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Poutine accepte une mission internationale à la centrale nucléaire de Zaporijia

Le président russe a évoqué un risque de « catastrophe de grande envergure » à Zaporijia, site ultra-sensible que Kiev et Moscou s'accusent mutuellement de bombarder.

Un militaire armé devant les barrières de la centrale nucléaire de Zaporijia.

Un militaire portant un drapeau russe sur son uniforme monte la garde près de la centrale nucléaire de Zaporijia, en Ukraine.

Photo : Reuters / Alexander Ermochenko

Agence France-Presse

Vladimir Poutine a accepté vendredi que l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) envoie une mission à la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia, la plus grande d'Europe, disant craindre que les bombardements ne finissent par provoquer une « catastrophe de grande envergure ».

Dans le même temps, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, en visite en Ukraine, a demandé à la Russie de ne pas couper du réseau ukrainien cette centrale située dans le sud du pays que son armée occupe depuis début mars. L'endroit est devenu la cible, ces dernières semaines, de frappes dont Moscou et Kiev s'accusent mutuellement.

Plus tôt dans la journée, l'opérateur des centrales ukrainiennes Energoatom avait dit redouter un tel scénario, affirmant que les militaires russes étaient en train de chercher des approvisionnements pour des générateurs au diesel qui seraient activés après l'arrêt des réacteurs et avaient limité l'accès du personnel aux installations.

Bien évidemment, l'électricité de Zaporijia est une électricité ukrainienne [...] ce principe doit être pleinement respecté, a déclaré M. Guterres au cours d'une conférence de presse en marge d'un déplacement à Odessa, le grand port ukrainien sur la mer Noire, après avoir été la veille à Lviv, dans l'ouest de ce pays.

MM. Poutine et Macron ont dans ce contexte relevé l'importance d'envoyer dans les plus brefs délais une mission de l'Agence internationale de l'énergie atomique à la centrale nucléaire, qui pourra évaluer la situation sur place, a informé le Kremlin, soulignant que la partie russe a confirmé être prête à fournir toute l'assistance nécessaire aux inspecteurs de l'AIEA.

« Le bombardement systématique [...] du territoire de la centrale nucléaire de Zaporijia crée un danger de catastrophe de grande envergure qui pourrait conduire à la contamination radioactive de vastes territoires. »

— Une citation de  Vladimir Poutine, président de la Russie

Le chef de l'État russe a en outre accepté que cette mission internationale passe par l'Ukraine et non par la Russie, ce qu'il exigeait auparavant, a précisé la présidence française.

Un diplomate a néanmoins déclaré le même jour à l'AFP que les Occidentaux s'inquiétaient surtout du maintien du refroidissement par eau des réacteurs nucléaires, plus que de l'impact d'un tir sur cette centrale construite pour résister aux pires impacts, même à l'écrasement d'un avion de ligne.

La veille à Lviv, où il a rencontré les présidents ukrainien Volodymyr Zelensky et turc Recep Tayyip Erdogan, le secrétaire général des Nations unies avait dit redouter un nouveau Tchernobyl, estimant que tout dégât potentiel à Zaporijia serait un suicide et exhortant à démilitariser la centrale.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le président turc Recep Tayyip Erdogan et le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres se serrent la main.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, au centre, le président turc Recep Tayyip Erdogan, à gauche, et le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres se serrent la main après leur rencontre à Lviv, en Ukraine, le jeudi 18 août 2022.

Photo : Associated Press / Evgeniy Maloletka

Vendredi, c'est le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, qui a appelé sur Twitter les Russes à se retirer de ce site et à immédiatement en rendre le contrôle total à son propriétaire légitime, l'Ukraine.

Les céréales au cœur de nouvelles négociations

La visite de M. Guterres a été marquée par un autre sujet qui inquiète au niveau mondial : les exportations de céréales ukrainiennes.

Bloquées après l'invasion russe du 24 février dernier, ce qui a fait planer le spectre d'une crise alimentaire mondiale, les exportations ont repris après la conclusion, en juillet, d'un accord entre Moscou et Kiev, avec la médiation de M.  Erdogan.

Elles sont cruciales pour l'approvisionnement alimentaire de nombreux pays d'Afrique, l'Ukraine étant un des principaux producteurs et exportateurs mondiaux de céréales.

Un champ de blé près de Marioupol dans la région de Donetsk.

Les céréales cultivées en Ukraine, comme ici à Marioupol, sont cruciales pour l'approvisionnement alimentaire de nombreux pays d'Afrique.

Photo : Getty Images / AFP

La Russie, qui réclame en échange la levée des restrictions sur ses propres ventes à l'étranger de produits agricoles et d'engrais, déplore pour sa part les obstacles qui demeurent – pour reprendre les termes qu'a utilisés M. Poutine vendredi.

Des allégations que la France a d'ailleurs aussitôt rejetées, jugeant qu'il y a de la part de Moscou une volonté d'instrumentaliser politiquement cette question.

Parallèlement, le géant Gazprom avertissait que les livraisons de gaz russe à l'Europe par le gazoduc Nord Stream 1 seraient interrompues du 31 août au 2 septembre, pour des raisons de maintenance, au risque de raviver la peur d'une pénurie en Europe, où la Russie est accusée de chantage énergétique.

Concernant les opérations militaires en Ukraine, le Pentagone, qui a annoncé vendredi une nouvelle tranche d'aide militaire d'un montant de 775 millions de dollars à ce pays, a noté un manque total de progrès sur le champ de bataille des troupes russes.

Un bâtiment est détruit.

Une frappe a touché une gare de tramway à Kharkiv jeudi, où se poursuivent les bombardements. (Archives)

Photo : Reuters

Nous n'avons pas constaté de reprise de territoires par les forces ukrainiennes, mais nous constatons un affaiblissement net des positions russes à plusieurs endroits, a encore dit une responsable du département américain de la Défense.

Dans l'est de l'Ukraine, les bombardements russes se sont toutefois poursuivis vendredi, faisant au moins cinq morts et dix blessés dans plusieurs localités de la région de Donetsk, l'une des deux provinces du Donbass, un bassin industriel qui est l'objectif stratégique prioritaire de Moscou, a annoncé son gouverneur, Pavlo Kyrylenko.

Kharkiv (nord-est), la deuxième ville d'Ukraine, a en outre fait l'objet de nouvelles frappes qui ont fait au moins un mort selon les autorités locales.

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