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L’armée française quitte le Mali dans l’opprobre

Un manifestant souffle dans une vuvuzela tandis qu'un autre brandit un drapeau russe lors d'une manifestation organisée pour célébrer l'annonce de la France de retirer les troupes françaises du Mali.

Le président français a annoncé en février le retrait des troupes du Mali après une rupture des relations avec la junte militaire au pouvoir dans le pays.

Photo : afp via getty images / FLORENT VERGNES

Agence France-Presse

Plus de neuf ans après avoir été accueillis au Mali comme des « sauveurs » face aux groupes djihadistes, les militaires français ont achevé lundi leur retrait du pays, dans un climat d'acrimonie avec les colonels au pouvoir et d'hostilité grandissante de la population locale.

Ce jour, à 13 h [heure de Paris], le dernier détachement de la force Barkhane présent sur le sol malien a franchi la frontière entre le Mali et le Niger. Il provenait de la plateforme opérationnelle désert de Gao, transférée aux forces armées maliennes depuis ce matin, a annoncé l'état-major des armées, qui se félicite du fait que ce défi militaire logistique majeur ait été relevé en bon ordre et en sécurité.

Ce retrait, ordonné le 17 février par le président Emmanuel Macron, met un terme à près d'une décennie d'intervention militaire française au Mali, probablement le dernier engagement de cette ampleur avant longtemps.

Le chef de l'État a salué dans un communiqué l'engagement des militaires français qui, depuis neuf années, ont combattu les groupes armés terroristes dans le Sahel et dont 59 ont payé le prix de leur vie.

« Leur sacrifice nous oblige et nous rappelle que nos soldats ont, durant ces années, préservé l'unité du Mali, empêché la constitution d'un califat territorial et lutté contre les groupes terroristes qui frappent les populations locales et menacent l'Europe. »

— Une citation de  Emmanuel Macron, président de la France

Leur efficacité durant toutes ces années et jusqu'à ces derniers jours a été démontrée par la neutralisation de la plupart des plus hauts cadres de la hiérarchie des groupes terroristes sahéliens, ajoute-t-il.

Dans une critique implicite des autorités maliennes issues de deux coups d'État, il réaffirme sa volonté de poursuivre cet engagement aux côtés de tous les États qui font le choix de la lutte contre le terrorisme et du respect de la stabilité et de la coexistence entre les communautés en Afrique de l'Ouest.

Des soldats en uniforme dans une rue, où on voit aussi des passants.

Des soldats français de la force Barkhane patrouillent dans les rues de Tombouctou, dans le nord du Mali en décembre 2021.

Photo : afp via getty images / THOMAS COEX

À l'opération Serval lancée en janvier 2013 contre les groupes djihadistes qui avaient conquis le nord du pays et menaçaient de descendre sur Bamako, la capitale, a succédé en août 2014 Barkhane, visant les djihadistes disséminés dans les pays de la bande sahélo-saharienne, qui a mobilisé jusqu'à 5500 hommes sur le terrain en 2020.

Cette présence militaire au Sahel sera divisée par deux d'ici la fin de l'année, à environ 2500 militaires. Le Niger a accepté le maintien d'une base aérienne à Niamey et l'appui de 250 soldats pour ses opérations militaires à la frontière malienne.

Le Tchad continuera à héberger une emprise française à N'Djamena, et la France espère conserver un contingent de forces spéciales à Ouagadougou, la capitale burkinabée. Paris discute avec d'autres pays d'Afrique de l'Ouest pour proposer son appui, notamment dans le golfe de Guinée.

Mais les interventions militaires françaises vont évoluer vers des dispositifs moins posés et moins exposés, a affirmé Emmanuel Macron le 13 juillet.

Des manifestants brandissant des drapeaux et des pancartes, dont une hostile à la France.

Manifestation anti-française dans la capitale du Mali, Bamako, en février 2022.

Photo : AFP

Il s'agit notamment d'éviter la cristallisation parmi les populations d'une hostilité contre l'ancienne puissance coloniale, alimentée par la persistance de l'insécurité et attisée, selon Paris, par des campagnes de désinformation délibérées sur les réseaux sociaux.

Ce retrait solde près d'un an de relations de plus en plus acerbes entre Paris et les colonels au pouvoir à Bamako depuis le putsch contre le président Ibrahim Boubacar Keïta, en août 2020.

Les colonels, qui se sont tournés vers la Russie – allant même jusqu'à s'assurer les services du groupe paramilitaire russe Wagner, selon Paris et l'ONU –, ont rompu en mai les accords de défense avec Paris et ses partenaires européens, après avoir fait de l'obstruction pendant des mois contre Barkhane.

Bamako, qui réfute avoir fait appel à Wagner, a reproché en juillet au président français une posture néocoloniale, selon l'expression du porte-parole du gouvernement, le colonel Abdoulaye Maïga, l'accusant d'attiser les haines ethniques par ses critiques contre l'armée malienne.

Embuscade

Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, a affirmé avoir tué quatre paramilitaires du groupe de sécurité privé russe Wagner dans une embuscade dans le centre du Mali.

L'information a été confirmée à l'AFP par deux élus locaux et une source hospitalière, tandis qu'un haut responsable de l'armée malienne, dans le centre du pays, se refusait de la confirmer ou de l'infirmer.

Il réagissait à des propos de M. Macron pour qui les choix faits par la junte malienne aujourd'hui et sa complicité de fait avec la milice Wagner sont particulièrement inefficaces pour lutter contre le terrorisme, ça n'est d'ailleurs plus leur objectif.

Abdoulaye Diop serre la main de Sergueï Lavrov.

Le ministre des Affaires étrangères malien, Abdoulaye Diop, s'est rendu à Moscou en mai dernier, où il a été reçu par son homologue Sergueï Lavrov. En juillet, le ministre russe des Affaires étrangères a effectué une tournée dans plusieurs pays africains.

Photo : AP / Yuri Kadobnov

Au Mali, la France s'est trouvée prise, selon les experts, entre une logique politique qui lui dictait de partir le plus rapidement possible et une logique d'efficacité militaire qui l'incitait, au contraire, à rester jusqu'à ce que les armées locales puissent prendre la relève.

On sait maintenant, depuis l'Afghanistan, qu'une opération extérieure avec beaucoup de forces occidentales au sol ne peut pas durer éternellement, expliquait ainsi à l'AFP, il y a quelques mois, Alain Antil, spécialiste du Sahel à l'Institut français des relations internationales (IFRI), qui soulignait les limites des grosses opérations, avec beaucoup d'hommes, beaucoup de présence sur le terrain et beaucoup de visibilité politique.

Si demain on bascule vers des dispositifs [avec] plus de soutien au combat de certains bataillons d'armées nationales, de travail de forces spéciales, d'appui aérien, l'exposition politique de la France sera beaucoup moindre, avec une efficacité qui sera toujours là, selon lui.

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