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Les visites d’une fausse héritière à Mar-a-Lago scrutées par les autorités

La résidence de Donald Trump en Floride.

La résidence de l'ancien président américain Donald Trump de Mar-a-Lago à Palm Beach, en Floride

Photo : afp via getty images / GIORGIO VIERA

Une Ukrainienne russophone ayant des liens à Montréal est soupçonnée d’avoir infiltré l’entourage de l’ancien président Donald Trump à sa résidence floridienne de Mar-a-Lago. Si ce scénario semble carrément inspiré d’une histoire d’espionnage russe, c’est qu’il en a « tous les ingrédients nécessaires », selon l'ancien agent du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) Michel Juneau-Katsuya.

D’abord les faits. Une enquête journalistique conjointe du Pittsburgh Post-Gazette et de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), publiée vendredi, raconte qu’une femme de 33 ans a réussi à se faire inviter à plusieurs reprises dans la résidence privée de M. Trump, en 2021, sous l'identité d’Anna de Rothschild, héritière de la célèbre dynastie européenne du même nom.

Lors d’une de ses visites, elle a participé à une ronde de golf avec l’ex-président et l’un de ses plus fervents supporteurs, le sénateur républicain Lindsey Graham.

D’autres invités ont témoigné qu’elle portait des vêtements haute couture et une montre Rolex, qu’elle parlait plusieurs langues et qu’elle se disait impliquée dans de vastes projets de développement immobilier.

Yashchyshyn avec Donald Trump au Trump's International Golf Club, mai 2021.

Yashchyshyn apparaît aux côtés de Donald Trump sur son terrain de golf, en mai 2021.

Photo : Organized Crime and Corruption Reporting Project

Le hic, c'est que le véritable nom de cette femme est Inna Yashchyshyn. Loin d'être une riche héritière, elle est la fille d'un camionneur de l'Illinois. Et elle fait maintenant l’objet d’une enquête du FBI, vraisemblablement pour sa gestion d'une œuvre caritative inscrite au registraire des entreprises du Québec.

La facilité avec laquelle la trentenaire a réussi à s'infiltrer dans la résidence d’un ancien président a causé la stupeur aux États-Unis. D’autant plus que cette histoire est sortie au grand jour seulement deux semaines après une perquisition du FBI au domicile de Donald Trump pour y récupérer des documents ultraconfidentiels.

Le rôle du renseignement russe

L’expert en sécurité nationale Michel Juneau-Katsuya, autrefois affecté au contre-espionnage des activités soviétiques pour le SCRS, est d’avis que cette trame narrative correspond en tout point aux pratiques des agences de renseignement russes.

Ils font un gros travail pour préparer ce qu’on appelle dans notre jargon une légende, c’est-à-dire toute une histoire pour tenter de légitimer qui est cette personne, a-t-il déclaré en entrevue à l’émission Tout un matin.

Michel Juneau-Katsuya au micro de Catherine Perrin

Michel Juneau-Katsuya est un ancien agent du Service canadien du renseignement de sécurité.

Photo : Radio-Canada / Olivier Lalande

L’ancien agent du SCRS a rappelé le cas d’Anna Chapman, de son vrai nom Anna Vasilyevna Kushchenko, arrêtée en 2010 par les autorités américaines lors du démantèlement d’un réseau d’espionnage au profit de la fédération russe.

Cette femme avait fait exactement la même chose en tentant de se rapprocher des cercles du pouvoir américain pour obtenir des renseignements particuliers. On a encore une fois une sorte de modus operandi qui ressemble énormément à ce qu’on a déjà connu, a-t-il souligné.

Mais M. Juneau-Katsuya estime que le cas d’Inna Yashchyshyn révèle d’un intérêt particulier compte tenu de l’historique liant Donald Trump à la Russie.

C’est certain qu’avec Trump, on a quelque chose d’intéressant parce que même avant son arrivée à la présidence, il avait attiré l’attention avec ses activités et ses relations avec l’État russe et particulièrement avec M. Poutine, a-t-il expliqué. Des proches de l’ancien président avaient multiplié les contacts avec les agences de renseignement russes dans l’année précédant son élection, fin 2016.

« C’est certain qu’on voit ici un rapprochement encore une fois, ça semble lui coller à la peau et ça semble vraiment avoir les empreintes des services de renseignement russes extérieurs. »

— Une citation de  Michel Juneau-Katsuya, expert en sécurité nationale

Michel Juneau-Katsuya croit que les brèches autour de la sécurité de l’ancien président présentent une réelle menace pour les États-Unis et peuvent être en partie attribuées au zèle de ses associés – et même de certains membres des services de sécurité.

Il y a dans les services secrets américains des gens qui sont peut-être un peu trop partisans et peut-être un peu trop attachés à M. Trump. Il y a définitivement aussi l’ingérence constante de son cercle rapproché, de ses assistants, qui vont interférer avec le travail des services secrets.

Selon l'analyste en sécurité, il y a là tous les ingrédients nécessaires pour vraiment enfreindre la sécurité américaine.

Liens canadiens

L’affaire devrait d’ailleurs absolument retenir l’attention du SCRS, compte tenu des liens de Mme Inna Yashchyshyn à la métropole québécoise, affirme l’expert.

L’Ukrainienne d’origine a déposé une déclaration sous serment au palais de justice de Montréal, en février 2022, dans laquelle elle affirme avoir été sous l’emprise d’une famille russe installée dans la métropole, nommément Valeriy Tarasenko et sa femme, Anna.

Celle qui est résidente permanente aux États-Unis depuis une dizaine d'années apparaît d'ailleurs comme administratrice d'une œuvre caritative liée aux Tarasenko inscrite au registraire des entreprises du Québec, les Cœurs unis de la miséricorde.

La Sûreté du Québec a confirmé au OCCRP avoir ouvert une enquête sur Inna Yashchyshyn en février, sans toutefois préciser les motifs.

Ce qui n'est peut-être pas assez connu des Québécois, c’est à quel point Montréal est une plaque tournante pour l’espionnage international, assure M. Juneau-Katsuya.

Relatant sa propre expérience au bureau de contre-espionnage des activités soviétiques à Montréal, il juge que les trois quarts des diplomates du consulat russe sont des espions [qui] sont là sous une fausse représentation. On le sait très bien et on regarde ce qu’ils font.

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