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Un immigrant menacé à cause d’un numéro de plaque d’immatriculation débutant par « 1S1S »

La plaque d'immatriculation de la moto de Nouman.

Nouman s'est senti dans une « situation d'impuissance totale » après avoir été pris pour cible à cause de son numéro de plaque d'immatriculation.

Photo : Photo offerte par Nouman

Radio-Canada

Un Ontarien de 26 ans qui a fui l'Afghanistan avec sa famille pour s'installer au Canada a reçu des menaces de mort parce que la plaque d'immatriculation de sa moto porte une série de caractères qui ressemblent à l'acronyme du groupe armé État islamique en anglais, « ISIS ».

Nouman, qui est arrivé au pays avec sa mère et son frère il y a un peu plus de 10 ans, espérait que le Canada lui apporterait la sécurité et la tranquillité d'esprit tant attendues après avoir quitté un pays qui était alors sous la menace d'une prise du pouvoir par des militants talibans.

Il ne se doutait pas qu'une plaque d'immatriculation obtenue l'année dernière allait le mettre en danger. CBC-Radio-Canada a choisi de n'utiliser que son prénom pour des raisons de sécurité.

Il raconte que lorsqu'il a acheté sa première moto chez un concessionnaire, l'été dernier, il n'a pas porté attention au fait que les plaques portaient la série de caractères 1S1S6.

Toutefois, après de multiples menaces de mort et des accusations selon lesquelles il était un partisan du groupe terroriste État islamique, Nouman a demandé au prestataire de services provincial Service Ontario de changer sa plaque.

Cependant, au lieu de lui en délivrer une nouvelle, il dit qu'on a balayé sa demande du revers de la main et qu'on l'a ainsi exposé à de nouvelles menaces.

Non seulement ma vie a été menacée à ce moment-là, mais un employé du gouvernement s'est également moqué de moi pour la même chose, a-t-il déclaré.

Cela vous met dans une situation d'impuissance totale.

Nous savons que vous êtes un partisan

Ce n'est pas la première fois que la province fait l'objet d'un examen minutieux pour ne pas avoir éliminé des plaques potentiellement offensantes.

En 2018 et en 2019, CBC Toronto a signalé que des plaques semblaient passer sous le radar malgré des significations explicites dans une variété de langues, notamment le punjabi, l'hindi et l'ourdou.

Cette plaque d'immatriculation particulière aurait dû soulever des interrogations étant donné qu'ISIS (Daech en français) est considéré par le Canada comme un groupe terroriste et a fait les manchettes pour les atrocités qu'il a commises, affirme un professeur de sociologie.

Momin Rahman, un professeur de l'Université Trent qui étudie le racisme et l'islamophobie, affirme que les plaques signalées par Nouman auraient été manifestement stigmatisantes pour lui et que la province aurait dû le savoir.

Deux mois à peine après l'achat de sa motocyclette, Nouman affirme que quelqu'un l'a accosté devant l'Université métropolitaine de Toronto et lui a demandé ce que sa plaque d'immatriculation était censée signifier en lui criant des insultes. Nouman n'y a alors vu qu'un incident isolé. L'hiver approchait et il allait bientôt ranger sa moto.

Cependant, au printemps dernier, les menaces ont recommencé. En mai, dit-il, trois hommes l'ont bousculé devant l'école, l'ont menacé et lui ont dit : Nous savons que tu es un partisan [de Daech].

Après cela, Nouman dit avoir porté plainte à la police et s'être rendu dans un centre de Service Ontario à Etobicoke pour demander le remplacement de sa plaque. Il dit que le préposé n'a pas tenu compte de ses préoccupations et a dit que le changement lui coûterait 59 $.

Le principal intéressé a refusé, affirmant que la plaque n'aurait jamais dû être mise en circulation étant donné la ressemblance de son numéro avec l'abréviation anglaise ISIS.

Après tout, précise-t-il, la province interdit les plaques d'immatriculation jugées choquantes pour une foule de raisons, notamment celles qui comportent des mots à connotation sexuelle, vulgaires, insultants, péjoratifs, qui font allusion à la religion, qui encouragent la violence, qui contiennent des opinions politiques ou qui expriment de la haine contre une personne ou contre un groupe.

Oui, je pourrais payer ce montant pour éviter ce genre de choses, mais en même temps, Service Ontario a la responsabilité de me fournir des plaques qui ne mettront pas ma vie en danger, n'est-ce pas? a-t-il dit.

Le 10 juin, Nouman dit avoir été accosté de nouveau par un autre groupe d'hommes à l'extérieur du dépanneur où il travaillait. Cette fois-ci, il a décidé d'aller voir un fonctionnaire dès le lendemain pour plaider sa cause. Il a failli ne pas y arriver.

Alors qu'il se rendait à un bureau de Service Ontario à Mississauga, Nouman raconte qu'un homme au volant d'une voiture grise ou argentée a failli le faire sortir de la route sur la rue Dundas. Heureusement, il a fait une embardée dans une voie libre juste à temps et a rattrapé la voiture à un feu rouge, où il a pu noter son numéro de plaque d'immatriculation.

J'ai eu de la chance à bien des égards parce que la voie de gauche était libre, parce que j'ai pu voir cette personne à temps, réagir à temps, sinon je n'aurais probablement pas été là pour vous raconter cette histoire, a-t-il déclaré.

Un porte-parole du ministère des Services gouvernementaux et des Services aux consommateurs de l'Ontario a présenté ses excuses à Nouman pour son expérience, ajoutant que sa plaque a finalement été remplacée sans frais.

Nous nous excusons auprès de cette personne pour ne pas avoir respecté notre norme de service et nous travaillons à faire en sorte que cette situation ne se reproduise pas, indique le communiqué.

Le ministère affirme que l'examen des plaques vise à être aussi complet et aussi détaillé que possible pour s'assurer qu'elles ne sont pas choquantes, mais comme il s'agit d'un processus manuel, il arrive parfois qu'une combinaison particulière de lettres et de chiffres soit oubliée.

Le ministère affirme également que ses fonctionnaires suivent une formation obligatoire pour favoriser la sensibilité culturelle.

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