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Québec s’engage à en faire plus pour la protection du caribou

Un caribou en forêt, un jour d'automne.

Au Québec, la population de caribous forestiers, en déclin depuis plusieurs années, est estimée à 5252 individus.

Photo : Getty Images / Stan Tekiela Author / Naturalist

Radio-Canada

Québec a finalement plié devant les pressions d'Ottawa en acceptant d'en faire plus pour protéger le caribou forestier et le caribou montagnard de Gaspésie. Les deux ordres de gouvernement ont annoncé lundi des avancées dans leurs discussions, dans un communiqué conjoint qui ne comporte toutefois aucune mesure concrète.

Les gouvernements du Canada et du Québec souhaitent informer le public que des progrès ont été réalisés dans les discussions concernant le maintien, la protection et le rétablissement du caribou boréal, ont-ils fait savoir, disant avoir bon espoir de parvenir à une entente pour protéger cette espèce menacée.

Le gouvernement du Québec [...] souhaite prendre des mesures additionnelles importantes, assure-t-on, sans vraiment détailler ce qu'il en sera. On promet cependant de réduire le seuil de perturbation de l'habitat du caribou forestier et du caribou montagnard de Gaspésie à 35 % dans chacune de leurs aires de répartition.

Il s'agit du seuil de perturbation critique, selon Nature Québec. Pour être viables, les populations de caribous forestiers ont besoin d’un habitat dont le taux de perturbation est en deçà de 35 %, estime en effet l'organisme. Or, pour la majorité des populations répertoriées, ce taux de perturbation est supérieur. Il atteint même parfois plus de 75 %.

Pour parvenir à une telle réduction des perturbations, Québec explique qu'il compte utiliser les outils à sa disposition pour la protection du territoire, notamment les habitats fauniques légaux, les refuges biologiques, les protections administratives et le démantèlement de chemins forestiers, peut-on lire dans le communiqué.

Québec affirme aussi qu'il est déjà en train de mettre en œuvre des mesures à court terme qui totalisent près de 12 millions de dollars pour la conservation du caribou, et auxquelles le gouvernement fédéral contribuera à hauteur de 6,1 millions de dollars, notamment pour soutenir le leadership des nations autochtones dans le dossier.

Québec s'engage par ailleurs à rendre publique sa stratégie finale sur le caribou forestier et montagnard d'ici la fin du mois de juin 2023.

Aucune avancée concrète

Le ministre fédéral de l'Environnement, Steven Guilbeault, s'est réjoui de cette annonce lundi, lui qui faisait pression sur la province afin qu'elle en fasse plus pour protéger l'habitat du caribou.

Le caribou est un symbole national, mais il est gravement menacé. Ce n'est qu'en travaillant ensemble que nous pourrons le protéger, a indiqué M. Guilbeault. Cette annonce avec le Québec constitue un réel progrès pour protéger son habitat et rétablir la santé des troupeaux.

Critiqué de toutes parts quant à sa stratégie de conservation, le ministre québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, se réjouit lui aussi de l'annonce conjointe formulée lundi. Les avancées significatives dans les discussions montrent une volonté commune d'assurer le maintien, la protection et le rétablissement du caribou, a déclaré le ministre Dufour.

Or, du côté de la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec), on se montre très peu convaincu par l'annonce conjointe de Québec et d'Ottawa. On déplore même l’absence d’action concrète.

La protection urgente des 35 000 km2 de secteurs prioritaires de l’habitat du caribou doit demeurer la priorité des gouvernements, affirme l'organisme dans un communiqué.

« On peut saluer la volonté des deux gouvernements de travailler ensemble pour trouver des solutions à un enjeu de conservation complexe. Toutefois, il n’y a aucune avancée concrète dans ce qui est annoncé aujourd’hui. »

— Une citation de  Alain Branchaud, directeur général de la SNAP Québec

La Société estime également que, parmi les outils et les actions qui sont mis de l’avant par le ministère québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs, les aires protégées, notamment celles d’initiative autochtone, brillent par leur absence.

Pourtant, sans protection intégrale des secteurs prioritaires identifiés par les scientifiques et par les nations autochtones, aucun plan d’action pour le caribou ne tient la route, affirme Alice de Swarte, directrice principale à la SNAP Québec.

En mai dernier, les Innus de Pessamit ont notamment annoncé qu'ils comptaient mettre en demeure le gouvernement du Québec afin de le forcer à entreprendre des mesures de protection du territoire immédiates pour préserver l'habitat du caribou.

Leur déclaration est survenue au moment exact où la commission indépendante sur les caribous forestiers et montagnards, mise sur pied par Québec, était de passage sur la Côte-Nord.

Commission qui a par ailleurs soumis, lundi matin, au ministère québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) un rapport contenant 35 recommandations à la suite d'audiences publiques qui ont eu lieu dans sept villes et six régions du Québec.

La présidente de la commission, Nancy Gélinas, a indiqué qu'elle espère que son rapport permettra d'aiguiller le MFFP vers l'élaboration de sa stratégie de protection du caribou, en ajoutant que la province doit rapidement passer en mode solutions pour préserver cette espèce emblématique et assurer un développement économique viable pour le Québec et ses régions.

Un ultimatum du fédéral

Québec et Ottawa étaient dans une impasse depuis plusieurs mois concernant la protection du caribou. Insatisfait de la stratégie du gouvernement caquiste, M. Guilbeault avait même menacé en avril dernier d'imposer un décret fédéral sur l'habitat essentiel du caribou.

Ottawa aurait ainsi pris le contrôle des activités sur des territoires couvrant une superficie allant jusqu'à 35 000 kilomètres carrés, voire un peu plus. L'utilisation d'un tel décret, prévu à la Loi sur les espèces en péril du Canada, aurait été une première au pays.

Québec avait répondu en revendiquant la compétence exclusive de la province sur la gestion du caribou forestier, sans toutefois aller de l'avant avec des mesures de protection du territoire.

Le caribou boréal figure sur la liste des espèces menacées de la Loi sur les espèces en péril du Canada depuis 2003 et sur la liste des espèces vulnérables au Québec, sous la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec, depuis 2005.

En 2012, Ottawa avait demandé aux provinces d'élaborer une stratégie pour protéger l'habitat du caribou. Au Québec, la population de caribous forestiers, en déclin depuis plusieurs années, est estimée à 5252 individus.

Avec les informations de La Presse canadienne

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