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Des homardiers dénoncent les prix trop bas et refusent de pêcher

Coup d'éclat des pêcheurs de homard du sud-est du Nouveau-Brunswick qui ont refusé de prendre la mer jeudi.

Groupe de pêcheurs qui discutent.

Les pêcheurs disent qu'ils arrêteront la pêche aussi longtemps que nécessaire.

Photo : Radio-Canada

Environ 200 pêcheurs de homard du sud-est du Nouveau-Brunswick se sont rassemblés jeudi matin à Shediac. En colère, ils refusent de partir en mer tant qu’on ne leur offrira pas de meilleurs prix pour leurs prises.

Selon des pêcheurs, les prix au quai sont 40 % inférieurs à ceux reçus l’année dernière. Ils demandent à recevoir entre 6 et 7 $ la livre, comme c’était le cas l’année dernière. Depuis le début de la semaine, des pêcheurs se sont vu offrir entre 4,50 et 5,50 $ la livre, ce qui n’est pas rentable, disent-ils, en raison de leurs dépenses qui ont augmenté à cause de l’inflation.

Luc LeBlanc, conseiller en pêche à l’Union des pêcheurs des Maritimes (UPM) confirme qu’une majorité de homardiers de la zone 25, mais pas tous, ne sont pas sortis pêcher jeudi matin. Toutefois, même si l’UPM soutient la démarche de ces pêcheurs, elle n’est pas impliquée dans l’organisation de la manifestation, qualifiée de spontanée.

C’est spontané, mélangé avec une décision d’affaires. C’est impossible pour un pêcheur de faire une sortie en mer profitable à 4,50 $. Ça ne fonctionne pas, dit-il.

Luc LeBlanc.

Luc LeBlanc invite les pêcheurs et les transformateurs à se parler.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

L'UPM établit le seuil de rentabilité cette année à 6 $. Luc LeBlanc s’est adressé aux pêcheurs lors de la manifestation. Il espère que leurs actions permettront d’au moins entamer un dialogue avec les acheteurs.

On a des pêcheurs qui sont vraiment mécontents des prix reçus par les usines et du manque de communication des usines, souligne M. LeBlanc.

« C’est impossible pour une entreprise de pêche de faire des profits à ce prix-là, alors on va avoir des problèmes. »

— Une citation de  Luc LeBlanc, conseiller en pêches à l'Union des pêcheurs des Maritimes

Inquiets pour l'avenir

Des pêcheurs présents à la manifestation se sont dits inquiets pour l'avenir de l'industrie.

Marc Daigle.

Marc Daigle pense que les difficultés de l'industrie peuvent se répercuter dans toutes les communautés de la région.

Photo : Radio-Canada

« Ça a un gros impact sur tout. Il y a un impact sur la communauté [...] Tu vas pas pouvoir vivre. »

— Une citation de  Marc Daigle, pêcheur

Stéphane Jaillet, du quai de Saint-Édouard, est aussi déçu.

On n’accepte pas le prix. C’est pas pour faire des millions, c’est juste pour qu’on [arrive] au bout de la semaine. [...] Si on n’a pas 6 $, je lève mes cages, affirme-t-il.

Denis Surette, du quai de Saint-Édouard, pense aussi que si des entreprises comme la sienne connaissent des difficultés financières, il pourrait y avoir un effet domino dans les communautés côtières. Il dit avoir parlé à un constructeur de navires dont le carnet de commandes a connu plusieurs annulations.

Denis Surette.

Denis Surette pêche au quai de Saint-Édouard. Il trouve la situation inquiétante.

Photo : Radio-Canada

Il va peut-être renvoyer 10-12 gars. Et c’est juste une shop. Vous voyez où ça va?

Le pêcheur ne serait pas étonné que des pêcheurs fassent faillite si les prix ne remontent pas bientôt. Il se demande aussi si les prix records obtenus au cours des dernières années n'auront pas un effet pervers, puisque des pêcheurs ont investi beaucoup d'argent pour acheter des permis ou de l'équipement.

« Ça ne changera rien », croit un représentant des transformateurs

L'action des pêcheurs se veut une tentative de forcer la main des acheteurs – les usines de transformation – pour hausser les prix. Mais cette tentative qui risque de tomber à plat, selon un représentant des transformateurs.

Ce genre d'action là ne change en rien les conditions de marché qu'on observe depuis quatre mois ni les perspectives de marché dans les mois qui viennent, dit Nat Richard, directeur général de l'Association des transformateurs de homard des Maritimes.

Je comprends la frustration, on comprend la déception qui est bien réelle, mais autant que les pêcheurs ne sont pas obligés de pêcher, les usines ne sont pas obligées de payer des prix qui ne sont pas rentables, ajoute-t-il.

Le directeur général de l'Association des transformateurs de homard des Maritimes, Nat Richard, le 16 août 2022.

Le directeur général de l'Association des transformateurs de homard des Maritimes, Nat Richard.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Les usines de transformation, qui emploient elles-mêmes des milliers de travailleurs dans le sud-est de la province, sont aux prises avec des inventaires importants de produits invendus en raison du ralentissement des marchés.

L'arrêt de la pêche ne va en rien aider cette situation.

Les conditions de marché sont tellement compliquées que moi mon inquiétude c'est que si les usines n'ont pas un approvisionnement stable et prévisible de produit, il y en a peut-être qui vont choisir, si ça dure, de fermer les portes pour l'année, estime Nat Richard.

Des prix records pendant la pandémie

Les prix pour le homard ont atteint des records au cours de la pandémie. Les exportations ont atteint un seuil de 3,2 milliards de dollars, selon l’Association des transformateurs de homard des Maritimes.

Plusieurs personnes sur le quai à l'aube devant les bateaux de pêche chargés de casiers à homard.

La pêche a débuté le 11 août dernier dans la zone 25.

Photo : Radio-Canada / Océane Doucet

La saison de pêche dans la zone 25 a débuté la semaine dernière et se termine le 12 octobre.

Cette zone comprend des pêcheurs du sud-est du Nouveau-Brunswick et du sud-ouest de l’Île-du-Prince-Édouard. Pour le moment, les pêcheurs de l'île poursuivent leurs activités normalement.

Avec des informations de Nicolas Steinbach

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