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Québec autorise le retour des chambres multiples en CHSLD

Une personne âgée est dans un fauteuil roulant et une femme lui tient la main.

Le gouvernement avait demandé l'élimination progressive des chambres à plus de deux lits dès 2017.

Photo : getty images/istockphoto / Halfpoint

Malgré la pandémie qui perdure, les CHSLD du Québec peuvent à nouveau placer trois ou quatre résidents dans une seule et unique chambre. Une mesure « exceptionnelle », assure le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), mais qui va à l’encontre du rapport déposé en mai dernier par la coroner Géhane Kamel.

Ce changement a été officialisé le 2  juillet dans une lettre adressée aux dirigeants des établissements de santé du Québec et dont Radio-Canada a obtenu copie.

Pourtant, dès 2017, soit bien avant que la COVID apparaisse, le gouvernement avait demandé à ces mêmes établissements d’éliminer les chambres accueillant plus de deux résidents.

D’ailleurs, les chambres multiples étaient devenues quasi inexistantes ces dernières années, confirme la coprésidente de la Communauté de pratique des médecins en CHSLD, la Dre Sophie Zhang.

Si le gouvernement semble aujourd’hui revenir en arrière, c’est en raison du nombre élevé de patients en attente d’une place en CHSLD, qui atteint presque 4300. Plusieurs de ces personnes occupent un lit en milieu hospitalier, alors que ces mêmes hôpitaux sont aux prises avec un manque de personnel.

La porte-parole du MSSS, Marjorie Larouche, assure néanmoins que le recours aux chambres multiples n’est permis que lorsque l’environnement permet d’offrir des conditions de vie pour les résidents respectant les normes et orientations en vigueur.

« Les chambres devront comprendre minimalement un accès à une salle de toilette et à un espace lavabo offrant de l’intimité pour la toilette quotidienne. »

— Une citation de  Marjorie Larouche, porte-parole du MSSS

Mme Larouche ajoute que les plus hauts standards en matière de prévention et contrôle des infections doivent aussi être respectés.

À l'approche d'une possible 8e vague, et ce, malgré les ravages causés par la pandémie de COVID-19 dans les CHSLD, Québec autorise de nouveau la présence de trois ou quatre patients dans une seule et même chambre. Cette pratique était pourtant proscrite depuis 2017 et va à l'encontre des recommandations de la coroner Géhane Kamel dans son rapport publié en mai dernier. Malgré le mécontentement, le gouvernement garde le cap sur cette mesure. L'objectif : écourter la liste de milliers de patients en attente d'une place en CHSLD, dont une bonne partie occupe des lits dans les hôpitaux. Reportage d'Alexandre Duval

Les deux bras me tombent

Le président du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet, n’en revient tout simplement pas, d’autant plus que le Québec vient de lancer une nouvelle campagne de vaccination massive contre la COVID-19 et que certains craignent déjà le spectre d’une huitième vague à l’automne. Les deux bras me tombent, dit-il.

Qu'est-ce qu'on veut accomplir comme objectif quand on va remplir ces chambres-là avec les risques d'infection pas juste de la COVID, mais de toutes les infections nosocomiales?, ajoute M. Brunet, en référence au C. difficile, entre autres.

« On va peut-être avoir l'air plus intelligent en diminuant le nombre de personnes qui attendent sur une civière, mais on va aggraver le risque d'infection et pas juste de la COVID. »

— Une citation de  Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades
Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades.

Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades

Photo : Radio-Canada

La littérature scientifique est assez claire sur le fait que le nombre de lits et le nombre d'usagers par chambre est associé à une augmentation des infections par la COVID. Il y a plusieurs études qui l'ont démontré, renchérit la Dre Sophie Zhang.

Elle affirme que personne ne souhaitait le retour des chambres multiples, que ce soit les médecins, les gestionnaires ou les responsables de la prévention et du contrôle des infections.

« Plusieurs patients dans une même chambre, ça fait aussi des complications au niveau de donner des soins, donc sur plusieurs aspects, pour l'intimité des personnes, il y a vraiment des aspects négatifs. »

— Une citation de  Dre Sophie Zhang, coprésidente de la Communauté de pratique des médecins en CHSLD

Le gouvernement Legault est accusé de mettre les aînés du Québec en danger, en autorisant le retour des chambres à trois ou quatre résidents dans les CHSLD. Les partis d'opposition à Québec y voient la preuve du manque de leçons apprises de la première vague de la pandémie. Le gouvernement justifie cette mesure du fait que 4300 patients attendent une place dans un CHSLD, dont plusieurs se trouvent dans les hôpitaux. Le ministère de la Santé se défend aussi en assurant que le recours aux chambres multiples sera permis uniquement si les conditions de vie pour les résidents respectent les normes et orientations en vigueur. Entrevue avec le Dr Réjean Hébert, gériatre, professeur titulaire à l'École de santé publique de l'Université de Montréal et ancien ministre de la Santé

Tirer des leçons

Paul Brunet déplore pour sa part qu’on ne semble pas avoir tiré de leçons de la première vague de la pandémie.

C'est triste, mais en plus, c'est inquiétant parce qu'une des causes des tragiques événements qu’on a vécus, c'est le fait que beaucoup de monde résidait ensemble, beaucoup de monde se promenait, le personnel infectait les résidents.

D’ailleurs, dans son rapport déposé en mai dernier au terme de son enquête publique sur les décès survenus en CHSLD, la coroner Géhane Kamel recommandait au gouvernement du Québec de s’assurer que les milieux d’hébergement puissent offrir des chambres individuelles.

La coroner Géhane Kamel.

La coroner Géhane Kamel a recommandé au gouvernement de ne plus recourir aux chambres partagées.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Sans prétendre qu’elle détient la solution pour régler le problème du manque de places en CHSLD, la Dre Zhang croit que le gouvernement a le devoir de planifier la suite des choses.

« Il faudrait avoir des plans à court, moyen et long termes pour solutionner ce problème-là d'une autre façon [...] qui ne met pas à risque la santé et le bien-être des résidents en CHSLD. »

— Une citation de  Dre Sophie Zhang, coprésidente de la Communauté de pratique des médecins en CHSLD
Dre Sophie Zhang

La Dre Sophie Zhang est coprésidente de la Communauté de pratique des médecins en CHSLD.

Photo : Teams / Capture d'écran

Jusqu'à nouvel ordre

Pour le moment, le MSSS n’entrevoit aucune date de fin pour l’autorisation des chambres multiples en CHSLD. La mesure est effective jusqu’à nouvel ordre, indique la porte-parole, Marjorie Larouche.

Les chambres individuelles sont néanmoins un principe central du concept de maisons des aînés que le gouvernement a dévoilé en 2019 et qu’il déploie actuellement à travers la province. Au total, 46 maisons sont prévues, dont 43 sont en chantier.

Le cabinet de la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, réitère que les 2600 places promises d’ici l’automne seront livrées comme prévu. À terme, un total de 3480 places est prévu.

Nous reconstruisons aussi 23 CHSLD vétustes sous le modèle des maisons des aînés et alternatives [...] Nous avons également créé 1300 places en ressource intermédiaire pendant notre mandat, ajoute l’attaché de presse de la ministre, Jean-Charles Del Duchetto.

Irresponsable et scandaleux

À Québec, les partis d'opposition soutiennent tous que le gouvernement met les aînés en danger avec le retour des chambres multiples. Selon eux, il aurait été plus judicieux d'investir davantage dans les soins à domicile.

En 2018, François Legault disait à tous les Québécois qu'il [allait] régler le problème des CHSLD. Force est de constater que quatre ans plus tard, c'est un recul, déplore le porte-parole du Parti libéral du Québec en matière de santé, Monsef Derraji.

Le porte-parole de Québec solidaire pour les aînés, Sol Zanetti, affirme que le gouvernement s'est engagé sur un chemin dangereux et irresponsable.

« À la veille des élections, ils veulent améliorer leurs chiffres et leurs statistiques dans les hôpitaux, et là, qu'est-ce qu'ils font? Ils mettent les aînés du Québec en danger dans les chambres de CHSLD au moment où eux-mêmes appréhendent une huitième vague de la pandémie. »

— Une citation de  Sol Zanetti, porte-parole de Québec solidaire pour les aînés

On a décidé d'engloutir des sommes faramineuses dans le Club Med des maisons des aînés dont on ne voit pas l'aboutissement, se désole quant à lui le porte-parole du Parti québécois en matière de santé, Joël Arseneau, qui qualifie le choix du gouvernement de scandaleux.

« Le gouvernement n'a absolument rien compris de l'hécatombe qui a eu lieu dans les CHSLD en 2020. »

— Une citation de  Joël Arseneau, porte-parole du Parti québécois en matière de santé

Dans un communiqué, le président de l'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées prétend que le retour des chambres multiples constitue un autre exemple d'âgisme systémique.

Ce qu’on voit, c’est une machine qui produit des résultats qui sont systématiquement défavorables à l’amélioration des conditions de vie des aînés, estime Pierre Lynch. Dans ce cas-ci, cela va même plus loin : on met la vie des gens en danger.

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