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Français à la maison : le Yukon, figure d’exception au Canada

La prédominance du français à la maison a baissé partout au pays, sauf au Yukon.

Les deux bandes du drapeau franco-yukonnais, au dessus, l'ours polaire du drapeau franco-ténois au centre, et l'inukshuk au bas de l'image.

Les drapeaux franco-yukonnais, au haut, franco-ténois, au centre, et franco-nunavois en bas.

Photo : Radio-Canada

Alors que la proportion de locuteurs du français est demeurée stable au Nunavut et aux Territoires du Nord-Ouest entre 2016 et 2021, le Yukon fait figure d’exception. Le territoire enregistre une hausse de près de 15 % de la proportion de francophones ayant le français comme première langue officielle parlée, selon les données du recensement 2021 publiées mercredi par Statistique Canada.

Dans l’ensemble, l’analyse démographique (Nouvelle fenêtre) montre que le Yukon se distingue des autres provinces et territoires. Le taux de prédominance du français à la maison, en 2021, était à la baisse partout au pays, sauf au Yukon.

Cette tendance ne surprend pas vraiment Émilie Lavoie, analyste principale à Statistique Canada. Nous ne sommes pas surpris de constater que les nombres et le poids démographique de la population de langue française au Yukon est en augmentation, dit-elle. Nous n’avons pas encore tous les facteurs explicatifs, mais nous savons que la communauté francophone du Yukon est très active et très attractive.

La directrice générale de l'Association franco-yukonnaise (AFY), Isabelle Salesse, estime que cette hausse, bien qu’anticipée, est positive pour la francophonie du territoire. Ces données permettent notamment de justifier les besoins en services de la communauté franco-yukonnaise. « C’est un portrait dont on a besoin pour [donner un sens] à ce qu’on fait », croit-elle.

Isabelle Salesse affirme toutefois que la pénurie de logements qui perdure au territoire pourrait ternir ce portrait reluisant. « Même s’il y a eu une augmentation, on sait qu’il y a aussi des gens qui ont quitté le territoire à cause de ces problèmes [de logement] », mentionne-t-elle.

Portrait d'Isabelle Salesse.

Isabelle Salesse est la directrice générale de l'Association franco-yukonnaise.

Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

Un recul ailleurs dans le Grand Nord

A contrario, l’analyste principale Émilie Lavoie indique que le poids démographique des personnes qui parlent français a plutôt tendance à diminuer aux T.N.-O. et au Nunavut, ce qui peut s’expliquer par une hausse de leur population générale. Leur portrait est plus concordant avec ce qu’on voit à l’extérieur du Québec, dit-elle.

Le président de l’Association des francophones du Nunavut (AFN), Goump Djalogue, affirme qu’il s’attendait à un tel portrait. Les chiffres ne sont pas surprenants, vu le manque d’action dans la revitalisation du français partout au pays, soutient-il. Selon lui, l’une des solutions pour inverser la tendance passe par l’immigration francophone.

« Le gouvernement fédéral doit travailler à atteindre les cibles en immigration francophone. Ça prend cela pour qu’on puisse revitaliser nos communautés francophones en milieu minoritaire. »

— Une citation de  Goump Djalogue, président de l’Association des francophones du Nunavut

Isabelle Salesse est du même avis : « Le gouvernement a fait l’annonce, en 2019, de protéger la langue française au Canada. Maintenant il est temps de passer à l’action. »

Forte présence de langues autochtones, malgré une percée de l’anglais

Par ailleurs, le bilinguisme français-anglais a augmenté au Yukon entre 2016 et 2021, pour atteindre une proportion de 14,2 %, ce qui le maintient devant ses territoires voisins (10,6 % aux Territoires du Nord-Ouest et 3,8 % au Nunavut). La moyenne canadienne atteint quant à elle 18 %.

Aux Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut, le taux moins élevé est attribuable à l’usage de langues autochtones qui ont le statut de langues officielles au même titre que l’anglais et le français. Ce sont des endroits au Canada où [les langues autochtones] sont les plus présentes par rapport à partout ailleurs, souligne Émilie Lavoie.

À titre indicatif, parmi les provinces et territoires au pays, c'est au Nunavut que le taux de bilinguisme était le plus élevé (68 %), en raison du bilinguisme inuktitut-anglais. Sans surprise, c’est dans ce territoire que la proportion de personnes ayant une langue prédominante à la maison autre que l’anglais ou le français est la plus importante (environ 42 %).

Émilie Lavoie indique que, en revanche, l’anglais a gagné du terrain par rapport à la langue inuit depuis 2021 et qu’elle est de plus en plus utilisée de manière complémentaire. On constate qu’il y avait moins de gens qui parlaient l’inuktitut de façon prédominante à la maison que l’anglais, en 2021, dit-elle. En 2016, c’était l’inverse.

« [L’inuktitut] est moins souvent tout seul, comme langue principale. Il est plus souvent avec l’anglais », poursuit-elle.

Statistique Canada prépare une nouvelle analyse approfondie des dynamiques démographiques des populations autochtones au pays et dans le Nord qui sera rendue publique au mois de septembre.

L’agence mène aussi une enquête dans les communautés de langues officielles en situation minoritaire qui pourrait servir à mettre en lumière des besoins en matière de services en français dans les secteurs de la santé, de l’éducation et la justice, entre autres.

Avec des informations de Claudiane Samson

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