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À New York, le monde littéraire rend hommage à Salman Rushdie

Hasan Mujtaba tient un livre et une petite affiche sur les marches d'une grande bibliothèque à New York.

Le poète Hasan Mujtaba faisait partie des personnes rassemblées à New York vendredi pour rendre hommage à Salman Rushdie, victime d'une attaque au couteau la semaine dernière.

Photo : Getty Images / Michael M. Santiago

Agence France-Presse

Des figures du monde littéraire américain, notamment les écrivains Paul Auster et Gay Talese, se sont rassemblées vendredi pour une lecture de l'œuvre de Salman Rushdie en signe de soutien à cet auteur gravement blessé lors d'une attaque au couteau la semaine dernière.

Une dizaine d'écrivaines et d'écrivains reconnus, y compris des proches de M. Rushdie, se sont exprimés sur les marches de la majestueuse bibliothèque publique de Manhattan. L'auteur a été invité à suivre cette manifestation en ligne depuis sa chambre d'hôpital.

Le 12 août, Salman Rushdie, qui a écrit Les versets sataniques, s'apprêtait à prendre la parole lors d'une conférence dans le nord de l'État de New York quand un homme a fait irruption sur scène et l'a poignardé à plusieurs reprises, au cou et à l'abdomen.

Évacué en hélicoptère vers un hôpital, il a dû être brièvement placé sous respirateur avant que son état ne s'améliore.

Des personnes brandissent des pancartes sur les marches d'une grande bibliothèque.

De nombreuses personnes se sont déplacées à New York pour exprimer leur soutien à Salman Rushdie.

Photo : Getty Images / Michael M. Santiago

Pluie d'hommages

Vendredi, l'écrivain et journaliste Gay Talese, coiffé de son chapeau mou fétiche, a lu un extrait du roman La maison Golden, tandis que l'auteur irlandais Colum McCann a récité un passage de l'essai Out of Kansas, publié par Salman Rushdie dans la revue New Yorker en 1992.

M. Rushdie s'est toujours montré à la hauteur du moment, a déclaré M. McCann. Je pense qu'il aura quelque chose de profond à dire une fois rétabli, a-t-il poursuivi.

L'Américaine A. M. Homes – dont certains des livres, comme La fin d'Alice, ont semé la controverse – a lu des extraits du texte On Censorship (Sur la censure).

« Aucun écrivain ne veut vraiment parler de censure. Les écrivains veulent parler de création et la censure est anti-création. »

— Une citation de  L'autrice A. M. Holmes
Lunettes sur les yeux et cheveux grisonnants, Salman Rushdie pose devant un mur couvert de livres.

Salman Rushdie à Londres en 2017.

Photo : grant pollard/invision/ap / Grant Pollard

Les versets sataniques, l'œuvre qui a changé la vie de Salman Rushdie

Salman Rushdie avait embrasé une partie du monde islamique avec la publication des Versets sataniques en 1988, ce qui avait conduit l'ayatollah iranien Khomeiny à émettre une fatwa réclamant son assassinat.

L'auteur avait été contraint de vivre dans la clandestinité et sous protection policière, allant de cachette en cachette.

Hari Kunzru, romancier et journaliste britannique, a récité le début de ce livre qui a radicalement transformé la vie de Salman Rushdie.

Salman a écrit un jour que le rôle d'un écrivain est de nommer l'innommable, de montrer les imposteurs, de prendre parti, de lancer des débats, de façonner le monde et de l'empêcher de s'endormir, a-t-il dit. Voilà pourquoi nous sommes ici.

Arrêté immédiatement après les faits, l'agresseur de M. Rushdie, Hadi Matar, un Américain d'origine libanaise de 24 ans, a plaidé, jeudi, non coupable de tentative de meurtre et d'agression lors d'une première comparution après son inculpation par un grand jury.

Hadi Matar porte un masque de tissu sur le visage.

Hadi Matar est accusé d'avoir poignardé l'écrivain Salman Rushdie, auteur des « Versets sataniques ».

Photo : Associated Press / Gene J. Puskar

Salman Rushdie n'a jamais demandé à jouer le rôle d'un héros

Pas même une lame à travers la gorge ne pourrait faire taire la voix de Salman Rushdie, a affirmé vendredi Suzanne Nossel, présidente de PEN America, l'association de défense des écrivains dans le monde à l'origine du rassemblement.

Avant de lire un texte à son tour, l'autrice britannique Tina Brown s'est adressée directement à Salman Rushdie : Vous n'avez jamais demandé à jouer le rôle d'un héros, a-t-elle dit.

Vous vouliez simplement écrire, a poursuivi Mme Brown. Mais la ténacité avec laquelle vous avez défendu la liberté d'expression fait de vous un héros, et vous avez payé un lourd tribut.

Pour l'écrivaine et historienne Amanda Foreman, la mobilisation de vendredi montre que les gens n'ont pas peur. Nous sommes tous prêts à défendre ce en quoi nous croyons, a-t-elle déclaré à l'AFP.

Salman Rushdie, né en 1947 en Inde dans une famille d'intellectuels musulmans non pratiquants, vivait à New York depuis vingt ans et était devenu citoyen américain en 2016.

En dépit de la menace, il était apparu de plus en plus fréquemment en public, souvent sans protection visible, tout en continuant de défendre dans ses livres la satire et l'irrévérence.

Lors d'un entretien donné au magazine allemand Stern quelques jours avant l'attaque de vendredi, il s'était dit optimiste et avait confié : Depuis que je vis aux États-Unis, je n'ai plus de problèmes [...]. Ma vie est de nouveau normale.

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