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Une tribu de l’Amazonie passe derrière la caméra pour National Geographic

Six personnes posent côte à côte sur un parterre de pelouse, devant un écran géant présentant l'affiche du documentaire The Territory.

Le réalisateur Alex Pritz, à gauche, en compagnie de membres de l'équipe de production, lors de la première new-yorkaise du documentaire «The Territory», le 16 août

Photo : getty images for national geogra / Bryan Bedder

Agence France-Presse

Quand la COVID-19 a atteint la forêt amazonienne, au Brésil, le réalisateur Alex Pritz a dû donner sa caméra à la tribu autochtone Uru-eu-wau-wau, qui s'était isolée du monde, laissant à ses membres le soin de finir le documentaire dont ils et elles faisaient l'objet.

Coproduit par le cinéaste Darren Aronofsky et diffusé par la chaîne National Geographic, The Territory sera présenté en première canadienne vendredi au Festival international du film de Toronto (TIFF).

Le film de 86 minutes raconte la détresse de ces quelque 200 individus vivant de la chasse et de la cueillette dans une réserve au milieu de la jungle, encerclés par des colons agressifs qui empiètent sur leur territoire en toute illégalité.

Un nouveau modèle de coproduction

Bien qu’apparaissant dans le film en habits traditionnels, les Uru-eu-wau-wau et leur jeune chef, Bitate – au cœur du documentaire –, n'hésitent pas à s'emparer des technologies modernes pour riposter.

Quand la COVID est arrivée, Bitate a pris une courageuse décision et s'est dit : "Ok, il n'y aura plus de journalistes sur notre territoire, plus d'Alex, plus d'équipe documentaire, plus personne", raconte Alex Pritz.

Il a fallu que nous ayons une conversation avec lui : "Est-ce qu'on a fini le film? Est-ce qu'on a tout ce qu'il nous faut? Est-ce qu'on commence à monter?", poursuit-il.

Bitate a été très clair : "Non, nous n'avons pas fini. Nous avons encore beaucoup de travail. Vous n'aviez pas fini avant, pourquoi auriez-vous fini maintenant?", se remémore le réalisateur.

« Envoyez-nous simplement de meilleures caméras, envoyez-nous du matériel audio et on tournera et on produira la fin du film. »

— Une citation de  Bitate

Résultat : un modèle de coproduction où un cinéaste Uru-eu-wau-wau est crédité comme directeur de la photographie et où la tribu a plus largement participé à la production, avec une part des profits et leur mot à dire dans les décisions commerciales en termes de distribution.

La décision de fournir du matériel aux Uru-eu-wau-wau et de les former a permis d'apporter un point de vue direct sur les activités de la tribu, y compris lors des patrouilles en vue d'arrêter les personnes intruses.

J'avais tourné quelques missions de surveillance moi-même, aucune ne s'est retrouvée dans le montage final!, indique M. Pritz.

Pas parce qu'on voulait changer de réalisation, mais parce que c'était plus viscéral, plus immédiat.

Sentinelles de la forêt

Avant même l'arrivée de l'équipe d'Alex Pritz, les Uru-eu-wau-wau avaient adopté la technologie moderne et la gestion médiatique pour défendre leur cause, se positionnant sur la scène internationale en tant que sentinelles d'une forêt dont la survie est liée aux questions de réchauffement climatique et de biodiversité.

Bitate et cette nouvelle génération des Uru-eu-wau-wau sont des enfants du numérique. Bitate est né à la fin des années 1990. Il est sur Instagram. Et c'est en partie de cette façon qu'il s'adresse au monde, confie Alex Pritz.

D’aucuns présument que les spectaculaires et déchirantes images de déforestation qui apparaissent au début du film ont été tournées par l'équipe documentaire, mais il n'en est rien, explique M. Pritz. Les drones ont été achetés et manœuvrés par les Uru-eu-wau-wau.

Là où ça aurait pris quatre jours de se rendre à pied de l'autre côté d'une chaîne de montagnes en traversant une jungle épaisse et ancienne, avec le drone, vous y êtes en 30 minutes, dit le réalisateur.

Des colons brésiliens implacables

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le documentaire donne aussi à voir le point de vue des colons, qui tronçonnent et incendient illégalement des zones protégées de la forêt afin de dégager des routes vers des territoires qu'ils espèrent un jour revendiquer.

Parvenir à les convaincre de se laisser filmer a été possible, car ils se voient comme des pionniers héroïques, confiant à Alex Pritz faire ce qu'ils font pour le bien de leur nation – mélange de culture de cowboy et de propagande nationaliste attisée par le président brésilien d'extrême droite Jair Bolsonaro.

Les colons étaient ces gens naïfs qui n'avaient aucune compréhension du contexte historique de leurs actions, des conséquences écologiques, ce qu'ils faisaient au reste de la planète, estime le réalisateur.

« Pour eux, qui manquent souvent d'éducation ou d'autres opportunités économiques, c'était simplement "moi et ce qui m'appartient"; "juste ce petit lot de terre"; "si seulement je pouvais avoir ceci"... »

— Une citation de  Alex Pritz

Tandis que Bitate possède une vision large. Il pense au changement climatique, il pense à la planète, il est astucieux politiquement, à l'aise avec les médias, souligne Alex Pritz.

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