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La CAQ veut créer l’agence « Santé Québec » pour améliorer les opérations du ministère

Plan rapproché des jambes d'une infirmière chaussée de souliers de course roses, à côté des roues de la civière qu'elle tire.

La réforme de la CAQ viserait à « faciliter la gestion des opérations sur le terrain ».

Photo : Getty Images / Ridofranz

Une nouvelle agence pour séparer la gestion du réseau de la santé des opérations sur le terrain : la Coalition avenir Québec (CAQ) s'engage, si elle est réélue, à créer une nouvelle structure de gouvernance pour faciliter le fonctionnement du ministère constituant le plus important poste budgétaire de l'État québécois.

En conférence de presse, mercredi matin, Christian Dubé, ministre de la Santé et député de La Prairie, a indiqué que cette nouvelle structure, appelée agence Santé Québec, permettrait d'offrir un accès à des soins plus humains et plus efficaces.

Cette transformation, a-t-il poursuivi, donnerait aussi l'occasion d'assurer l'imputabilité et de décentraliser et débureaucratiser le réseau de la santé.

Concrètement, le ministère de la Santé conserverait les responsabilités s'articulant autour de la planification, des orientations, du suivi de la performance et des budgets. La nouvelle agence serait quant à elle responsable des activités quotidiennes dans les hôpitaux, les cliniques, sur le terrain, etc.

M. Dubé, qui se défend bien de brasser les structures sur le terrain, affirme que cette refonte de l'organisation ministérielle s'inscrit dans la foulée des transformations mises en branle à la suite des manquements constatés lors de la première vague de la pandémie de COVID-19, ainsi qu'après le dépôt, au printemps dernier, d'un plan santé par le gouvernement Legault.

Il faut clarifier les rôles de chacun, a martelé M. Dubé, qui rappelle que, comme ministre [de la Santé et des Services sociaux], on gère 34 PDG de CISSS et de CIUSSS, et la sous-ministre gère en plus des sous-ministres adjoints.

Ça n'a pas de bon sens!, a-t-il ajouté.

« Sortir les opérations du ministère, ça va donner une structure de gouvernance beaucoup plus claire, simple, efficace et alignée sur les objectifs de décentralisation. »

— Une citation de  Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

Une telle transformation, assure M. Dubé, placerait aussi la partie « agence » de la Santé à l'abri des interventions politiques.

Il s'agit, a-t-il poursuivi, de ne plus prendre des décisions dans les tours à bureaux, mais sur le terrain.

Des détails encore imprécis

Combien de temps cette transformation prendra-t-elle? Y aura-t-il d'importants mouvements de personnel? Faudra-t-il embaucher plus de fonctionnaires? À toutes ces questions, Christian Dubé répond qu'il faudra attendre de voir les détails du projet de loi, si la CAQ est réélue.

Une chose est cependant certaine : si les troupes de François Legault sont reportées au pouvoir le 3 octobre, le projet de loi pilotant cette réforme serait déposé au cours de la session parlementaire suivante, avec une implantation de ses dispositions à partir de l'été 2023.

Quant aux possibles mouvements de personnel, M. Dubé a évoqué le transfert de sous-ministres adjoints dits opérationnels vers la nouvelle agence, ainsi que l'embauche d'un certain nombre d'employés, notamment un directeur pour cette nouvelle structure.

Ultimement, assure Christian Dubé, la réforme s'effectuera à coût nul.

Le problème, c'est l'accès à un médecin

L'engagement électoral de la CAQ n'a pas eu l'heur de plaire à Pierre Blain, PDG de l'organisation Les usagers de la santé du Québec.

Je ne suis pas du tout impressionné, a-t-il lancé, tout de go, en entrevue téléphonique.

La raison est bien simple : on a encore parlé d'hôpitaux et d'établissements. Le problème, ce n'est pas ça, c'est l'accès à un médecin. Ce que je comprends, c'est que cette agence-là va s'occuper de structures qui sont déjà en place. Mais les usagers comme vous et moi n'auront pas plus accès à des soins et des services quand on en a besoin, dans la vie de tous les jours.

Pour M. Blain, il importe de rapprocher les décideurs du terrain. Maintenant, ça va être encore pire, on va avoir une autre agence, par-dessus les autres, qui va leur dire quoi faire, déclare-t-il.

La solution? Favoriser la multiplication des praticiens travaillant en médecine familiale, avance M. Blain. Je ne crois pas qu'il manque de médecins; je crois plutôt qu'il sont mal orientés, dit-il.

Il faut mieux spécialiser les gens en fonction de certaines missions.

Ne devrions-nous pas d'abord favoriser la médecine familiale, avant de favoriser la spécialité?, a-t-il poursuivi.

Ce dernier est toutefois d'accord avec l'une des orientations de l'engagement de la CAQ, c'est-à-dire en finir avec l'influence de la politique dans les activités quotidiennes du réseau de la santé. Mais même sur ce point, M. Blain se montre sceptique des promesses de Christian Dubé : En ce moment, le politique décide du nombre de médecins qui iront dans une région. Pensez-vous que Santé Québec ne fera pas la même chose?

Je ne vois pas les garanties que l'on va nous donner, selon lesquelles l'appareil politique ne sera plus encore là-dedans, mentionne encore M. Blain.

Un plan qui passe à côté du vrai problème, dénonce QS

Chez Québec solidaire (QS), le porte-parole en matière de santé, Vincent Marissal, a écorché le plan de réforme caquiste.

Pour lui, il s'agit d'un autre plan de la CAQ qui passe à côté du vrai problème : les soignantes qui quittent le réseau et ne veulent plus y revenir.

Toujours selon M. Marissal, ce que les Québécois veulent, c’est un vrai plan pour garantir les bons soins au bon moment, et on n'y arrivera pas si on ne fait pas revenir les soignantes dans le réseau public.

Le député de Rosemont a ajouté qu'il fallait sortir du tout au médecin, ramener les soignantes et donner les bons soins au bon moment.

Des changements cosmétiques, soutient le PLQ

Du côté des libéraux, on critique ce qui est qualifié de show de boucane.

Le ministre Dubé a déçu en ne promettant que des changements cosmétiques dans l'organigramme de son ministère, a ainsi déclaré Monsef Derraji, porte-parole du Parti libéral du Québec (PLQ) en matière de santé.

Il semble bien que la priorité de la CAQ en santé, ce ne sont pas les patients mais plutôt la structure bureaucratique du ministère.

Le député libéral suggère plutôt que former davantage de médecins et de mieux les répartir sur le territoire québécois, en plus de s'assurer que les médecins passent moins de temps à l'hôpital, pour offrir plus de service en clinique.

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