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La qualité du discours bilingue « inutilement en péril » au Parlement, selon l’AIIC

L'édifice du parlement à Ottawa.

La grande majorité des répondants (97 %) estime que le projet pilote va «probablement» réduire la qualité du service (archives).

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Radio-Canada

Les interprètes indépendants accrédités par le Bureau de traduction du Canada « ont été mis sur la touche en raison de systèmes administratifs inefficaces », déplore l’Association internationale des interprètes de conférence au Canada (AIIC Canada) qui publie un sondage à cet effet, mercredi.

Le sondage révèle que la plupart des répondants (75 %) qui n’ont pas de ‘"contrat ouvert’’ ne se voient pas offrir des affectations parlementaires, même si les deux tiers d’entre eux (65 %) seraient disposés à accepter de tels contrats ponctuellement, sur approbation du Bureau de la traduction, indique l’association.

La porte-parole de la seule association nationale qui regroupe les interprètes de conférence accrédités, Nicole Gagnon, invective la Chambre des communes, qui met inutilement en péril la qualité du discours bilingue de ses délibérations en ayant recours à des fournisseurs qui ne sont pas qualifiés selon les normes du Bureau de la traduction.

Méthodologie

L’AIIC Canada a mené ce sondage en ligne, du 17 au 31 juillet, auprès des interprètes indépendants et accrédités en langues officielles par le gouvernement du Canada.

En tout, 116 personnes ont été invitées à le remplir et 92 l’ont complété tandis que deux autres avaient commencé à le remplir, mais ont abandonné en cours de route.

En publiant ces résultats, l’AIIC Canada dénonce une fois de plus le projet pilote de recrutement d’interprètes pigistes non accrédités. Selon elle, cela menace la qualité du bilinguisme au Parlement canadien.

La grande majorité des répondants (97 %) estime que le projet pilote va probablement réduire la qualité du service.

Aux termes de la Constitution et de la Loi sur les langues officielles, la Chambre des communes a l’obligation particulière de veiller à ce que ses délibérations dans les deux langues officielles aient un statut et des droits et privilèges égaux quant à leur utilisation, ajoute Nicole Gagnon.

Nicole Gagnon pose avec le Parlement en perspective.

Nicole Gagnon, interprète au Parlement, en janvier 2021 (archives)

Photo : The Canadian Press / Adrian Wyld

Selon les résultats, 65 % des répondants qui n’ont pas de contrats ouverts, et qui veulent des contrats à la Chambre des communes, ne se font pas offrir d’affectation parlementaire.

Le sondage me surprend à certains égards, mais on se doutait qu’il n’y avait pas une pleine utilisation des interprètes accrédités, affirme-t-elle au micro de l'émission Les Matins d'ici, mercredi.

L’organisme s’explique bien mal qu’environ 60 % des répondants disent avoir consacré moins de 25 % de leur temps aux affectations parlementaires. Étonnant, si on pense que le Bureau de la traduction est le plus grand consommateur de services d’interprétation au Canada.

Les élus et le public écopent

Cet enjeu est d’importance, selon Nicole Gagnon, car le manque d’expertise des interprètes pourrait priver le public et les élus d’informations importantes.

Les élus débattent sur des enjeux importants, comme la pandémie [de COVID-19] et les changements climatiques. Ils veulent le faire dans les deux langues officielles, dit la porte-parole.

« Il est très important que les interprètes qui travaillent au cœur de notre démocratie soient qualifiés selon les normes du Bureau de la traduction. »

— Une citation de  Nicole Gagnon, porte-parole de l’AIIC Canada

La pénurie de main-d'œuvre qui sévit dans le domaine ne risque pas de s’estomper. Selon les prévisions de l’AIIC Canada, tous ceux qui possèdent 20 ans d’expérience en la matière seront à la retraite en 2027.

Parmi 94 répondants de tous âges, 49 % d’entre eux prévoient tirer leur révérence dans les cinq prochaines années.

Aussi, 68 % des sondés se disent prêts à identifier des interprètes prometteurs non accrédités afin d’aider au recrutement. Par contre, seulement 35 % se disent prêts à agir comme mentor auprès des candidats qui comptent passer l’examen d’accréditation fédérale.

De son côté, Nicole Gagnon encourage tous les interprètes non accrédités à passer ledit examen. S’il est talentueux, il n’a qu'à se présenter à son examen, et s’il réussit, on va l’accueillir à bras ouverts.

Au moment de publier cet article, le gouvernement de Justin Trudeau n’avait pas encore réagi à la sortie de l’AIIC Canada.

Services publics et Approvisionnement Canada se défend d'offrir des services de qualité

Dans une déclaration écrite, Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) assure fournir des services d’interprétation de qualité à l’appui du Parlement et des ministères et organismes fédéraux.

Le ministère dit faire uniquement appel à des interprètes accrédités et soutient qu'il sert le Parlement en priorité.

Par ailleurs, un examen d’accréditation est organisé chaque année afin d'élargir le bassin d’interprètes.

Parallèlement, tous les deux ans, Services publics et Approvisionnements Canada lance au nom du Bureau de la traduction un appel d’offres dans le but d’attribuer des contrats ouverts pour la prestation de services d’interprétation en langues officielles. [...] Le processus de contrat ouvert présente l’avantage de simplifier l’attribution des affectations d’interprétation, entre autres puisqu’il facilite l’accès à l’autorisation de sécurité requise pour travailler au Parlement. En 2021-2022, ce sont 88 interprètes qui ont ainsi reçu un contrat ouvert, dont 57 se sont dits prêts à travailler pour le Parlement, explique SPAC.

Le Bureau de la traduction offre le travail en priorité à ceux qui ont un contrat ouvert. Par contre, pour se voir attribuer une affectation au Parlement, les interprètes pigistes accrédités doivent détenir l’autorisation de sécurité requise, et être prêts à voyager s’ils se trouvent hors de la région de la capitale nationale.

Le ministère reconnaît toutefois que la demande peut fluctuer considérablement et que cela peut être contraignant pour les interprètes.

Afin d'encourager la relève à se diriger vers l'interprétation, le Bureau de la traduction dit collaborer étroitement avec les deux universités canadiennes qui offrent le programme de maîtrise en interprétation, soit l'Université d'Ottawa et l'Université de York.

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