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La CAQ veut convertir les garderies non subventionnées en garderies subventionnées

Un jeu pour enfants extérieur.

Reportage d'Olivier Lemieux sur l'annonce de la CAQ qui veut convertir les garderies non subventionnées en garderies subventionnées.

Photo : Radio-Canada / Bruno Boutin

Radio-Canada

La Coalition avenir Québec (CAQ) poursuit la valse des engagements électoraux alors que la campagne n'est toujours pas déclenchée.

Vendredi, c'était au tour du ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, d'annoncer la fin des garderies privées non subventionnées.

La CAQ s'engage à injecter 1,4 milliard $ sur 5 ans afin de convertir la totalité des places en garderies non subventionnées en places subventionnées, ce qui permettra, selon le ministre Lacombe, de régler un problème qui persiste depuis des années.

D'ici cinq ans, chaque tout-petit québécois pourra avoir une place subventionnée à 8,70 $ dans un service de garde éducatif de qualité. Ça veut aussi dire : l'équité, enfin l'équité, entre tous les parents québécois.

Ça fait 25 ans qu'on attend que notre réseau soit complété. Ça fait 25 ans que tous les parents n'ont pas une place en service de garde pour leur enfant ou qu'ils doivent payer 40, 50, sinon 60, 65 dollars par jour par enfant, a-t-il fait valoir.

Il y a toujours des dizaines de milliers d'enfants en attente d'une place en garderie subventionnée, et les 37 000 places qui ont été promises par le gouvernement Legault tardent à se matérialiser.

88 000 places à venir

Mathieu Lacombe a affirmé que 32 000 de ces places seront en cours de réalisation d'ici la fin du mois d'août et que la conversion qu'il annonce ne vise pas moins de 56 000 places en garderies non subventionnées. Il se dit convaincu que ces deux initiatives permettront de répondre à la forte demande que le réseau public n'a jamais été en mesure de satisfaire.

Si on veut que les parents puissent aller travailler dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre, si on veut que les parents puissent faire face à l'inflation, notamment, il faut leur donner accès au tarif à 8,70 $, a-t-il fait valoir.

Déjà, son ministère a lancé un premier projet de conversion en août 2021 et un deuxième en juin dernier. On a fait le test déjà dans le cadre du mandat. On a converti 3500 places et je vous dirais que, somme toute, ça s'est bien passé. On a appris de tout ça.

Ainsi, les propriétaires de services de garde non subventionnés auront le choix de devenir des centres de la petite enfance (CPE), soit des organismes à but non lucratif, ou de demeurer des entreprises privées à but lucratif. Les garderies privées non subventionnées qui souhaitent conserver ce statut pourront également le faire.

Réactions partagées

La directrice du Regroupement des CPE Québec–Chaudière-Appalaches, Élise Paradis, se dit contente pour les parents, mais préoccupée. Elle craint que la qualité des services offerts dans les garderies privées subventionnées soit inférieure à celle des CPE.

« On espère que les partis vont oser aller plus loin et vont nous proposer des solutions aussi pour s’assurer que tous les services soient de qualité. »

— Une citation de  Élise Paradis, directrice du Regroupement des CPE Québec–Chaudière-Appalaches

Les gens n’aiment pas toujours l’entendre, mais la qualité est supérieure dans les CPE, et la préférence des parents est vers ce type de services aussi, ajoute-t-elle.

Si la CAQ est élue le 3 octobre prochain et qu’elle tient ses promesses, une telle conversion serait bien accueillie par Ma place au travail, un mouvement qui milite au nom des parents qui n’ont pas de place en garderie au Québec.

Dans un contexte inflationniste et de hausse du coût de la vie, convertir les places pour qu'elles soient à contribution réduite, c'est une bonne nouvelle pour les parents, explique Marylin Dion, porte-parole du regroupement.

Marylin Dion, porte-parole du mouvement Ma place au travail.

La porte-parole du mouvement Ma place au travail, Marylin Dion, est toujours en quête d’une place en garderie pour sa fille de neuf mois.

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran

On se questionne aussi à savoir pourquoi dans les quatre dernières années ça n'a pas été fait, nuance-t-elle.

Le président de l'Association des garderies non subventionnées en installation (AGNSI), David Haddaoui, est satisfait de cette annonce. Il félicite la CAQ de laisser aux propriétaires le choix de se convertir en CPE, ou de demeurer dans le secteur privé.

La majorité des membres de son association opteraient pour cette dernière option, selon lui.

La notion de dire qu'on fait un nivellement vers le bas, ce n'est pas vrai, dit-il.

Une opposition très sceptique

Bien que le parti Québec solidaire (QS) soit en faveur d'une conversion des garderies non subventionnées, le député Sol Zanetti n'est pas convaincu par cet engagement de la CAQ.

Cette annonce-là ne crée pas de nouvelles places, souligne le député de la circonscription de Jean-Lesage à Québec.

Sol Zanetti croit que l'échéancier de cinq ans annoncé par la CAQ veut dire que beaucoup de parents qui n'ont pas de place en garderie actuellement n'en trouveront pas d'ici à ce que leur enfant accède au primaire.

« Ils promettent même pas de le réussir avant la fin du prochain mandat. Pour moi, c'est rire du monde. »

— Une citation de  Sol Zanetti, député de QS dans la circonscription de Jean-Lesage.

Chez les libéraux, le député Marc Tanguay rappelle que la CAQ promettait déjà une place en service de garde pour tous les enfants à l'élection de 2018. Selon lui, la CAQ a échoué et abandonné les parents.

La liste d'attente est passée de 40 000 personnes à 52 000. De plus, en quatre ans, la CAQ a seulement réussi à convertir 1767 places. Comment pourront-ils en convertir 67 000 en cinq ans?, s'interroge le député de LaFontaine, qui qualifie l'engagement d'échec annoncé.

Du côté du Parti québécois (PQ), la députée Méganne Perry Mélançon trouve cet engagement un peu surprenant et peu convaincant, alors que la CAQ avait toujours prévu jusqu'ici le maintien des places dans le secteur privé non subventionné.

Bien que le PQ soit en faveur de la conversion proposée, Mme Perry Mélançon condamne l'intention du ministre de laisser le choix aux garderies de se convertir en CPE ou de rester privées. Pour nous, au Parti québécois, il faut que ça aille à un seul endroit et c'est dans le réseau des CPE, tout en maintenant, évidemment, le réseau en milieu familial. Ce qu'on veut privilégier, c'est vraiment un virage 100 % CPE. Toutes les jeunes familles au Québec, leur choix numéro un, c'est le CPE.

Annonce ministérielle ou électorale?

Le premier ministre François Legault avait promis en juin dernier qu'il n'y aurait plus d'annonces gouvernementales de sa part ou de ses ministres à compter du 1er juillet. Cependant, de telles annonces se multiplient, mais la vice-première ministre, Geneviève Guilbault, qui était aux côtés de ministre Lacombe pour celle-ci, s'est défendue de briser cette promesse.

Geneviève Guilbault aux côtés de Mathieu Lacombe, tous deux de la CAQ.

La campagne électorale n'a pas encore officiellement débuté au Québec.

Photo : Radio-Canada / Bruno Boutin

Il n'y a pas eu d'annonce gouvernementale depuis le 1er juillet. Il n'y a pas eu d'annonce de nouvel argent. Aujourd'hui, c'est une annonce, je dirais, de la Coalition avenir Québec, à distinguer d'une annonce gouvernementale, a-t-elle avancé en montrant du doigt les agissements similaires d'autres formations politiques.

« L'imminence de la campagne électorale fait en sorte que les partis commencent à dévoiler un petit peu, graduellement, leurs intentions. »

— Une citation de  Geneviève Guilbault, vice-première ministre

Malgré tout, l'annonce de vendredi a été présentée comme une intention ferme dans un prochain mandat, et ce, par le ministre de la Famille en titre et non par le premier ministre dans le cadre d'une campagne électorale qui n'est toujours pas déclenchée. Il est loin d'être assuré que le public fera la même distinction que la vice-première ministre entre une annonce électorale et une annonce gouvernementale.

Avec les informations de la Presse Canadienne, Olivier Lemieux et Marie-Pier Mercier

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