municipalité d’Earlton, plusieurs commerces sont nommés d'après le bison et il est possible d’acheter des souvenirs à l'effigie d'Earl.

Tous les jours, cinq à dix voitures y font arrêt pour que les gens puissent se photographier.

« Je dirais que dans les albums familiaux au Canada, il y en a plusieurs qui ont Earl. »

— Une citation de  Pierre Bélanger

Ça fait un bel arrêt pour ceux qui voyagent entre North Bay et Timmins. Il est devenu un des repères sur la Transcanadienne que les parents utilisent pour dire à leurs enfants qu’ils sont à mi-chemin ou qu’ils approchent de leur destination, conclut Bélanger.

Promouvoir une entreprise ou industrie locale

Dans les petites municipalités ou villes situées loin des centres métropolitains de l’Ontario, souvent une ou deux grandes entreprises ou industries sont responsables du fonctionnement de l’économie locale.

Le gros cinq sous de Sudbury illuminé la nuit par des projecteurs.

La grosse pièce de cinq cents de Sudbury illuminée la nuit par des projecteurs.

Photo : Matthew Barton

Sudbury est la plus grande ville à être mentionnée dans cet article. L'industrie minière y a toujours tenu un rôle économique prépondérant.

L’histoire du gros cinq sous débute avec une compétition dans le Sudbury Star pour célébrer le centenaire du Canada. Un jeune entrepreneur, Ted Silva, a l’idée de créer une attraction pour démontrer l'importance du secteur minier, du nickel et la numismatique, la science de la monnaie, raconte Jennifer Beaudry, porte-parole du musée scientifique Science Nord.

Même si l'idée de Ted Silva n'est pas retenue par les responsables du concours, il construit en 1964 ce qu'il appelle le parc numismatique du centenaire canadien, qui regroupe différents monuments, dont la grosse pièce de cinq cents.

Une pièce de cinq sous géante devant un ciel légèrement nuageux.

La grosse pièce de cinq cents est principalement composée d'acier inoxydable. Elle a été conçue par Stephen Trenka.

Photo : Radio-Canada / Sophie Houle-Drapeau

Dans les années 1980, la Ville de Sudbury rachète le parc de M. Silva afin de créer un parc touristique scientifique. La ville et le nouveau centre Science Nord décident de conserver uniquement le gros cinq cents.

Certains monuments avaient besoin de réparations importantes. La structure de certains était en train de pourrir… Nous les avons recyclés.

Aujourd’hui, le gros cinq cents fait partie d’un musée minier géré par Science Nord. Il faut payer pour visiter le musée, mais prendre une photo avec la pièce de monnaie géante ne coûte rien et reste une attraction incontournable pour les gens de passage.

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