•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un an après l’intervention de la police, il y a encore plus de sans-abris à Halifax

Des mesures d’aide ont été mises en place, mais cela demeure insuffisant. Pendant ce temps, la crise s'est aggravée.

Un policier en combinaison antiémeute utilise son bouclier pour pousser un homme d'un certain âge.

La police a refoulé des citoyens s'opposant au démantèlement de campements de personnes sans-abri, le 18 août 2021 au centre-ville d'Halifax.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Radio-Canada

Un an après que la police soit intervenue pour que l’on procède au démantèlement des campements de personnes sans-abris au centre-ville d’Halifax, les individus sans domicile sont plus nombreux dans la capitale de la Nouvelle-Écosse et la répression policière s’exerce toujours, selon des intervenants.

Ceux-ci observent que des mesures d’aide ont été mises en place, mais que cela a pris du temps et demeure insuffisant.

Le résultat est une crise qui s’est aggravée, mentionne Drew Moore, du réseau P. A. D. S., un groupe fondé sur le principe d’aide mutuelle qui milite pour du logement permanent, abordable, décent et sécuritaire.

Ça fait un an, pendant lequel la crise du logement devient pire. Et à cause de ça, la crise de personnes qui sont sans-abris devient pire aussi. Par exemple, à ce temps l’année passée, il y avait environ 400 personnes sans-abris à Halifax. Maintenant, c’est à peu près 700, déclare-t-il.

Drew Moore devant la bibliothèque abandonnée.

Drew Moore devant l'ancienne bibliothèque Memorial, sur le terrain d'où les personnes sans-abris ont été expulsées l'an dernier.

Photo : Radio-Canada

Dans la dernière année, la ville d’Halifax a érigé plusieurs unités modulaires pour loger des individus sans-abris à travers la municipalité. Or, seulement une soixantaine de personnes peuvent y loger.

Cette initiative de la ville est une mesure-pansement insuffisante qui ne parvient pas à masquer la réelle gravité de la situation, estime Jeff Karabanow, professeur à l’école de travail social de l’Université Dalhousie.

Jeff Karabanow en entrevue devant un bâtiment.

Jeff Karabanow

Photo : Radio-Canada

Ce qui se passe en réalité, dit-il, c’est que du monde a déménagé d’un parc, et maintenant, ils sont dans un autre parc.

Si ça, c’est la plus grande option que la ville et la province peuvent faire, soupire-t-il, tout le monde sait que c’est un Band-Aid.

Des policiers antiémeute face à des dizaines de personnes dans un parc.

Les policiers d'Halifax essaient d'ouvrir le chemin aux employés municipaux munis de tronçonneuses (bas de la photo), le 18 août 2021 sur le site de l'ancienne bibliothèque.

Photo : CBC / Michael Gorman

Il y a un an, les tensions entourant la crise du logement s’élevaient d’un cran. Le 18 août 2021, la police municipale, à la demande de la Ville, expulsait des dizaines de personnes sans-abris qui s’étaient installées autour de l’ancienne bibliothèque Memorial, fermée depuis des années, sur la rue Spring Garden au centre-ville d’Halifax.

Des citoyens opposés à ces évictions s’étaient attroupés. La police d’Halifax a répliqué en utilisant du poivre de cayenne, notamment sur une fillette de 10 ans qui ne faisait pas partie de la manifestation, mais circulait dans le secteur avec son père.

Les personnes sans-abris ont dû s’installer ailleurs. Plusieurs ont érigé des tentes au parc Meagher, dans le quartier ouest de la ville.

Un homme avec une chemise à carreaux bleue est assis sur un banc de parc. Derrière lui, on voit les abris en bois et les tentes de personnes sans-abri qui y dorment.

Jeff Hackett, un résident d'Halifax, vit maintenant en appartement, mais il a été sans-abri dans la dernière année et a dormi dans le parc Meagher. On le voit assis dans le parc alors qu'il y visitait des amis, le 4 août 2022.

Photo : La Presse canadienne / Darren Calabrese

Plus tôt ce mois-ci, la ville a demandé à la police de forcer les campeurs à quitter le parc Meagher. Après près d’un an, des résidents du secteur se plaignaient de bagarres, de menaces et de mauvaises conditions sanitaires, selon un rapport des fonctionnaires municipaux soumis au conseil de ville.

Les campeurs ne sont plus au parc Meagher depuis la semaine dernière. Aucune altercation comme celle de l’an dernier ne s’est produite.

Une clôture a grillage autour du parc où il reste quelques tentes et affiches.

Le parc Meagher clôturé par la ville d'Halifax, le 12 août 2022.

Photo : CBC / Craig Paisley

Selon Victoria Levack, une militante qui œuvrait auprès de ces personnes, le départ des sans-abris ne s’est néanmoins pas fait de façon pacifique comme la Ville voudrait le laisser croire, puisque les autorités municipales ont fait planer la menace policière.

Les gens se sont sentis menacés par la menace de violence, a mentionné Mme Levack vendredi dernier. La police a utilisé son pouvoir sur des individus vulnérables, pour les forcer à se soumettre.

Victoria Levack.

Victoria Levack au parc Meagher plus tôt cet été.

Photo : Radio-Canada / Patrick Callaghan

Jeff Karabanow, de l’Université Dalhousie, dit que la réaction à la crise du logement a évolué depuis l’éviction des sans-abris du site de l’ancienne bibliothèque en août 2021. Chaque niveau du gouvernement est autour de la table et ils parlent de qu'est-ce qu’ils peuvent faire, observe-t-il.

Il déplore le manque de communication qui a plombé la réaction à la double crise du logement et de l’itinérance. La ville a longtemps argué que les enjeux de logement n'était pas de son ressort et dépendaient plutôt du gouvernement provincial.

M. Karabanow souligne aussi que la police d’Halifax n’est pas intervenue cette année au parc Meagher de façon aussi radicale que l’été précédent sur Spring Garden.

Les policiers en ligne surveillent les sans-abri qui ramassent leurs choses.

La police d'Halifax expulse les résidents du parc de la Paix et de l'amitié, le 18 août 2021.

Photo : CBC/Brett Ruskin

Néanmoins, les policiers continuent d’intimider les personnes sans-abri, note Drew Moore. Le problème actuel, c’est plutôt le niveau de surveillance extraordinaire par les policiers sur les personnes qui cherche un abri dans les parcs publics. C’est une vraie menace.

Cette surveillance, poursuit M. Moore, pousse certains individus à se déplacer sans cesse et à aller parfois plus loin du centre-ville, donc plus loin des organismes qui peuvent les aider.

D’après le reportage de Kheira Morellon

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.