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Au Royaume-Uni, nouvel épisode des grèves de la colère face à l’inflation

Une femme est appuyée sur le système de validation de billets de train.

Une employée de la sécurité surveille les quais vides de passagers, à la station Waterloo, le 18 août 2022.

Photo : Associated Press / Frank Augstein

Agence France-Presse

Le Royaume-Uni connaît à partir de jeudi une nouvelle salve de débrayages massifs dans les transports, la poste, les ports... Il s'agit du plus gros mouvement de grève depuis des décennies, qui s'est mis en branle au début de l'été face à l'inflation qui dévore le pouvoir d'achat des Britanniques.

En pleines vacances scolaires, seul un train sur cinq circulait jeudi dans le pays. Des dizaines de milliers d'employés du rail étaient appelés à cesser le travail par les syndicats RMT, TSSA et Unite, et Network Rail, le gestionnaire public du réseau, incitait les usagers à éviter ce mode de transport.

Les passagers qui bravaient l'injonction étaient pourtant compréhensifs, alors que les hausses de prix généralisées, qui ont dépassé 10 % le mois dernier outre-Manche pour la première fois en plus de 40 ans, dévalorisent les salaires des Britanniques.

Je vais être très en retard, c'est sûr, reconnaît auprès de l'AFP Usama Sarda, un dentiste d'une trentaine d'années, qui se rend à un mariage dans le nord du pays depuis la gare londonienne de Euston. Mais la grève est juste, parce que l'inflation est actuellement à un niveau record, estime-t-il.

Les cheminots sont des gens comme moi, abonde Greg Ellwood, un consultant de 26 ans croisé à la gare de Leeds, au nord de l'Angleterre. Nous essayons tous de gagner notre vie et de nous débrouiller. J'ai toute la sympathie du monde pour eux, affirme-t-il.

Deux personnes dans une station de train.

Des passagers consultent le tableau des départs tandis que la grève perturbe le réseau de trains, à Londres, le 18 août 2022.

Photo : Associated Press / Frank Augstein

Le plus gros mouvement de grève du rail depuis 1989, à la fin des années Thatcher, pourrait se poursuivre indéfiniment, prévient le secrétaire général du RMT, Mick Lynch jeudi, les débrayages des cheminots se poursuivant par épisodes depuis juin, faute d'accord salarial.

Les travailleurs britanniques sont fondamentalement sous-payés, ajoute le syndicaliste, pour qui le mouvement ne sera pas brisé et pourrait au contraire s'étendre à chaque secteur de l'économie.

Un mouvement qui prend de l'ampleur

De fait, les mouvements se multiplient dans le pays. Vendredi, l'ensemble du réseau de transport de Londres sera quasi paralysé, et restera très perturbé pendant tout le week-end tandis qu'un autre jour de grève des trains est prévu samedi.

Si la grève n'implique pas directement le personnel de l'Eurostar, le train qui emprunte le tunnel sous la manche, l'opérateur a lui aussi dû diminuer le nombre de ses services en raison de la réduction des horaires sur l'ensemble des lignes britanniques.

Dimanche, les débardeurs du port de Felixstowe, dans l'est de l'Angleterre – le plus gros pour le fret dans le pays – démarrent une grève de huit jours, menaçant de mettre à l'arrêt une grande partie du trafic de marchandises du pays.

Postiers, employés de l'opérateur de télécommunications BT, manutentionnaires d'Amazon, mais aussi avocats pénalistes ou éboueurs ont également débrayé ou prévoient de le faire.

Les mouvements pourraient durer au-delà de l'été, et se propager aux fonctionnaires de l'enseignement ou encore de la santé, où le syndicat Unite a taclé des offres salariales misérables de 4 %.

Jeremy Corbyn dans un piquet de grève.

Des politiciens, dont l'ex-chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn, se sont joints aux cheminots en grève à Londres, le 18 août 2022.

Photo : Associated Press / Stefan Rousseau

Des offres jugées insuffisantes devant l'inflation

Partout le mot d'ordre est le même : les employés réclament des revalorisations de leur paie en phase avec l'inflation, qui a atteint en juillet 10,1 % sur un an et pourrait dépasser 13 % en octobre.

Les prix sont notamment tirés par les cours du gaz, dont le pays est très dépendant et qui flambent dans la foulée de la guerre en Ukraine, mais aussi par les perturbations des chaînes d'approvisionnement et les pénuries de travailleurs dans la foulée de la COVID-19 et du Brexit.

Le pouvoir d'achat est grignoté par les hausses de prix à une vitesse record, ce qui démontre le besoin vital [...] de défendre la valeur de la rémunération des travailleurs, assure dans un communiqué Sharon Graham, secrétaire générale du syndicat Unite, l'un des principaux du pays.

Certaines grèves ont pourtant été récemment évitées à la dernière minute, à la suite d'offres de rémunération jugées satisfaisantes, notamment dans une entreprise de ravitaillement en carburant à l'aéroport d'Heathrow ou parmi le personnel au sol de British Airways.

Dans le rail, les négociations avec la multitude d'opérateurs privés du secteur sont dans l'impasse, selon les syndicats, qui ont aussi rejeté une offre salariale de 8 % Network Rail qu'ils accusent d'être conditionnée à des licenciements massifs.

Le ministre des Transports, Grant Shapps, qui a refusé de s'impliquer directement dans les discussions, est montré du doigt par les organisations, accusé de ne pas donner de mandat suffisant aux entreprises pour négocier.

Autre motif de colère syndicale : le gouvernement vient de modifier la loi afin de permettre le recours à des intérimaires pour remplacer les grévistes.

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