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Le mystère Québec produira-t-il de nouvelles surprises?

Infographie montrant une carte électorale avec des points d'interrogation qui partent de quelques circonscriptions.

Le mystère Québec

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

Il y a les candidats vedettes et les territoires en apparence conquis d’avance par les caquistes. Il y a le village gaulois solidaire du centre-ville de Québec, la montée en puissance des conservateurs dans les banlieues et en terre beauceronne. Puis, il y a les libéraux et les péquistes, en quête de traction sur un champ de bataille qui leur a été hostile aux dernières élections. Survol des circonscriptions à surveiller dans les régions de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches en vue du scrutin du 3 octobre.

JEAN-LESAGE

Député sortant : Sol Zanetti (Québec solidaire)

Taux de participation en 2018 : 65,78 %

Il s’agit probablement, sur papier, de la lutte la plus serrée de l’élection dans la grande région de Québec. Le solidaire Sol Zanetti tentera de damer le pion à la caquiste Christiane Gamache une seconde fois en autant d'occasions. Il l'avait emporté par une maigre marge de 700 voix en 2018.

Philippe J. Fournier, analyste politique et créateur du site de projections électorales Qc125, donne l'avantage aux solidaires. La division du vote avec le Parti conservateur d'Éric Duhaime pourrait favoriser Sol Zanetti dans Jean-Lesage, note-t-il, surtout chez les électeurs de Beauport.

Catherine Dorion et Sol Zanetti ont été élus à Québec.

Sol Zanetti et Catherine Dorion ont incarné une percée solidaire à Québec en 2018. Le premier devra défendre son poste, alors que la seconde a décidé de quitter l'Assemblée nationale (archives).

Photo : Radio-Canada / Alice Chiche

Dans l’opposition, Sol Zanetti a fait de la qualité de l’air l’un de ses chevaux de bataille pour la population du quartier Limoilou, qu’il habite avec sa famille. Les solidaires ont également martelé leur opposition au troisième lien, dont le tracé doit déboucher à la limite ouest de la circonscription.

Christiane Gamache, qui a œuvré au sein des instances de son parti ces dernières années, devra défendre le bilan du gouvernement. L’allègement de la norme sur le nickel préoccupe notamment plusieurs électeurs qu’elle convoite.

Fait notable, Sol Zanetti ne pourra compter sur la synergie développée avec Catherine Dorion ces quatre dernières années. La représentante de Taschereau a choisi de quitter la politique après un seul mandat, laissant la place à l’aspirant-député Étienne Grandmont. Malgré le départ de Mme Dorion, les électeurs semblent, pour l'instant, fidèles à la bannière orangée, si l'on en croit les données de Qc125.

LÉVIS

Député sortant : François Paradis (Coalition avenir Québec)

Taux de participation en 2018 : 71,40 %

Bernard Drainville n’est pas du coin, mais la nouvelle vedette caquiste essaie fort de démontrer son attachement pour Lévis. Sur les réseaux sociaux, il multiplie les comptes rendus de porte-à-porte dans les rues lévisiennes et agrémente le tout de publications d'images bucoliques.

La ville de Lévis vit une croissance démographique importante, mais demeure mal desservie sur le plan de la mobilité. Son maire Gilles Lehouillier ne rendra pas les armes tant que le troisième lien ne sera pas construit vers la Rive-Nord. Il devrait trouver un allié en Bernard Drainville s'il est élu.

Ce dernier encourage la construction du tunnel Québec-Lévis sans réserve, a-t-il déclaré lors de l'annonce officielle de sa candidature, y voyant même un projet vert.

Selon André Lamoureux, chargé de cours au Département de sciences politiques de l'Université du Québec à Montréal, nul doute que M. Drainville va gagner. Il est tellement connu et bénéficie d'une popularité à l'échelle du Québec qui va certainement jouer en sa faveur, soutient l'expert, qui ajoute que la possibilité d'avoir un élu ministrable pèse dans la balance au sein de la population.

Philippe J. Fournier, pour sa part, place tout de même une étoile à côté de la circonscription de Lévis. Car si l’ancien ministre du gouvernement de Pauline Marois paraît en terrain ami, son passé péquiste pourrait selon lui le hanter dans une circonscription peu réputée pour ses appuis au parti de René Lévesque.

Bernard Drainville devra surveiller les conservateurs dans son rétroviseur. Le parti mise sur Karine Laflamme, ex-conseillère municipale dans l'équipe du maire Lehouillier et ex-présidente de la Chambre de commerce de Lévis. Éric Duhaime a promis de faire une grosse campagne à Lévis, rappelle M. Fournier.

CHAUVEAU

Député sortant : Sylvain Lévesque (Coalition avenir Québec)

Taux de participation en 2018 : 70,80 %

L’arrivée d’Éric Duhaime à la tête du Parti conservateur du Québec a redonné de la vigueur à la formation politique, restée plutôt marginale au cours des derniers scrutins. Des milliers de cartes de membres ont été vendues depuis sa victoire à la chefferie.

Selon les projections de Qc125, les conservateurs arrivent deuxièmes dans les intentions de vote au cumulatif des 14 circonscriptions de la grande région de Québec. Si le mystère Québec peut encore produire une surprise, ce sera en leur faveur, croit Philippe J. Fournier.

Un homme prononce un discours à l'extérieur.

L'arrivée d'Éric Duhaime à la tête du Parti conservateur du Québec a donné un nouveau souffle à la formation politique.

Photo : Radio-Canada / Jacques Corriveau

Le parti présentera son chef dans Chauveau, où il souhaite déloger le député caquiste Sylvain Lévesque. Les conservateurs avaient opté pour la même stratégie en 2018, mais le prédécesseur de M. Duhaime, Adrien Pouliot, n’a guère fait mieux que de récolter 8,6 % du suffrage, bon pour la cinquième place. Il s'agissait tout de même du meilleur score conservateur à l'échelle de la province.

Cette fois, Éric Duhaime, bien connu en raison de sa présence sur les ondes radiophoniques de la capitale, pourrait tout changer. Les intentions de vote pour la Coalition avenir Québec et le Parti conservateur y sont similaires, dans la marge d’erreur, en faisant la seule autre circonscription pivot avec Jean-Lesage.

Philippe J. Fournier évoque cependant un défi de taille pour le chef. Considérant la chute dans les intentions de vote du Parti libéral et du Parti québécois, Éric Duhaime ne peut pas compter sur une division du vote pour l'emporter.

« Dans certaines circonscriptions à Montréal, 30 ou 32 % est suffisant pour l'emporter. Mais Éric Duhaime pourrait avoir 40 % du vote dans Chauveau et perdre. Il est seul face à la Coalition avenir Québec. »

— Une citation de  Philippe J. Fournier, analyse politique, créateur de Qc125

LA BEAUCE

BEAUCE-NORD

Député sortant : Luc Provençal (Coalition avenir Québec)

Taux de participation en 2018 : 70,79 %

BEAUCE-SUD

Député sortant : Samuel Poulin (Coalition avenir Québec)

Taux de participation en 2018 : 69,13 %

Ce qui est vrai pour Chauveau l'est aussi pour la Beauce. Le vote péquiste et le vote libéral se sont complètement effondrés dans ces régions-là, constate Philippe J. Fournier.

Les deux circonscriptions beauceronnes seront donc le champ de bataille d’une chaude lutte entre caquistes et conservateurs, dont l'adhésion est palpable dans les intentions de vote. Dans les deux cas, M. Fournier croit qu'une victoire du Parti conservateur n'est pas à exclure.

Reste que la Coalition avenir Québec n'avait pas eu de mal à faire élire Samuel Poulin et Luc Provençal en 2018, les deux hommes ayant gagné avec plus de 60 % du vote. C'est difficile de perdre autant de points d'une élection à l'autre, admet l'analyste.

Luc Provençal et François Legault lors d’un point de presse. Sur la photo, on aperçoit le chef de la CAQ faire un clin d’œil en pointant le doigt vers une personne de l’assistance.

Luc Provençal (à gauche), Samuel Poulin (au centre) et le chef de la CAQ, François Legault (archives)

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

La bataille ne sera pas aussi facile cette fois-ci. On va regarder les itinéraires des chefs. Je prévois que M. Duhaime va passer beaucoup de temps en Beauce, et c'est l'un des seuls endroits au Québec où François Legault va jouer sur la défensive.

La Beauce a été l'une des régions du Québec où la pandémie de COVID-19 a créé des remous politiques pour les caquistes, relève enfin André Lamoureux. Des maires influents de la MRC de Beauce-Sartigan, comme Claude Morin à Saint-Georges, ont en effet dénoncé l'absence des élus provinciaux sur le terrain l'an dernier.

Il suffit que certains événements sur le plan local surviennent dans un sens ou dans l'autre pour faire balancer le résultat, estime M. Lamoureux.

JEAN-TALON

Députée sortante : Joëlle Boutin (Coalition avenir Québec)

Taux de participation en 2018 : 75,16 % 

Pendant longtemps un château fort des libéraux, la circonscription de Jean-Talon pourrait appartenir à la Coalition avenir Québec pour encore quelques années si ses adversaires ne se ressaisissent pas rapidement.

La femme d’affaires Joëlle Boutin y a été élue en 2019 lors d’une partielle, profitant du départ inattendu de l’ancien ministre libéral Sébastien Proulx. L’avocat avait battu Mme Boutin par 1363 votes aux élections d’octobre 2018, un an avant qu’il n'annonce son départ pour des raisons personnelles.

La députée Joëlle Boutin et le premier ministre François Legault.

Joëlle Boutin a fait son entrée à l'Assemblée nationale en 2019, profitant du départ du libéral Sébastien Proulx (archives).

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Les libéraux n’ont jamais été dans le coup lors de la partielle, car ils n'ont récolté qu'un maigre 25 % du vote avec Gertrude Bourdon, soit près de 6000 bulletins de moins que son prédécesseur. Les rouges perdaient ainsi leur dernier bastion dans la région de Québec, eux qui avaient une mainmise sur Jean-Talon depuis 1966.

Le parti n’a à ce jour annoncé aucune candidature dans cette circonscription où le projet de tramway, l’aménagement de la tête des ponts, lesdits ponts et le logement seront vraisemblablement au cœur des échanges.

Pour Philippe J. Fournier et André Lamoureux, Jean-Talon incarne parfaitement l'affaissement historique du vote libéral chez les francophones. La question n'est pas tant si Joëlle Boutin gardera son siège, mais qui finira deuxième. M. Fournier n'exclut pas une bonne note pour Québec solidaire dans Jean-Talon, qui pourrait profiter du vote étudiant, la circonscription abritant notamment l'Université Laval.

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