•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Archives

Il y a 20 ans, l’usine GM de Boisbriand fermait définitivement ses portes

Devanture de l'usine General Motors et voitures stationnées.

L'usine GM de Boisbriand en novembre 1980

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le 27 août 2002, la dernière Camaro Z28 sortait de l’usine GM de Boisbriand. Inaugurée en 1965 par le gouvernement de Jean Lesage, l’usine de General Motors était promise à de beaux succès, mais une séquence de mauvaises décisions a mené à sa disparition, comme le montrent nos reportages d’archives.

L’ouverture

« L’entrée en production de la nouvelle usine de General Motors marque une nouvelle étape dans l’essor économique du Québec. »

— Une citation de  Jean Lesage, premier ministre du Québec, 1965

Le 12 octobre 1965, le premier ministre Jean Lesage procède à l’inauguration de la seule usine de production automobile au Québec, l’usine GM de Sainte-Thérèse-Ouest.

Extrait du discours du premier ministre Jean Lesage lors de l’inauguration de l’usine GM à Sainte-Thérèse (Boisbriand).

Le 22 octobre 1965, à l’émission Le sel de la semaine, le journaliste Jacques Keable présente un reportage au sujet de l’implantation de l’usine.

Qu’est-ce que ça signifie General Motors à Sainte-Thérèse, un nouveau Klondike?, se demande l’animateur Fernand Seguin.

Reportage de Jacques Keable au sujet de l’inauguration de l’usine GM à Sainte-Thérèse (Boisbriand) en 1965 et les impacts sociaux-économiques projetés. L’émission est animée par Fernand Seguin.

En 1965, Sainte-Thérèse-Ouest compte 4200 âmes. Située en bordure des voies de communication, la Municipalité offre des terrains à très bas prix.

À l’époque, General Motors est l’une des plus importantes entreprises du monde capitaliste.

« Une entreprise de l’envergure de GM, avec ses ventes annuelles de 17 milliards de dollars, ses profits nets de 1 milliard 700 millions et ses 661 000 employés, ne va pas habiter la ville, elle la crée. »

— Une citation de  Jacques Keable, 1965

À elle seule, General Motors verse à la Municipalité de Sainte-Thérèse 40 % de ses impôts municipaux et scolaires.

Lors de sa création en 1965, l’usine prévoit l’emploi de 2500 employés et la production annuelle de 90 000 voitures, des Chevrolet Biscayne et des Pontiac Strato Chief.

Au départ, GM verse des salaires aux ouvriers québécois qui sont 25 % moins élevés que ceux des Ontariens pour des fonctions identiques. Les salaires des ouvriers non spécialisés déçoivent et ne permettent qu’à un très petit nombre d’employés de s’acheter une maison. La venue de GM causera d’ailleurs certains problèmes de logements.

Durant les années 1970, l’usine a le vent dans les voiles et produit de nombreux modèles de véhicules : Chevrolet Impala, Chevrolet Vega, Pontiac Astre, Buick Skyhawk, Oldsmobile Starfire, Pontiac Sunbird, etc. Le 16 mars 1974, Sainte-Thérèse-Ouest devient officiellement Boisbriand.

Le déclin

Les années 1980 sont marquées par la récession économique, la concurrence des voitures japonaises et les nombreux conflits de travail qui viennent miner la productivité.

En 1986, rien ne va plus. Les relations patronales et syndicales se détériorent et les griefs s’accumulent.

Au bulletin de nouvelles de l'émission Ce soir du 30 janvier 1986, Martine Lanctôt présente un reportage sur les menaces de fermeture qui planent sur l’usine GM de Boisbriand.

Reportage de Martine Lanctôt au sujet de menaces de fermeture de l’usine GM de Boisbriand à l’été 1987. Le bulletin de nouvelles est animé par Pierre Maisonneuve.

Le directeur de l’époque, Gary Hansen, critique la productivité de l’usine de Boisbriand. Par exemple, le taux d’absentéisme y serait trois fois plus élevé que dans l’usine ontarienne d’Oshawa.

Claude Ducharme, directeur québécois des Travailleurs unis de l’automobile (TUA) ne comprend pas pourquoi M. Hansen critique la faible productivité des travailleurs et les rend responsables des problèmes de l’usine.

« Pour le syndicat, ces problèmes sont liés avant tout au fait que l’usine n’a jamais été modernisée. L’usine de Boisbriand n’a que quatre robots, alors que d’autres en ont déjà 200. »

— Une citation de  Martine Lanctôt, 1986

GM a d’ailleurs investi massivement en Ontario au milieu des années 1980 pour la modernisation.

Qu’à cela ne tienne, les patrons lancent un ultimatum et exigent que les employés produisent des Oldsmobile Ciera et des Chevrolet Celebrity à la perfection.

Le regain

À la fin des années 1980, l’usine GM de Boisbriand est finalement modernisée.

Ce succès, les employés le doivent beaucoup au directeur de l’usine de l’époque Bob Moran, un Texan d’origine qui croyait à l’usine québécoise. L’homme a su rétablir les relations entre travailleurs syndiqués et patrons à la GM de Boisbriand qui s’est hissée en tête de toutes les usines General Motors, au palmarès de la qualité des voitures produites. L’usine a réalisé d’énormes gains de productivité.

GM investit 450 millions de dollars pour la modernisation de l’atelier de peinture, 235 millions pour l’achat de 117 robots et 25 millions pour la formation des employés. Les gouvernements tant provincial que fédéral octroient un prêt sans intérêt remboursable sur 30 ans de 220 millions chacun à l’usine GM de Boisbriand en 1987.

Le 25 avril 1990, le président de GM Canada George A. Peapples annonce que l’usine de Boisbriand décroche le contrat de la production exclusive des nouveaux modèles de Chevrolet Camaro et des Pontiac Firebird.

La modernisation entraîne toutefois la mise à pied de 700 travailleurs sur 3400. Ils ne retrouveront pas leurs postes à la suite des travaux.

­Mais l’usine de Boisbriand se compte tout de même chanceuse. Le 18 décembre 1991, GM annonce les pertes records de 4 milliards et demi de dollars et de 15 % du marché nord-américain de l’automobile. Entre 1991 et 1995, GM ferme 21 usines et met à pied 74 000 travailleurs.

Le 7 mai 1993, c’est l’inauguration officielle de la nouvelle usine consacrée entièrement à la production des modèles Pontiac Firebird et Chevrolet Camaro.

Reportage d’Éric Germain au sujet de l’inauguration officielle de l’usine GM de Boisbriand après sa modernisation pour accueillir la machinerie permettant de fabriquer les modèles Firebird et Camaro. Le bulletin de nouvelles est animé par Simon Durivage.

Éric Germain présente un reportage sur cette modernisation qui fait de Boisbriand la capitale mondiale de la Camaro et de la Firebird.

L’usine produit alors 200 000 véhicules par an. 85 % de la production est écoulée sur le marché américain. Comme le dit la chanson, les Camaro sont faites pour rouler sur les chemins d’été.

Raynald Poirier, employé de GM, témoigne de la fierté des travailleurs de l’usine.

« Il a quelques années, on parlait de fermeture d’usine, ici. On disait qu’on était les pires en qualité, en productivité, puis en l’espace de quelques années, on nous donne en exemple dans toute la corporation GM et même ailleurs. »

— Une citation de  Raynald Poirier, 1993

En 1993, en pleine période de morosité économique, le carnet de commandes pour les Camaro et Firebird est rempli pour les sept prochaines années. Mais ces modèles n’ont pas longtemps la cote auprès des consommateurs. À peine trois ans plus tard, l’usine connaît à nouveau des difficultés. Les grosses cylindrées à propulsion se vendent mal.

La fermeture

À partir de 1996, il ne reste plus qu’un seul quart de travail à Boisbriand. Les Camaro quittent la cour de Boisbriand au compte-gouttes. 1200 employés sont toujours en poste. En 1998, c’est 75 000 exemplaires de Camaro qui sortent de l’usine.

Reportage de Bertrand Hall qui fait un portrait de la multinationale General Motors et explique les séquences de mauvaises décisions qui ont mené l’entreprise en difficulté. L’émission est animée par Stéphane Bureau.

Le 8 septembre 1998, l’émission d’actualité Le Point s’intéresse aux déboires de General Motors.

Le journaliste Bertrand Hall brosse un portrait de la multinationale et explique les séquences de mauvaises décisions qui ont mis à mal l’entreprise.

Des difficultés liées au recours à la sous-traitance et à l’organisation du travail.

Dans le reportage, le chroniqueur automobile Jacques Duval souligne que GM utilise des méthodes de construction dépassées. Ses plateformes ne permettent pas de construire de multiples modèles. Par exemple, chez Volkswagen et Audi, Jacques Duval explique qu’on arrive à faire 26 modèles avec 4 plateformes. GM utilise 17 plateformes. Les choix de modèles du constructeur ne s’adaptent pas à la demande des consommateurs.

« Ils ont été parmi les derniers à venir au marché des minifourgonnettes. Ils n’ont pas su produire un produit attrayant dans le domaine des véhicules utilitaires sport, alors qu’il y a une énorme demande aux États-Unis et au Canada. »

— Une citation de  Jacques Duval, 1998

Le premier ministre Bernard Landry tente de convaincre GM d’investir à Boisbriand et de donner un nouveau modèle à l’usine. Le problème, selon l’analyste automobile Dennis Desrosiers, c’est que GM n’est pas à ce moment-là en expansion. Si elle donne un modèle à Boisbriand, elle devra le retirer à une autre usine.

« Chaque jour qui passe sans que GM fasse une annonce pour Sainte-Thérèse, c’est un jour de plus vers la fermeture. »

— Une citation de  Dennis Desrosiers, 1998

Le 27 août 2002, c’est la fermeture définitive. Les employés ont appris la nouvelle plusieurs mois auparavant et le syndicat a organisé une ultime campagne de mobilisation en janvier 2002.

Reportage du journaliste Serge Boire au sujet de la fermeture officielle de l’usine General Motors de Boisbriand et de la sortie de l’usine de la dernière Camaro. Le bulletin de nouvelles est animé par Christine Fournier.

Au Téléjournal, le journaliste Serge Boire recueille les commentaires de quelques employés qui quittent l’entreprise après la production de la dernière voiture.

« C’était triste, ça aurait dû être un corbillard qui aurait passé le dernier. Je ne me sentais pas l'âme à la fête pantoute. »

— Une citation de  Employé de GM, 2002

4 millions de véhicules ont été produits à l’usine GM de Boisbriand au cours de ses 37 années d’existence. L’usine a été démolie en 2004.

Encore plus de nos archives

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.