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Occuper l’espace public au-delà de la langue, le prochain défi des Acadiens

À l’occasion de la fête nationale, deux sociologues s’intéressent à l’Acadie de demain.

Les sociologues Mathieu Wade et Michelle Landry, à Moncton, le 15 août 2022.

Les sociologues Mathieu Wade et Michelle Landry, à Moncton, le 15 août 2022

Photo : Radio-Canada / Catherine Allard

Les sociologues Mathieu Wade et Michelle Landry estiment que l’Acadie de 2022 est « plus stable » et « plus institutionnalisée » que par le passé. Toutefois, ils croient que, pour aller plus loin, les Acadiens du Nouveau-Brunswick devront se tailler une plus grande place dans les lieux de pouvoir et s’intéresser à un plus grand éventail d'enjeux.

Selon eux, le projet acadien n’a pas changé.

Vivre en français et se donner des institutions : c’était le projet de société à l’époque et c’est encore ça. Ce projet n’a pas disparu, il est encore présent et il y a des gens qui le portent et qui le défendent, mais juste pas de la même manière, explique Michelle Landry, professeure de sociologie à l’Université de Moncton et titulaire de la Chaire de recherche sur les minorités francophones canadiennes et le pouvoir.

Elle note que les institutions acadiennes sont plus nombreuses que jamais; une réalité qui a un impact sur le climat social et sur la mobilisation des Acadiens.

Quand la population sent qu’il y a des gens et des organismes qui sont là pour défendre [ses] intérêts, qu’ils sont proches des fonctionnaires, des sous-ministres, du gouvernement, [elle va] peut-être moins se mobiliser, dit Michelle Landry. J’ose espérer que, s’il y avait un réel affront, que la population se mobiliserait.

Si les organismes étaient moins forts, il y aurait probablement davantage de mobilisation, des lettres d’opinion, des choses comme ça, ajoute Mathieu Wade, professeur de sociologie à l’Université de Moncton.

S’approprier davantage l’espace public

Ces deux sociologues sont toutefois d'avis que les Acadiens gagneraient à créer une sphère publique où leurs voix seraient plus présentes, en participant à des projets qui déborderaient de la défense de la langue.

Pour maintenir [la santé de l’Acadie], c’est de trouver une manière de rendre l’Acadie pertinente dans tous les enjeux, qu’ils soient environnementaux, sociaux, comment y intégrer l’Acadie, dit Mathieu Wade.

Les deux sociologues nomment, entre autres, les enjeux démographiques, la protection de l’environnement et la montée des eaux, la petite enfance et la dualité dans le réseau des garderies, l’urbanisme et la politique municipale.

Les municipalités [francophones] sont des institutions acadiennes par défaut, mais elles ne jouent pas toutes ce rôle. Elles ne vont pas toutes défendre la langue française et les enjeux acadiens, en mettant en place des politiques d’affichage, par exemple, explique Michelle Landry.

« Il y a des domaines où les Acadiens pourraient jouer un rôle beaucoup plus politique. On pourrait voir ces institutions comme des institutions acadiennes, mais les acteurs en place ne vont pas nécessairement jouer ce jeu. »

— Une citation de  Michelle Landry, sociologue

Mathieu Wade est d'avis que la restauration de la rivière Petitcodiac, en faveur de laquelle milite l’organisme Sentinelles Petitcodiac, est un exemple de réussite.

Ce n’était pas un enjeu acadien, mais les Acadiens ont investi la cause avec une saveur particulière et ça a existé dans l’espace public acadien d’une autre manière que dans l’espace anglophone. C’est un bel exemple qui mériterait d’être répliqué, explique-t-il.

Accepter de ne pas avoir de consensus

Mathieu Wade estime que les Acadiens, et plus largement les Néo-Brunswickois, n’ont pas encore atteint une maturité politique.

Selon lui, si les Acadiens veulent gagner en influence, ils n’auront d’autres choix que d'accorder une plus grande place aux débats.

Il faudra accepter qu’il n’y aura pas de consensus. On est habitué, dans le milieu associatif, à fonctionner plutôt par consensus où on n'a pas une logique de parti et d’affrontements idéologiques. Ce sera d’investir des lieux de pouvoir et d’accepter qu’il peut y avoir des affrontements idéologiques et que ça fait partie d’un processus normal d’une société, souligne-t-il.

Il est également déçu de constater les faibles taux de participation aux élections municipales. Ces scrutins permettent non seulement d'élire les conseillers municipaux et les maires, mais aussi les conseillers scolaires et certains administrateurs des réseaux de santé.

On s’est battus pour ça. Servons-nous-en. Ayons de réels débats et des alternatives politiques pour quand on vote pour une option ou pour une autre. Ce serait un exemple de maturité politique.

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