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Homard : la pêche n’est pas rentable cette année, déplorent des pêcheurs

L'Union des pêcheurs des Maritimes dit que des pêcheurs pourraient même refuser de prendre la mer si rien ne changeait.

Les pêcheurs de homard reçoivent environ 4,50 $ à 5 $ la livre, dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, moins d'une semaine après le début de la saison de pêche.

Les pêcheurs de homard reçoivent environ 4,50 $ à 5 $ la livre, dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, moins d'une semaine après le début de la saison de pêche.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Radio-Canada

L'inflation galopante et le refroidissement des marchés frappent de plein fouet les pêcheurs de homard des Maritimes. Six jours après le début de la pêche dans le détroit de Northumberland, certains d’entre eux reçoivent un prix jusqu'à 40 % plus bas que l’an dernier pour leurs prises. Une organisation de pêcheurs estime que cela n’est pas rentable.

L’ambiance n’était pas à la fête au quai de Cap-Pelé, mardi après-midi. Les pêcheurs ont appris quel sera le prix qu'ils obtiendront pour le homard cette saison : entre 4,50 $ et 5 $ la livre. L’année dernière, à pareille date, ils obtenaient 7 $ la livre.

On a des prix, mais ce n’est pas fort. Ils disent que c'est bloqué partout, que le homard ne se vend pas, c'est ça la raison, explique le capitaine Guy Cormier. Moi je prends ça un jour à la fois, on n'est pas morts aujourd'hui.

Les pêcheurs ne sont pas satisfaits du prix qu'ils reçoivent pour leurs prises.

Au quai de Cap-Pelé, les pêcheurs ne sont pas satisfaits du prix qu'ils reçoivent pour leurs prises.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Ça dérange, mais ça ne donne rien de pleurer pour ça. On va juste savoir combien on a fait une fois qu'on aura terminé la saison, ajoute avec philosophie le capitaine Norbert Gaudet.

Une chute des prix qui fait mal aux pêcheurs

À ce prix-là, les capitaines pêchent à perte, selon l'Union des pêcheurs des Maritimes (UPM).

L’organisation reçoit des appels de pêcheurs, souvent nouvellement arrivés dans l'industrie et qui craignent de faire faillite si les prix ne remontent pas.

Les entreprises de pêche n'arriveront peut-être pas cette année. À 4,50 $, 5 $, on parle d'un prix qui est en dessous du seuil de rentabilité d'une entreprise de pêche, explique Luc LeBlanc, conseiller en pêches à l’UPM.

Du homard fraîchement pêché, au quai de Cap-Pelé, dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, le 16 août 2022.

Du homard fraîchement pêché, au quai de Cap-Pelé, dans le sud-est du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

L'Union des pêcheurs des Maritimes estime que, pour que leur entreprise soit rentable, les pêcheurs doivent obtenir au moins 6 $ la livre.

Ça prend au moins 7 $ pour runer les rigs qu'on a là. Tout monte, le fuel est plus cher, la bouette, les hommes de pont, faut que tu les payes aussi, estime pour sa part le capitaine Norbert Gaudet.

Toutefois, l’industrie n’est pas prête à garantir ce prix.

Malheureusement, l'espoir, ce n'est pas ce qui fait un marché. Nous, on a des réalités commerciales avec lesquelles on doit composer. On le souhaite tous, je veux que les pêcheurs puissent bien gagner leur vie. Mais y a aucune garantie [que les prix vont augmenter] et on prend ça d'une semaine à l'autre, explique Nat Richard, directeur général de l'Association des transformateurs de homard des Maritimes.

Un retour de balancier après une pandémie lucrative

Les pêcheurs ont connu des années d'or durant la pandémie, fait valoir Nat Richard.

L'année passée, on a atteint un seuil jamais vu de 3,2 milliards d'exportations. Toute l'industrie en entier, du pêcheur au transformateur, en a bénéficié, on a fait face à une demande absolument incroyable.

Cette année, les marchés connaissent un net recul.

Le directeur général de l'Association des transformateurs de homard des Maritimes, Nat Richard, le 16 août 2022.

Le directeur général de l'Association des transformateurs de homard des Maritimes, Nat Richard

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Le contexte économique a beaucoup changé et s'est beaucoup assombri au cours des derniers mois. On nous parle sans cesse de risque de récession, on sait l'impact que l'Ukraine a eu, on fait une sortie lente du COVID. Le marché est en perte de vitesse et s'affaiblit. Donc, si les marchés sont plus faibles, les prix payés aux pêcheurs vont être plus faibles, indique Nat Richard.

Les entrepôts frigorifiques sont pleins de crustacés invendus des saisons précédentes, le résultat du produit qui s'écoule au compte-gouttes.

Des moyens de pression?

L’UPM évoque de possibles moyens de pression si la situation n’évolue pas en faveur des pêcheurs au cours des prochains jours ou des prochaines semaines.

Luc LeBlanc, conseiller en pêches à l'Union des pêcheurs de Maritimes.

Luc LeBlanc, conseiller en pêches à l'Union des pêcheurs de Maritimes

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Les pêcheurs pourraient, par exemple, décider de ne pas pêcher ou de moins pêcher. Cela limiterait l’accès à la ressource pour les autres joueurs de l’industrie, comme les transformateurs, ce qui aurait un impact négatif sur leurs profits.

Garder un œil ouvert dans la prochaine semaine, il y aura des changements, c’est sûr, parce que les pêcheurs seront forcés de rentabiliser ou au moins de diminuer leurs pertes et arrêter de pêcher essentiellement, dit Luc LeBlanc, de l’UPM.

La saison de pêche au homard dans la zone 25, qui s’étend dans le sud-est du Nouveau-Brunswick et le sud-ouest de l’Île-du-Prince-Édouard, se termine le 12 octobre.

D'après un reportage de Nicolas Steinbach

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