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Caribous : une aire protégée dans le secteur du réservoir Pipmuacan recommandée

Un caribou dans un champ.

La Commission indépendante sur les caribous forestiers et montagnards a remis son rapport lundi.

Photo : iStock

La Commission indépendante sur les caribous forestiers et montagnards recommande de créer une aire protégée dans le secteur du réservoir Pipmuacan, au nord-est de Saguenay, comme le propose la communauté de Pessamit afin de protéger la harde qui s’y trouve.

La commission a déposé lundi son rapport auprès du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), après avoir tenu une tournée de consultation publique dans sept villes de la province au printemps.

Quelque 70 personnes s’étaient déplacées à Alma en mai pour faire valoir leur opinion devant les commissaires.

La commission avait été créée afin de contribuer à la réalisation d’une nouvelle Stratégie de protection de l’habitat du caribou forestier, qui a été repoussée à deux reprises par le gouvernement caquiste.

Les conclusions de la commission ont été dévoilées lundi peu après que Québec et Ottawa aient annoncé des avancées dans leurs discussions pour la protection du caribou forestier. Québec s'est d'ailleurs engagé à présenter sa stratégie finale d'ici la fin du mois de juin 2023.

Parmi les 35 recommandations de son rapport de près de 80 pages, la commission présidée par Nancy Gélinas recommande d’accepter la proposition d’aire protégée de Pipmuacan mise de l'avant depuis 2019 par la communauté innue de Pessamit.

L’endroit est également considéré comme un lieu de rencontre entre les communautés innues de Mashteuiatsh, située au Lac-Saint-Jean, de Pessamit et d’Essipit, qui se trouvent sur la Côte-Nord.

Carte

Le secteur du réservoir Pipmuacan est situé sur le territoire de la MRC du Fjord-du-Saguenay, à environ 150 kilomètres au nord-est de Saguenay.

Photo : Radio-Canada

Une aire protégée d’initiative autochtone recommandée

Ce projet d’aire protégée mené par Pessamit cible une aire d’un peu plus de 2760 km2, dans le secteur du réservoir Pipmuacan, qui est situé sur le territoire de la MRC du Fjord-du-Saguenay, à environ 150 kilomètres au nord-est de Saguenay. La commission souligne dans son rapport qu’il s’agit d’un projet très étoffé.

« L’aire protégée assurerait la protection de sites culturels de rassemblement et de campement et les derniers massifs forestiers du territoire où se retrouve la harde de caribous de Pipmuacan, laquelle se trouve déjà en situation précaire. »

— Une citation de  Tiré du rapport de la Commission indépendante sur les caribous forestiers et montagnards

Les commissaires proposent que cette aire protégée prenne la forme d’une aire protégée d’initiative autochtone en vertu de la Loi sur la conservation du patrimoine naturel. Ils suggèrent également que des discussions soient entreprises avec Pessamit afin que la gestion et la surveillance de l’aire protégée lui soient confiées.

La commission recommande qu’une assistance technique et financière soit fournie à la communauté.

La directrice principale de la Société pour la nature et les parcs (SNAP), Alice De Swarte, estime que Québec devra mettre en œuvre des actions pour protéger le caribou, à la suite de la publication du rapport. Elle s'attendait à des annonces concrètes lundi.

Un gage de confiance dans le processus et dans les négociations en ce moment entre le fédéral et le provincial, ça aurait été par exemple de voir des avancées sur le projet d’aire protégée d’initiative autochtone au Pipmuacan, qui est mené par le conseil des Innus de Pessamit, a-t-elle soulevé.

Des gens assis sur des chaises regardent un écran.

Environ 70 personnes avaient assisté au passage de la Commission indépendante sur les caribous forestiers et montagnards à Alma en mai.

Photo : Radio-Canada / Dominic Ménard

Une meilleure protection près de la rivière Péribonka

Également, la commission recommande que Québec assure une meilleure protection du territoire situé entre le projet d’aire protégée annoncé à l’est de la rivière Péribonka et le projet d’aire protégée dans le secteur de Pipmuacan.

Cette dernière recommandation est bien accueillie par le Comité de sauvegarde de la rivière Péribonka.

Il s'agit d'une bonne nouvelle pour la porte-parole de l’organisme, Ève Tremblay. Elle espère que la recommandation sera respectée par le gouvernement du Québec.

Une femme souriante se trouve devant un cours d'eau.

La porte-parole du Comité de sauvegarde de la rivière Péribonka, Ève Tremblay (archives)

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

C’est qu’entre ces deux zones-là, il y a encore d’importants massifs de vieilles forêts. On voudrait qu’entre les deux aires protégées, il y ait vraiment un vaste espace important qui soit protégé et non pas juste un corridor. J’ai de l’espoir parce que la pression est très forte , a lancé Ève Tremblay.

La porte-parole s’était présentée en mai devant la commission à Alma, afin de réclamer une meilleure protection pour la harde de caribous de Pipmuacan et du territoire situé entre la rivière Péribonka et le réservoir.

Contribuer à la nouvelle cible de Québec

Ces deux recommandations s’inscrivent dans une recommandation plus générale de la commission, qui propose que la stratégie de Québec pour la protection et le rétablissement du caribou forestier repose en plus grande partie sur l’identification d’aires protégées additionnelles vouées à cette fin.

La création de nouvelles aires dans la province permettrait de protéger des territoires importants pour la préservation du caribou forestier, tout en contribuant au nouvel objectif de Québec de protéger 30 % du territoire québécois d’ici 2030, a souligné la présidente de la commission, Nancy Gélinas, en entrevue au Téléjournal Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Trois personnes sont assises à une table sur une scène.

Les commissaires Clément D'Astous et Florent Gagné entourent ici la présidente, Nancy Gélinas, lors de l'arrêt de la commission à Alma.

Photo : Radio-Canada / Dominic Ménard

Nous, on fait la suggestion de profiter de cette opportunité-là de combiner des objectifs, donc une stratégie d’aires protégées avec une stratégie de protection du caribou pour atteindre les objectifs , a-t-elle résumé.

Cette protection permettrait de favoriser le rétablissement de ces territoires, a-t-elle expliqué.

« Ce qui arrive, c’est qu’il y a des territoires présentement qui sont très affectés, très perturbés, et si on veut qu’ils se réhabilitent pour pouvoir être des territoires vraiment susceptibles de garder des populations de caribous intactes, bien il faut leur permettre de se réhabiliter. Pour ça, ça veut dire réduire l’intensité de l’aménagement qu’on fait présentement. »

— Une citation de  Nancy Gélinas, présidente de la Commission indépendante sur les caribous forestiers et montagnards

Réflexion sur la cohabitation entre forêt et faune au ministère

La commission recommande également dans son rapport que Québec réexamine l’attribution des dossiers de l’aménagement forestier et de la faune sous un même ministère.

Cette critique a autant été formulée par des groupes écologistes que forestiers devant la commission au sujet du MFFP, a précisé la présidente.

Notre recommandation, c’est d’inciter le ministère et le gouvernement, dans le fond, à réfléchir sur cette cohabitation-là, ou éventuellement la séparation des deux secteurs, pour que la faune, autant que la forêt aient vraiment leur place, on va dire, leur place au soleil , a mentionné Nancy Gélinas.

Une grue mécanique déplace des troncs d'arbres coupés.

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean était la région la plus affectée sur le plan économique, selon l'un des deux scénarios soumis à la commission.

Photo : Reuters / Chris Wattie

Le scénario sans impact pour l’industrie écarté

La Commission indépendante sur les caribous forestiers et montagnards propose en outre que Québec abandonne l’un des deux scénarios qui avaient été soumis à la commission par le MFFP, soit celui qui n’aurait pas eu d’impact sur l’industrie forestière.

Ce scénario aurait condamné 3 des 12 hardes de caribous du Québec, dont celle de Pipmuacan.

Les commissaires suggèrent plutôt d’utiliser comme base le scénario qui proposait d’accroître la superficie en restauration de la zone d’habitat du caribou forestier, mais qui aurait un impact sur l’industrie forestière.

La commission propose d’utiliser ce scénario comme base de travail en y incorporant les améliorations suggérées , qui se retrouvent dans son rapport.

ll était évalué dans ce second scénario que le Saguenay-Lac-Saint-Jean serait la région la plus affectée, en retirant 339 000 m3 de bois à l’industrie et en entraînant la perte de 385 emplois.

Un caribou.

Le premier scénario aurait condamné 3 des 12 hardes de caribous du Québec.

Photo : Gilles Morin

Villégiature et sports motorisés

Les commissaires se sont également penchés sur l’impact des activités de villégiature sur le caribou.

Ils proposent un moratoire sur l’octroi de tout nouveau bail de villégiature dans l’aire de répartition des caribous. Des mesures pour limiter et encadrer la circulation motorisée en piste et hors piste sont également suggérées.

Tout le monde doit faire sa part, a conclu en entrevue la présidente Nancy Gélinas. Donc, tout le monde doit mettre un peu d’eau dans son vin et trouver des façons plus innovantes de travailler en forêt.

Avec les informations de Béatrice Rooney et de Louis Martineau

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