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Deux ans après la promesse fédérale d’un vaccin fait au Canada, le pays attend toujours

Le Conseil national de recherches du Canada produira le vaccin Novavax dans son nouveau centre de production biologique, situé sur l'avenue Royalmount, à Montréal.

Une fiole du vaccin Novavax.

Le CNRC n'a toujours pas produit une seule fiole de vaccin contre la COVID-19.

Photo : AP Photo / Alastair Grant

Radio-Canada

Dès les premiers jours de la pandémie, le gouvernement fédéral avait annoncé un accord de financement de plusieurs millions de dollars avec le Conseil national de recherches du Canada (CNRC) pour l'agrandissement d'une usine de production de vaccins à Montréal. À l’époque, le premier ministre Justin Trudeau avait promis que l’usine serait en mesure de produire des vaccins contre la COVID-19 d'ici novembre 2020.

Deux ans plus tard, l’usine montréalaise du Conseil national de recherches du Canada n’a toujours pas produit une seule fiole de vaccin contre la COVID-19.

Un porte-parole du CNRC, l'organisme fédéral spécialisé en recherche et développement, a déclaré à CBC News que son usine de vaccins avait récemment obtenu les approbations nécessaires de Santé Canada. Cependant, le CNRC n'a toujours pas donné de date cible pour la mise en service du centre de fabrication de produits biologiques (CFB).

Justin Trudeau (à droite) s'entretient avec Krishnaraj Tiwari dans un laboratoire.

Le premier ministre Justin Trudeau s'entretient avec le scientifique Krishnaraj Tiwari lors d'une visite des installations du Conseil national de recherches du Canada (CNRC) à Montréal le 31 août 2020.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

L'inspection de Santé Canada a eu lieu à la fin de juillet 2022 et l'installation a été jugée conforme, a déclaré le porte-parole du CNRC.

Ce porte-parole a redirigé les questions sur la production de vaccins à Novavax, l'entreprise du Maryland qui a été choisie par Ottawa pour produire les vaccins dans ces installations.

Dans un communiqué, un porte-parole de Novavax a déclaré que l'entreprise continue de travailler avec le CNRC pour compléter le transfert technologique de [son] vaccin COVID-19 et qu'elle prévoit intégrer l'approvisionnement de ces installations dans [son] programme de vaccination à une date ultérieure non précisée.

En annonçant un investissement de 44 millions de dollars pour l'installation du CNRC en avril 2020, M. Trudeau avait déclaré que l'expansion de ce site et d'autres installations placerait le Canada à l'avant-garde de la recherche scientifique et donnerait au pays l'infrastructure nécessaire pour préparer des fioles pour des doses individuelles dès qu'un vaccin sera[it] disponible.

En août de la même année, le gouvernement avait injecté 126 millions de dollars supplémentaires dans le site Royalmount du CNRC. Selon M. Trudeau, cet investissement devait permettre la production préliminaire de 250 000 doses de vaccin par mois à partir de novembre 2020.

Justin Trudeau en conférence de presse.

L'investissement de 126 millions de dollars devait permettre au CNRC de produire deux millions de doses de vaccin chaque mois dès 2021.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Cependant, en novembre 2020, M. Trudeau avait reconnu que des retards de construction et que l'échec d'un accord avec un fabricant de vaccins chinois avaient fait dérailler le calendrier initial du projet.

En février 2021, alors que le Canada était aux prises avec un approvisionnement limité en vaccins, le premier ministre avait affirmé que la construction de l'installation du CNRC serait terminée au cours de l'été et que la production de doses de vaccin suivrait peu après.

Nous prévoyons que l'installation sera opérationnelle à la mi-2021, avait-il alors déclaré.

Dans une entrevue accordée à CBC News à l'époque, le ministre de l'Industrie, François-Philippe Champagne, avait comparé la construction de ce genre d’usine dans un délai aussi court à la mission américaine destinée à envoyer un homme sur la Lune.

C'est comme le projet Apollo, s’était-il alors enthousiasmé. Normalement, il faudrait de deux à trois ans pour faire cela, pour mettre en place une usine de production et pour la faire fonctionner.

L'annonce du premier ministre et les commentaires de son ministre étaient les bienvenus : Pfizer et Moderna faisaient alors face à une demande insatiable pour leurs produits à ce stade précoce de la campagne de vaccination.

Invité à commenter ce dossier vendredi, le bureau du ministre Champagne a indiqué qu’il n’était pas disponible.

M. Trudeau a également annoncé en février 2021 le partenariat du gouvernement avec Novavax, une société qui n'avait jamais mis de vaccin sur le marché avant la pandémie de COVID-19.

Le premier ministre anticipait alors que l’entreprise américaine produirait des dizaines de millions de vaccins à Montréal. C'est un grand pas en avant pour que les vaccins soient fabriqués au Canada, pour les Canadiens, avait-il affirmé.

Un échéancier irréaliste

Selon le Dr Earl Brown, professeur émérite à la Faculté de médecine de l'Université d'Ottawa et expert en virologie, l'échéancier du gouvernement pour le début de la production était complètement irréaliste.

Ces [installations] sont tout simplement très compliquées à construire. Il y a énormément de réglementation, c'est extrême. Je pense donc que c'était follement optimiste, a-t-il déclaré.

« Il faut deux ans, au minimum, pour construire une nouvelle installation. Je n'ai cru à aucun de ces chiffres lorsque je les ai entendus pour la première fois. »

— Une citation de  Earl Brown, professeur émérite à la Faculté de médecine de l'Université d'Ottawa

Selon le Dr Brown, le gouvernement aurait dû prévoir qu'une entreprise relativement inexpérimentée comme Novavax aurait besoin de plus de temps. D’autant plus qu’un géant pharmaceutique comme Sanofi s’est donné jusqu’en 2027 pour agrandir ses installations torontoises.

Le principal producteur de vaccins au monde s'est donné cinq ans et c'est pourtant sa première activité, a déclaré M. Brown.

Autrefois leader mondial dans le domaine de la mise au point et de la production de vaccins, le Canada a vu sa capacité de fabrication vidée de sa substance après des décennies de coupes budgétaires et de mauvaise gestion. Le gouvernement s’est fait discret ces derniers temps au sujet des nouvelles installations du CNRC, qu'il avait autrefois présentées comme une solution aux problèmes du pays en matière de vaccins.

En juin 2021, le CNRC a annoncé que la construction du site avait été achevée dans les délais prévus, une réussite impressionnante, dix mois seulement après le premier coup de pelle.

Une vingtaine de personnes lèvent le pouce pour la prise de photos.

Le tout premier laboratoire canadien qui fabriquera des vaccins contre la COVID-19 a été inauguré en juin 2021 par le ministre François-Philippe Champagne.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Cependant, dans le monde de la biofabrication, la construction n'est qu'un des nombreux obstacles qu'une entité doit franchir avant de pouvoir commencer à fabriquer des produits essentiels comme un vaccin anti-COVID-19 ou un autre produit thérapeutique.

Une telle entreprise doit satisfaire à une série d'exigences industrielles et réglementaires avant que les vaccins ou les produits biologiques puissent être fabriqués en toute sécurité.

Objectif trop ambitieux?

Marc-André Gagnon, professeur agrégé à l'Université Carleton et expert de l'industrie pharmaceutique, a déclaré que le gouvernement a fait sa promesse de construire le site du CNRC pendant une situation d'urgence et que la date de début de production de 2021 était probablement son meilleur scénario.

Ils se devaient d'être ambitieux. La question est de savoir s'ils étaient trop ambitieux. Certaines personnes disent qu'ils l'étaient. Nous ne savions pas en 2020 quand les vaccins seraient disponibles, mais nous savions probablement qu'une installation comme celle-ci ne serait pas prête avant la fin de 2021, c'est certain, a-t-il déclaré à CBC News.

M. Gagnon est toutefois d’avis que malgré les retards, Royalmount est un ajout bienvenu dans le paysage manufacturier du Canada. Selon lui, un pays développé comme le Canada a besoin d'une source publique – et nationale – de vaccins pour éviter la course folle qui a caractérisé le processus d'approvisionnement en vaccins COVID-19.

Le Canada était autrefois une plaque tournante dans le domaine de la fabrication de vaccins. Nous étions de classe mondiale. Nous avons besoin d'une capacité de biofabrication pour la prochaine pandémie, a-t-il déclaré.

Et laissez-moi insister sur ce point : nous avons besoin de plus de capacités de fabrication publique pour discipliner un peu le marché privé et pour éviter les prix prédateurs.

S’il approuve l’idée d’une source d’approvisionnement publique en vaccins, le député Don Davies, critique du NPD en matière de santé, ne mâche pas ses mots au sujet de la façon dont le gouvernement a géré l'installation du CNRC, qu'il qualifie d'échec majeur.

Selon lui, ce dossier remet en question la crédibilité du gouvernement.

Le député Don Davies en gros plan lors d'un point de presse.

Le député Don Davies

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Cette pandémie dure depuis plus de deux ans et nous ne produisons toujours pas une seule dose de vaccin dans ce pays. C'est un échec sur le plan de la politique, de la responsabilité et de la crédibilité, a-t-il déclaré lors d'une entrevue avec CBC News.

« Le premier ministre a déclaré publiquement en août 2020 que nous allions produire des vaccins dans les installations de Montréal. C'était soit très irresponsable, soit incompétent, soit trompeur. »

— Une citation de  Don Davies, critique du NPD en matière de santé

Le député conservateur Michael Barrett, porte-parole du parti en matière de santé, a été tout aussi cinglant dans son évaluation du bilan du gouvernement en matière de vaccins.

Dans une déclaration, M. Barrett a déclaré que les libéraux de Trudeau ont dépensé des millions de dollars pour promettre de produire des vaccins au pays, et après deux ans, ils ont raté toutes les échéances sans produire quoi que ce soit.

D'après un texte de John-Paul Tasker, de CBC News

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