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Le Canada aurait beaucoup à gagner avec la nouvelle loi climatique américaine

Une petite voiture est garée dans un stationnement réservé pour les véhicules électriques.

D'importants changements sont nécessaires pour adapter l'industrie automobile aux exigences de Washington. Ottawa pourrait jouer un rôle dans cette transformation.

Photo : La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD

Radio-Canada

Avec l'adoption récente, aux États-Unis, d'un important projet de loi visant notamment à lutter contre les changements climatiques, le Canada pourrait jouer un rôle de premier plan dans la transition vers des moyens de transport plus verts.

Le projet de loi en question a ainsi permis de faire disparaître un irritant dans les relations entre Washington et Ottawa, qui existait depuis plusieurs mois, à propos de la production de véhicules électriques. Désormais, le gouvernement américain offre un avantage fiscal à tout véhicule de ce genre fabriqué en Amérique du Nord, et non plus seulement aux États-Unis.

Parmi les autres dispositions contenues dans cette loi, on trouve également un fonds, riche de plusieurs centaines de millions de dollars, destiné à donner des ailes à une nouvelle industrie locale de production des composantes de batteries pour véhicules électriques.

Les États-Unis craignent de plus en plus de devenir dépendants de leur rival chinois pour se procurer les minerais essentiels à la fabrication des voitures et camions fonctionnant sans essence.

Plus tôt cette année, le président américain Joe Biden a invoqué le U.S. Defense Production Act pour lui permettre de financer des projets qui réduiraient la dépendance de Washington envers des nations rivales.

Le chef d'État dispose maintenant des sommes nécessaires pour ce faire : 500 millions de dollars américains sont prévus à cette fin dans la nouvelle loi, après qu'une autre tranche de 600 millions a été incluse dans un récent projet de loi visant à offrir davantage d'aide à l'Ukraine.

Ces fonds peuvent désormais être utilisés par la Maison-Blanche pour l'établissement de nouveaux fournisseurs pour le lithium, le nickel, le cobalt, le graphite et le manganèse, ainsi que les pompes à chaleur.

Une « occasion » pour le Canada

De ce côté-ci de la frontière, des responsables espèrent qu'une partie de cet argent sera investi pour développer de nouveaux projets de production de composantes de batteries au Canada.

Ces responsables citent un document, récemment publié sur le site web de la Maison-Blanche, qui décrit spécifiquement le Canada comme une source intérieure de matériaux, en vertu du Defense Production Act, et qui évoque de potentielles occasions de coopération dans le secteur des minerais essentiels.

De la façon dont le projet de loi est structuré, il y a une possibilité que nous puissions en tirer avantage, affirme Kirsten Hillman, l'ambassadrice canadienne aux États-Unis, en entrevue avec CBC News.

Cela alimentera la production intérieure aux États-Unis. Et on inclut également le Canada comme source intérieure. Alors nous anticipons qu'il y aura des occasions conjointes.

Le crédit d'impôt de la discorde

L'efficacité climatique de la nouvelle loi qui, dans ses projections les plus optimistes, devrait permettre de réduire les émissions d'environ 3,4 milliards de tonnes de CO2 d'ici 2030, dépend largement de la vitesse à laquelle les nombreux projets environnementaux et énergétiques seront lancés.

Parmi les sources d'incertitude, on retrouvait un crédit d'impôt qui a alimenté les tensions entre les États-Unis et le Canada, au point de pousser Ottawa à menacer d'imposer des tarifs douaniers sur des produits américains.

Une précédente version du projet de loi, intitulée Build Back Better, réservait effectivement une partie du crédit d'impôt aux véhicules assemblés uniquement aux États-Unis.

Le président de l'Automotive Parts Manufacturers Association, Flavio Volpe, évoque un piège évité en parlant des dispositions plus favorables au Canada dans le nouveau projet de loi. C'est peut-être même un gouffre qui a été évité.

Mais certains fabricants automobiles américains affirment que le nouveau crédit, justement, est largement inutile.

Pour qu'un véhicule ait droit au crédit maximal de 7500 $ US, sa batterie devra contenir de plus en plus de composantes produites en Amérique du Nord; le taux doit passer de 50 %, en 2024, à 100 % en 2028.

Le hic, c'est que l'Amérique du Nord produit peu de composantes de batteries.

[Aucun véhicule] ne se qualifierait pour le crédit complet lorsque les nouvelles exigences entreront en vigueur. Zéro, souligne, dans une lettre, un groupe de lobbying de l'industrie automobile.

Une analyse du Congressional Budget Office, un organisme non partisan aux États-Unis, révèle qu'un très faible pourcentage de véhicules permettraient de bénéficier du crédit.

Sur une période de 10 ans, à peine un million de véhicules seraient ainsi admissibles. Cela représente moins de 1 % des quelque 150 millions de véhicules qui devraient être vendus sur le territoire américain pendant cette décennie.

Photo aérienne de Lithium Amérique du Nord, à La Corne.

Le site de Lithium Amérique du Nord, à La Corne, pourrait faire partie de la chaîne d'approvisionnement pour fabriquer des batteries en Amérique du Nord.

Photo : Gracieuseté : Mathieu Dupuis

Le sous-sol canadien, l'avenir de l'industrie?

Voilà où pourrait entrer en jeu le secteur minier canadien.

L'une des compagnies qui aimeraient bien recevoir une partie de l'argent du gouvernement américain, afin de fournir des minerais essentiels, a déjà investi au Québec.

Keith Philipps, le président de Piedmont Lithium, une entreprise sise en Caroline du Nord, indique qu'il n'est pas encore possible de connaître les conditions qui seront établies par Washington, et encore moins quels sont les projets que les États-Unis souhaiteraient financer.

Son entreprise détient des parts minoritaires dans une mine de lithium, en Abitibi-Témiscamingue, où les opérations d'exploitation devraient débuter l'an prochain.

Selon M. Philipps, une mine du même genre coûterait 600 millions de dollars américains si on la construisait aux États-Unis; à ses yeux, l'argent public est une bouée de sauvetage pour des projets ayant rarement obtenu des prêts bancaires.

À Ottawa, on a déjà annoncé un budget de 4 milliards de dollars pour développer le secteur des minerais essentiels.

Cependant, le pays ne possède, pour l'instant, que 2,5 % des réserves connues de lithium et de manganèse, contre 3,1 % des réserves de cobalt.

À la tête de l'Association canadienne des constructeurs de véhicules, Brian Kingston se dit soulagé par certains changements contenus dans le nouveau projet de loi américain. Mais il s'inquiète notamment du fait que les fabricants ne peuvent atteindre les cibles de vente de véhicules sans émissions, établies par Ottawa, sans grandes transformations, que ce soit en capacité de recharge, en infrastructures énergétiques ou encore en incitatifs à l'achat.

En ce qui concerne une nouvelle chaîne d'approvisionnement nord-américaine, M. Kingston est clair : Celle-ci n'apparaîtra pas en une nuit.

D'après un texte d'Alexander Panetta, de CBC News

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