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Après la découverte de 12 tombes, c’est le temps du deuil pour des familles inuit

Une pierre tombale érigée sur une tombe autochtone en Alberta.

L'Initiative Nanilavut aide les familles à retrouver les sépultures de leurs membres et leur fournit également des pierres tombales comme celle-ci.

Photo : Fournie par Peggy Day

Radio-Canada

Grâce au soutien de l’initiative Nanilavut, qui signifie « Retrouvons-les » en inuktitut, 12 lieux de sépulture inuvialuit ont été récemment identifiés dans la région d’Edmonton, où une cérémonie de recueillement a eu lieu jeudi au parc Fort Edmonton, et une autre devrait se tenir vendredi, sur les sites abritant les sépultures découvertes. Les membres des familles vivent, pour la plupart, dans les Territoires du Nord-Ouest.

C’est le cas de Peggy Day, d'Inuvik, dont le frère aîné, Ricky Don Kayotuk, est mort en 1961 d’une pneumonie à l'hôpital Charles-Camsell d'Edmonton, où il avait été transféré, à l'âge de 10 mois.

Sa tombe fait partie des 12 lieux d’inhumation découverts par des agents de l’initiative Nanilavut, qui aide à retrouver les Inuit qui ont été séparés de leur famille et qui sont morts pendant l'épidémie de tuberculose qui a frappé le pays durant les années 1940 à 1960.

Soulagement et émotion à son comble

Pour Peggy Day, le fait d'arriver enfin à marquer la sépulture de son grand frère est un soulagement. Même si elle ne l’a pas connu, sa mère lui a parlé de ce dernier, qui s'appelait Ricky Don Kayotuk. Elle a une pensée pour sa mère, aujourd'hui décédée. Tout ce à quoi je peux penser, c'est à ma mère, et à quel point ses bras ont dû se sentir vides, dit-elle, en évoquant le fait que celle-ci a dû surmonter la perte prématurée de son nourrisson.

C’est à la suite d’une enquête distincte sur des tombes anonymes à l’Hôpital Charles-Camsell, qui a été déclenchée par l’initiative Nanilavut, que la famille Day a pris contact avec l’organisme, l’année dernière. Les recherches sur le terrain de l’établissement hospitalier n’ont rien donné. Ce n’est qu’au cours du printemps de cette année que les Day ont appris que la dépouille de leur proche avait été retrouvée dans un cimetière de Saint-Albert, au nord-est de la capitale albertaine.

C’est Beverly Lennie, qui dirige l’initiative Nanilavut dans la région désignée des Inuvialuit, qui l’en a informée, certificat de décès à l’appui. L’annonce a tellement ému Peggy Day qu'elle a dit à son mari qu'elle ne s'attendait pas à pleurer autant un frère qu'elle n'avait pourtant jamais rencontré.

Le deuil des Harry

Comme les Day, la famille Harry fait partie de celles qui vont pouvoir entamer le chemin du deuil. L'une des tombes retrouvées appartient à l’un des leurs, Philip Harry, mort à l’âge de 2 ans.

James Harry, l’un de ses frères, a aujourd'hui 50 ans et vit à Sachs Harbour, dans les Territoires du Nord-Ouest. Il dit que sa mère est encore en vie et qu’elle va pouvoir dire au revoir à son fils.

« Au moins, maintenant, nous avons un endroit où nous pouvons aller [nous recueillir]. »

— Une citation de  James Harry, frère de l'une des victimes

Il précise que sa mère et son frère se sont déjà rendus à Edmonton pour assister aux cérémonies commémoratives.

Nous sommes touchés surtout pour notre mère, car nous n'avons pas connu notre frère, à part entendre parler de lui. Mais les sentiments viennent en nous quand notre mère nous parle de lui, raconte James Harry.

L'initiative Nanilavut

L'initiative Nanilavut travaille dans cinq régions différentes du Canada pour retrouver les Inuit qui sont morts pendant l'épidémie de tuberculose.

La tuberculose est une maladie pulmonaire contagieuse et potentiellement mortelle. Si la maladie est aujourd'hui évitable et curable, elle a, dans le passé, constitué un sujet de préoccupation majeure en matière de santé publique. Elle a, par exemple, fait des ravages au sein des populations inuit entre les années 1940 et 1960. Le gouvernement fédéral affirme qu'un tiers d’entre eux en ont été infectés dans les années 1950.

Un grand nombre de ces Autochtones ont été retirés de leur communauté d'origine pour être soignés dans des centres médicaux. Bien que certains soient rentrés chez eux, ce n'est pas le cas de tous. Leurs corps ont été enterrés à proximité des installations, et leurs proches n'ont jamais été informés de leur sort.

Cette maladie infectieuse continue, aujourd’hui encore, de frapper sans pitié ces communautés, en particulier celles du Grand Nord, alors qu’Ottawa a promis de l’éradiquer d’ici 2030.

Avec les informations de Liny Lamberink

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