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Chronique

Greta Van Fleet : le rock and roll ne mourra pas

Deux musiciens chantent dans le même microphone.

Greta Van Fleet en spectacle au Centre Bell, à Montréal, le 18 août 2022.

Photo : evenko / Tim Snow

Rien n’est plus utile pour un jeune groupe qui désire se faire connaître qu’une musique référencée au passé. Rien n’est plus difficile pour un jeune groupe que de se démarquer des références du passé afin de forger son identité.

Ce fut l’histoire de Greta Van Fleet. Du moins, jusqu’à l’actuelle tournée Dreams In Gold qui les a menés au Centre Bell, jeudi soir.

Vous souvenez-vous de la première fois que vous avez entendu Highway Tune ou Safari Song, il y a cinq ou six ans? Après 20 ou 25 secondes d’écoute de l’une ou l’autre, un seul nom venait en tête : Led Zeppelin. Et pour cause.

La voix puissante, flexible et haut perchée de Joshua Kiszka était à s’y méprendre celle d’un jeune Robert Plant, tandis que les riffs de guitare de son frère jumeau Jake avaient l’air de sortir de l’usine de Jimmy Page. C’est correct. On n’a jamais reproché à Oasis (Beatles) ou aux Black Crowes (Rolling Stones) leurs influences.

De la pyrotechnie derrière les musiciens

Le chanteur de Greta Van Fleet, Joshua Kiszka

Photo : evenko / Tim Snow

Et lesdites influences n’ont pas disparu sur scène. Il fallait voir et entendre cette réaction des 11 000 spectateurs dès les premières notes de Safari Song, deuxième chanson interprétée par le groupe américain originaire du Michigan. C’était comme un coup de pied dans la fourmilière qui annonçait une grande soirée rock and roll. Quoique sur cet aspect, nous avions déjà été bien servis.

En ouverture, durant 25 minutes, Hannah Wicklund a démontré tout son talent avec son blues mâtiné de rock (ou est-ce l’inverse?). Que ce soit avec ses compositions comme Ghost ou Mama Said, l’Américaine native de la Caroline du Sud a fait mouche avec une voix perçante, surpassée par sa dextérité sur le manche de sa guitare.

Avec ses longs cheveux bouclés et sa tenue vestimentaire, je me disais que la chanteuse-guitariste aurait pu être téléportée de Woodstock, dont on célébrait le 53e anniversaire cette semaine, après avoir partagé la scène avec Jimi Hendrix. Super accueil de la foule du Centre Bell, très nombreuse dès 19 h, qui a chaleureusement applaudi les envolées de la jeune femme, y compris un solo du genre talk box de Peter Frampton.

The Pretty Reckless : Assourdissant!

Quelques minutes plus tard, Taylor Momsen et ses potes du groupe The Pretty Reckless sont venus nous défoncer les tympans à coups de salves de rock ascendant métal, comme on dirait en astrologie.

Déchaînée, Momsen a présenté une poignée de nouvelles chansons de l’album Death by Rock and Roll, mais ce sont les désormais classiques du groupe qui ont mis le feu, comme Make Me Wanna Die. Avec ses cheveux blonds flottants, ses longues bottes, sa dégaine générale et son attitude fonceuse, dieu que la chanteuse-actrice-mannequin révélée dans la télésérie Gossip Girl m’a rappelé à ce moment Courtney Love au Métropolis, au milieu des années 1990. Avec plus de voix, quand même…

Quoique, par moment, les basses as-sour-dis-san-tes et le volume haussé à 11 ou à 12 sur une échelle de 10 l’enterraient. Remarquez, ça n’avait aucune importance pour Going To Hell et Heaven Knows, des chansons ou la participation de la foule a transformé le parterre en défouloir collectif.

La fratrie américaine

En dépit de ces deux solides mises en bouche, la foule – très jeune – était venue voir la fratrie des frères Kiszka : Joshua (chant), Jake (guitare), Samuel (basse, piano) et le batteur Daniel Wagner.

Et les frangins n’ont pas déçu, même si nous avons eu l’impression qu’ils ont voulu rapidement évacuer une partie des références Led Zep. Tout de suite après Safari Song, Wagner s’est lancé dans un long solo de batterie. Rien à voir avec celui de John Bonham dans Moby Dick, mais l’exercice a permis à Joshua de distribuer des dizaines de fleurs blanches aux spectatrices des premières rangées, lorsque juché sur les épaules d’un colosse de la sécurité. On appelle ça se faire apprécier. Puis, enchaînement avec Black Smoke Rising, elle aussi tirée du premier minidisque de 2017.

Dire que Joshua Kiszka est l’un des meilleurs chanteurs de sa génération relève de l’évidence, mais outre les similitudes notées plus haut avec Robert Plant, il a démontré durant Heat Above qu’il a la capacité d’offrir des finales pas loin d’être opératiques. D’ailleurs, s’il n’a nullement le timbre d’un Freddie Mercury, il partage une certaine théâtralité dans la gestuelle avec le défunt chanteur de Queen. Quant à la filiation vestimentaire, il faudrait peut-être regarder du côté de l’Elvis des années 1950 pour la couleur (beaucoup de doré) et d’Elton John pour le reste, notamment les lunettes au rappel.

Un musicien chante sur scène.

Greta Van Fleet, originaire de Frankenmuth dans le Michigan, a été formé en 2012.

Photo : evenko / Tim Snow

« Je vous demande comment ça va, mais j’ai comme une bonne idée de la réponse. Nous sommes pas mal dans le même état d’esprit grâce à vous. »

— Une citation de  Joshua Kiszka, auteur-compositeur-interprète

Une chose est sûre, Joshua avait le goût de miser sur la lumière en début de prestation. Le coup des fleurs et puis l’interprétation de Light My Love, qui s’est amorcée sur quelques mesures au piano de An American in Paris, gracieuseté de Samuel, le plus jeune des trois frangins. Au fait, à quand remonte la présence d’un groupe rock en tête d’affiche au Centre Bell – ou au Centre Molson – où tous ses membres sont dans la mi-vingtaine? Ça doit faire très longtemps…

Depuis ses débuts, Greta Van Fleet a désormais deux albums et deux minidisques à son actif. Du rock de facture presque classique du départ, les chansons et compositions se sont raffinées et étoffées, sans prendre un iota de leur apport mélodique.

Au fil d’arrivée, et ce, peu importe les influences que l’on peut relever ou pas dans leur musique, « GVF » est arrivé graduellement à avoir sa propre personnalité. Les chansons peuvent être moins rentre-dedans, mais pas moins rassembleuses ou moins fédératrices. Sur cet aspect, Age of Machine a beau définir une partie de notre présent, c’est The Weight of Dreams qui aura été le clou de la soirée.

Chronométrée à près de neuf minutes sur sa version studio de l’album The Battle at Garden’s Gate, la chanson a dépassé les 10 minutes sur les planches. Envolées vocales stridentes de Joshua, des solos à rallonge fiévreux, inspirés et fumants de Jake, lumières stroboscopiques, jets de flammes : cette conclusion avant le rappel n’était rien de moins qu’épique et valait à elle seule le prix du billet.

Le groupe a néanmoins su être rassembleur à son retour sur scène avec Age of Man qui a mis Joshua en vedette. Pour le point final, forcément, Highway Tune. Quand le cri primal de Josh, le riff de Jake, les pétards et les jets de flamme ont donné, simultanément, le coup d’envoi d’une version de plus d’un quart d’heure à laquelle s’est greffée Roll and Tumble Blues, on a eu l’impression que l’essence du rock and roll depuis ses racines du blues jusqu’à aujourd’hui était englobée dans un tout.

Dany and the Juniors (Rock and Roll is Here To Stay), dès les années 1950, et Neil Young, avec Hey, Hey, My, My (Rock and Roll can never die), durant les années 1970, l’ont affirmé : le rock and roll ne mourra pas. Certes, il n’est plus le courant musical dominant depuis longtemps, mais il va survivre à toutes les modes.

Et aujourd’hui, la référence contemporaine n’a pas pour nom Led Zeppelin, mais bien Greta Van Fleet.

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