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Élections municipales : moins de femmes candidates dans les CUPR

Les neuf élus des Comtés unis de Prescott et Russell sont assis autour d'une table en arc de cercle.

En 2019, on ne comptait que deux femmes parmi les neuf élus des Comtés unis de Prescott et Russell (archives).

Photo : Radio-Canada

Le nombre de femmes qui se portent candidates aux élections municipales ontariennes dans les municipalités des Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) est plus bas que les années précédentes.

Les plus récentes données démontrent que 20 candidats sur un total de 57, soit 26 % d'entre eux, aux élections municipales dans les Comtés unis de Prescott et Russell se désignent en tant que femmes.

Ces chiffres avaient pourtant augmenté depuis les élections municipales de 2010 en Ontario.

La présidente de l’organisme Leadership féminin Prescott-Russell, Marie-Noëlle Lanthier, qui est aussi candidate à la mairie dans La Nation, se dit un peu déçue que le nombre de femmes qui se portent candidates diminue. Elle précise toutefois qu’il en va de même pour les hommes.

N’empêche, elle souhaite voir davantage de femmes en politique, non pas pour enlever leur place [aux hommes] mais simplement pour dire qu’il faut avoir davantage d’équilibre afin de franchir un pas de plus vers une meilleure représentativité de la population.

La conseillère Marie-Noëlle Lanthier est assise à la table du conseil municipal devant son ordinateur.

Marie-Noëlle Lanthier est présidente de l’organisme Leadership féminin Prescott-Russell (archives).

Photo : Radio-Canada / Denis Babin

Réalité différente

Alors pourquoi, malgré les formations, les ateliers et les campagnes de sensibilisation, le nombre de femmes qui se portent candidates en politique a-t-il diminué dans les municipalités des CUPR?

Selon les hypothèses avancées par Marie-Noëlle Lanthier, la pandémie aurait pu avoir des répercussions sur les femmes, qui voudraient maintenant porter leur attention sur d’autres préoccupations plutôt que de faire le saut en politique. C’est certainement une chose sur laquelle on va se pencher, dit-elle.

Mais je pense aussi qu'il ne faut pas non plus négliger toute la question de l'inflation, qui a également un impact, poursuit Mme Lanthier. Elle ajoute que le salaire d’élue d’une petite municipalité pourrait ne pas permettre de laisser tomber un emploi à temps plein et que les responsabilités familiales incombent encore largement aux femmes.

« Au-delà de se questionner sur le temps – ''Est-ce que j'ai le temps de m'investir là-dedans?'' –, il y a ça aussi : la question de la compétence. Les hommes, beaucoup moins. [...] Les femmes vont se questionner beaucoup plus et c'est une conversation qui est plus large avec la famille, avec les amis et tout ça. »

— Une citation de  Marie-Noëlle Lanthier, présidente de Leadership féminin Prescott-Russell et candidate à la mairie de La Nation

C’est sans compter les aspects sombres des réseaux sociaux, où les conversations pas mal toxiques et les commentaires à l’endroit des politiciens peuvent en dissuader plus d’un ou d'une.

On veut être là pour servir [...], mais parfois, le prix à payer peut être trop élevé pour plusieurs, explique Marie-Noëlle Lanthier.

Heureusement, une des bonnes nouvelles dans toute ma déception, une des petites choses qui m'ont allumée, c'est que, dans Prescott-Russell, dans quatre des municipalités, il y a des femmes qui se présentent à la mairie, pour un total de cinq candidates à ce poste. C'est une première dans Prescott-Russell, ajoute-t-elle, sourire aux lèvres.

À Ottawa, sept des 23 conseillers municipaux actuels se désignent en tant que femmes et une personne se désigne comme non binaire.

Yvette Ashiri se présente pour la deuxième fois dans le quartier Orléans-Sud-Navan. Les candidatures de femmes sont toujours vues avec un œil assez critique et ne sont pas prises au sérieux, soutient-elle. C’est pour ça qu’on doit continuer de se présenter.

« Moi, j’ai deux filles, et je pense que c’est un bel exemple pour elles. »

— Une citation de  Yvette Ashiri, candidate dans le quartier Orléans-Sud-Navan

Mme Ashiri mentionne qu'il pourrait y avoir plus de soutien pour les femmes francophones qui souhaitent se lancer en politique.

Candidate dans le quartier Rideau-Vanier, Stéphanie Plante dit avoir été inspirée par les mairesses de Gatineau, de Montréal, de Regina et de Paris. Elles ont des idées qui m’interpellent, lance-t-elle en entrevue.

Stéphanie Plante pose devant un espace vert.

Stéphanie Plante se présente comme candidate dans le quartier Rideau-Vanier.

Photo : Radio-Canada / Patrick Louiseize

Le municipal, c’est un gouvernement de proximité, ajoute-t-elle. Peut-être que c’est plus attrayant pour les femmes parce qu'elles n’ont pas à faire de long voyage à Toronto ou à Vancouver chaque semaine.

De l’autre côté de la rivière des Outaouais, à Gatineau, les citoyens ont élu neuf femmes sur les 20 membres du conseil municipal, y compris la mairesse et défunte conseillère Louise Boudrias, en novembre 2021.

Gains importants

Même si des efforts ont été faits pour recruter des femmes et pour tenter d’atteindre la parité dans les conseils municipaux, l’ancienne conseillère municipale à la Ville de Gatineau Myriam Nadeau croit qu'il peut encore exister un déséquilibre à l'égard des femmes dans le rôle et dans la charge mentale qu'elles ont au sein du foyer. Elle croit tout de même qu'on a fait des gains importants.

Professeure titulaire en études politiques à l’Université d’Ottawa et spécialiste en politique municipale, Anne Mévellec en convient : Le recrutement des femmes en politique reste un défi.

« C'est vrai que même si la place des femmes augmente, elles sont plus souvent conseillères que mairesses. Ce n’est pas parce qu’elles ne sont pas capables, mais elles font souvent leurs classes [en étant conseillères avant de se présenter à la mairie]. »

— Une citation de  Anne Mévellec, professeure titulaire en études politiques à l’Université d’Ottawa et spécialiste en politique municipale
Anne Mévellec s'intéresse particulièrement à la politique municipale au Québec.

Anne Mévellec est professeure à l'Université d'Ottawa (archives).

Photo : Radio-Canada

Il y a toutefois une lueur d’espoir pour les personnes qui souhaitent se lancer en politique : On sait que le taux de succès des femmes quand elles se présentent est similaire à celui des hommes, souligne Anne Mévellec en entrevue à l’émission Les matins d’ici.

N’empêche, l’expérience en politique municipale peut néanmoins être vécue différemment chez les femmes et chez les hommes, comme l’a constaté Myriam Nadeau au cours de ses années au conseil municipal de la Ville de Gatineau.

« J'étais une jeune femme en politique, j'avais 30 ans quand je me suis fait élire. Et on ne va pas se leurrer : la politique, c'est encore un domaine majoritairement d'hommes, d’hommes d'un certain âge, surtout au palier municipal. [...] C'est certain que ça détonne un peu, de devoir prendre sa place, de se faire prendre au sérieux. »

— Une citation de  Myriam Nadeau, ex-conseillère municipale de Gatineau

En même temps, j'ai changé ça en force au lieu de le voir comme une faiblesse, poursuit-elle.

Myriam Nadeau répond aux questions d'un journaliste.

Il y a encore un déséquilibre dans les conseils municipaux, a constaté Myriam Nadeau (archives).

Photo : Radio-Canada

Marie-Noëlle Lanthier et Myriam Nadeau soulignent l’importance et l’apport bénéfique d’avoir une mentore, ce qui peut contribuer à déraciner certaines de nos idées préconçues sur la politique et à se sentir soutenues tout au long de cette carrière atypique.

Pour que des femmes se fassent élire, il faut que des femmes soient candidates, et pour que des femmes soient candidates, il faut que d'autres femmes aillent vers elles et renforcent [...] l'idée qu'elles se lancent et qu'elles se voient avec tous les atouts qu'elles ont comme politiciennes, affirme Myriam Nadeau.

Avec les informations de Camille Kasisi-Monet

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