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80 ans après le raid de Dieppe, le Canada se souvient

Des archives montrant des soldats et des chars d'assaut pendant le raid.

Des commémorations du 80e anniversaire du débarquement de Dieppe se tiendront dans plusieurs communautés.

Photo : Archives

Le 19 août 1942, près de 5000 Canadiens débarquent sur les plages de Dieppe. Plus de 900 d'entre eux meurent au cours de ce qui aurait dû être une attaque pour déstabiliser les Allemands, mais qui s'avère être un massacre. Quatre-vingts ans plus tard, le pays commémore ce jour tragique pour les Forces armées canadiennes.

John Date a 100 ans cette année. Originaire de Sarnia, dans le Sud-Ouest de l’Ontario, il est l’un des invités d’honneur des cérémonies du 80e anniversaire du raid de Dieppe qui ont lieu vendredi à Windsor.

Il n’avait que 20 ans au moment où il foulait, aux côtés de ses frères d’armes canadiens, la plage de Dieppe. Il s'agissait alors de sa première bataille, une bataille au cours de laquelle les Allemands ont causé des pertes considérables aux Canadiens, entre autres.

Nous avons débarqué [d'un bateau] pour ce qui était censé être une attaque-surprise, mais je ne pense pas que ce fut le cas, explique-t-il en souriant.

« Nous ne pouvions pas les voir [les Allemands]. Ils étaient tous cachés derrière des bâtiments. »

— Une citation de  John Date, vétéran
John Date est assis sur une chaise et regarde au loin.

M. Date s'estime chanceux de n'avoir pas été maltraité par les soldats allemands qui ne faisaient en fin de compte que leur travail.

Photo : Elvis Nouemsi Njiké

M. Date a vu tomber ses camarades les uns après les autres au moment où il sortait de l’eau et tentait de rejoindre la plage. Au terme de cette bataille, lorsque les Alliés sont dominés, il est fait prisonnier par des soldats allemands et le restera jusqu’à la fin de la guerre.

Un épisode polémique

Comme John Date, nombre de soldats qui ont participé au débarquement de Dieppe n’étaient encore que dans la fleur de l’âge, selon Béatrice Richard, professeure au Collège militaire royal de Saint-Jean.

C'est sûr qu'on doit un immense respect à ces hommes qui étaient des enfants [...] Il y en avait qui avaient 18 ou 20 ans, qui étaient pleins de fougue, qui étaient heureux de servir leur pays, qui aimaient ce métier de soldat, qui voulaient en découdre avec l'Allemagne, explique-t-elle.

« Effectivement, pour eux, ça a été terrible. Il y a ceux qui ne sont pas revenus. Il y a quand même eu 907 morts sur le champ de bataille. Après, d'autres morts causées par les blessures, etc. »

— Une citation de  Béatrice Richard, professeure au Collège militaire royal de Saint-Jean

Mme Richard estime que ces soldats ont été immergés dans une situation absolument dangereuse qui leur demandait beaucoup de professionnalisme.

Elle pense que le débarquement de Dieppe a été mal préparé et réfute l’idée, avancée par certains historiens, selon laquelle Dieppe aurait permis de mieux préparer d’autres débarquements comme celui de Normandie en 1944 qui s’est avéré déterminant dans la victoire des Alliés.

Béatrice Richard assise dans son bureau.

Pour Mme Richard, les troupes canadiennes n'avaient que peu de chances lors du débarquement de Dieppe.

Photo : Elvis Nouemsi Njiké

On apprend toujours de ses expériences, mais de là à dire que Dieppe a été utile pour préparer le débarquement en Normandie, moi je nuancerais ça, explique-t-elle.

« C'est quand même une opération désastreuse, on ne peut le nier. Plus de la moitié des effectifs engagés sont perdus, qu'ils soient morts, blessés ou faits prisonniers. »

— Une citation de  Béatrice Richard, professeure au Collège militaire royal de Saint-Jean

L’historien Serge Durflinger abonde dans le même sens.

D’après moi, ce raid à Dieppe est mal conçu, d'autant plus que la cible de Dieppe était facilement fortifiée par des Allemands [...] La plage elle-même est dans une position très précaire pour les troupes, parce qu'il y avait des falaises d'un côté comme de l'autre, où les Allemands étaient quand même bien préparés, indique-t-il.

Cela dit, il salue lui aussi la bravoure des soldats qui ont fait tout ce qui était possible pour tenter de mener à bien leur mission, des soldats qui provenaient d’un peu partout au pays.

On trouve parmi ces troupes-là des gens de l'Ouest, de la Saskatchewan, de Winnipeg et de l'Ontario notamment [...] Il y avait aussi les Fusiliers Mont-Royal de Montréal, qui était le régiment francophone qui a participé à l'attaque. La majorité des troupes venaient de partout à travers le pays, précise-t-il.

Ce qu'il reste d'héritage

Au musée Chimczuk de Windsor, Nicole Chittle, chercheuse adjointe, travaille à la préservation de l'histoire d'héroïsme de ces hommes, notamment ceux qui étaient originaires de la région de Windsor-Essex. Elle est de ceux qui pensent que ces pertes ne furent pas inutiles.

Il y avait 553 soldats [du régiment Essex Scottish] qui ont débarqué à Dieppe. Seulement un peu plus de 50 sont retournés en Angleterre, 120 sont morts, et plus de 300 sont devenus des prisonniers de guerre, explique-t-elle.

« Il y a eu beaucoup de leçons. Ils ont appris ce qu’il ne fallait pas faire après le raid et ça a été utile pour les batailles suivantes. »

— Une citation de  Nicole Chittle, chercheuse adjointe au musée Chimczuk
Nicole Chittle devant des artefacts de guerre.

Le musée Chimczuk tente de perpétuer, entre autres, la mémoire des soldats originaires de la région qui ont donné leur vie durant le raid de Dieppe.

Photo : Elvis Nouemsi Njiké

Elle affirme qu’il faut se souvenir qu’il y a derrière les chiffres qui sont d’ordinaire évoqués lorsqu’on parle de guerre, des femmes et des hommes qui avaient des familles, des familles qui attendaient leur retour.

John Date est de ceux qui ont pu revenir en vie du champ de bataille. Selon sa fille, Ann Date, il parle difficilement de cet épisode extrêmement douloureux de sa vie.

Il a toujours dit qu’il s’agit du pire moment de sa vie. Il ne voulait pas en parler, indique-t-elle.

John Date avec ses filles et son petit-fils.

La famille de John Date se dit extrêmement heureuse qu'il reçoive des honneurs.

Photo : Elvis Nouemsi Njiké

Au fil des années, c’est souvent son carnet de bord qui a livré à ses enfants le récit de son parcours.

Papa est l’un des rares qui ont conservé leur journal de bord. [...] Dans son journal, il parlait de leur capture, du temps qu’il a passé là-bas [dans les camps], de la poésie et des images des autres prisonniers de guerre, et aussi de sa longue marche vers la liberté, explique son autre fille Carol McPherson.

« C'est bien qu’il soit honoré, même s’il est timide et qu’il ne le veut pas. »

— Une citation de  Carol McPherson, fille de John Date

En ce qui le concerne, John Date, bien qu’il ait participé à cet épisode extrêmement violent et bien qu’il ait vu mourir des compatriotes, ne nourrit aucune forme de rancune envers les soldats allemands.

Il ne s’agissait que de soldats qui faisaient leur travail, explique-t-il.

Des commémorations nationales du débarquement de Dieppe ont lieu à Windsor vendredi. Un défilé partira notamment du grand drapeau canadien jusqu'au monument Red Beach (monument Dieppe).

À d'autres endroits au pays, l'événement sera également souligné. Ce sera notamment le cas à Toronto, en matinée et en soirée respectivement, au cénotaphe de l'ancien hôtel de ville et au parc Dieppe.

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