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Les Autochtones plus susceptibles de présenter un problème de jeu, selon Statistique Canada

Une silhouette devant un jeu de hasard et d'argent en ligne.

Les résultats de l'étude indiquent qu'une plus grande proportion d'Autochtones que de non-Autochtones ont déclaré avoir joué à des jeux de hasard au cours des 12 mois précédents.

Photo : Getty Images / Graeme Robertson

Sofiane Assous

Les Autochtones seraient plus susceptibles de présenter des comportements excessifs par rapport aux jeux de hasard que les non-Autochtones, selon une récente étude de Statistique Canada, intitulée Qui joue à des jeux de hasard et qui éprouve des problèmes de jeu au Canada.

Une plus grande proportion d'Autochtones (72,4 %) que de non-Autochtones (64,2 %) ont déclaré avoir joué à des jeux de hasard au cours des 12 mois précédents , affirme l'étude.

La différence pourrait s’expliquer, selon l'agence fédérale, par des croyances culturelles, une exposition accrue aux jeux de hasard et le recours aux jeux de hasard comme moyen temporaire d’échapper ou de faire face aux effets du racisme et de traumatismes.

Par ailleurs, selon les données de Statistique Canada, le pourcentage d'Autochtones susceptibles de présenter un risque modéré à élevé de développer des problèmes de jeu est trois fois supérieur à celui des non-Autochtones.

Prendre en compte la perspective historique

Le président de l'Association du Barreau autochtone (ABA), Drew Lafond, estime toutefois qu'il faut mettre ces données en perspective, car elles ne tiennent pas compte des traumatismes générationnels qui alimentent les dépendances et d'autres maladies mentales.

Toute discussion sur les jeux de hasard et les Premières Nations doit commencer par une perspective historique , indique-t-il.

Drew Lafond.

Pour le président de l'Association du Barreau autochtone, Drew Lafond, les Autochtones peuvent être plus susceptibles de souffrir de toxicomanie et d'autres maladies mentales en raison de traumatismes générationnels.

Photo : (Soumis par Drew Lafond)

Ayant grandi dans la Nation crie de Muskeg Lake, en Saskatchewan, Drew Lafond dit avoir ressenti les impacts générationnels des pensionnats et des politiques coloniales.

Les problèmes de santé mentale sont bien documentés lorsqu'il s'agit de faire face aux impacts générationnels des pensionnats et des politiques coloniales qui ont essentiellement éloigné les Autochtones de leurs communautés, affirme-t-il.

Il ajoute que tous ces facteurs ont eu un effet cumulatif sur le tissu culturel des Autochtones, qui s'efforcent actuellement de reconstruire leur propre nation.

Un homme joue devant une machine à sous virtuelle sur un écran.

L’Indice canadien du jeu excessif, qui permet d’évaluer le comportement lié au jeu excessif et les conséquences de ce comportement sur le joueur ou les autres, est utilisé pour repérer les personnes qui sont susceptibles de développer un problème de jeu.

Photo : Shutterstock / Alexander Kirch

Par ailleurs, Drew Lafond pense que, pour de nombreux Autochtones, le fait de pouvoir exploiter des casinos dans les Premières Nations revient à revendiquer leur droit à gérer une entreprise.

Le jeu a toujours fait partie des modes de vie et des antécédents culturels, cérémoniels et économiques des Premières Nations. C’est quelque chose qui fait partie intégrante de leur tissu culturel, précise Drew Lafond.

Un symptôme et la résultante des politiques d'assimilation

Le consultant Stratégies et enjeux autochtones Alexandre Bacon estime lui aussi qu'il faut être prudent avec l'interprétation de ces données : Il pourrait être tentant de dire que les Autochtones ont des problèmes de jeu, alors que, quelque part, c'est dangereux d'une certaine façon de faire ce raccourci.

Pour lui, ces données expriment plutôt une détresse chez les personnes qui s’adonnent aux jeux de hasard.

Alexandre Bacon sourit à la caméra.

Alexandre Bacon estime que les problèmes de jeu sont notamment un résultat des politiques d'assimilation qui ont été déployées au cours du dernier siècle.

Photo : Radio-Canada

Cela n'a rien à voir avec quelque chose de culturel, affirme Alexandre Bacon.

Il n'est pas dans la nature des Autochtones de jouer davantage aux jeux que n'importe qui d'autre, dit-il.

On le voit ailleurs dans le monde où des populations subissent des politiques d'assimilation comme on [en] a appliqué ici au Canada, ajoute-t-il. Je pense à l' Australie notamment, où l'on voit émerger chez ces populations-là différentes problématiques, des difficultés sociales et psychosociales.

Les problématiques de jeu sont encore davantage un symptôme et la résultante que l'on a de ces politiques d'assimilation et postcoloniales qui ont été déployées principalement au cours du dernier siècle, tranche Alexandre Bacon.

L'Alberta compte cinq casinos situés dans des collectivités autochtones. Chacun d’entre eux consacre des fonds pour soutenir les organismes de bienfaisance locaux.

Méthodologie de l'étude de Statistique Canada :

Statistique Canada a utilisé les données tirées de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC), menée du 3 juillet au 24 décembre 2018 au moyen d'entrevues assistées par ordinateur et d’entrevues en personne.

Le module de questions sur le jeu de hasard, financé par le Consortium canadien pour la recherche sur le jeu, a eu un taux de réponse de 58,8 %, correspondant à un échantillon final de 26 648 personnes. De ce nombre, 779 se sont définies comme ayant une identité autochtone. Les données recueillies pour ce groupe ont une marge d'erreur de 3,9 points de pourcentage, 19 fois sur 20.

Avec les informations d'Anna Wdowczyk

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