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Analyse

Les républicains ont-ils perdu leur boussole?

Huit jours après la perquisition choc dans le domaine floridien de Donald Trump, l’hystérie qui s’est emparée des républicains a pris des proportions irréelles.

Des partisans de Donald Trump brandissant des drapeaux portant son nom ou le présentant comme un combattant armé.

Certains partisans de Trump continuent de le soutenir de façon indéfectible.

Photo : afp via getty images / GIORGIO VIERA

Les changements de versions, dénis, mensonges, inventions de toutes pièces et graves menaces qui ont fusé en disent long sur la conscience morale du parti qui s’est autoproclamé celui de « la loi et l’ordre ».

Depuis cette perquisition qui a conduit à la saisie de documents ultrasecrets que Donald Trump ne pouvait, de par la loi, conserver chez lui, les explications données par l’ancien président sur son réseau Truth Social, parfois fantaisistes, souvent illogiques et mensongères, ont donné le ton au Parti républicain. Bon nombre de ténors du Grand Old Party n’ont fait que les répéter, tels de bons perroquets.

Peu après qu’eut été rendue publique la perquisition, Donald Trump a d’abord déclaré qu’il avait pourtant travaillé en collaboration avec le FBI et que celui-ci était entré à Mar-a-Lago de manière inappropriée. Puis, au fur et à mesure que l’agence révélait avoir récupéré près d'une douzaine d'ensembles de documents classifiés, il a suggéré que les agents avaient placé de fausses preuves pour l’incriminer.

Devant l’énormité de tels propos et le sérieux du FBI dans cette affaire, l’ancien locataire de la Maison-Blanche a alors bifurqué vers une autre explication : il avait le pouvoir permanent de déclassifier des documents qui sortent de la Maison-Blanche et se retrouvent à sa résidence. Donc, si on suit l’évolution de la défense de Donald Trump, le FBI avait donc mis de fausses preuves qu’il aurait finalement déclassifiées avant de quitter ses fonctions… Absurde, non?

Christopher Wray, la main droite levée.

Le directeur du FBI, Christopher Wray, a été nommé par l'ex-président Donald Trump.

Photo : Getty Images / Alex Wong

Et comme une attaque contre Barack Obama ne fait jamais de tort pour promouvoir sa campagne de financement sur le thème de la persécution politique du FBI, Donald Trump a alors prétendu que son prédécesseur avait fait la même chose avec des documents classifiés. Le président Barack Hussein Obama a conservé 33 millions de pages de documents, dont la plupart sont classifiées, a déclaré M. Trump. Combien d'entre eux concernaient le nucléaire? Apparemment, beaucoup!

Sauf que la National Archives and Records Administration (NARA), qui conserve les archives après le départ d'un président, a confirmé que Barack Obama avait bel et bien remis ses documents, comme l'exige la loi de 1978 sur les archives présidentielles.

Rappelons que le mandat de perquisition rendu public a montré que Donald Trump fait l'objet d'une enquête pour une violation potentielle de la loi sur l'espionnage et une possible obstruction à la justice.

Mais, d'après certains républicains, une perquisition légalement exécutée dans la propriété de M. Trump ne mérite que l’opprobre et des menaces, puisqu'évidemment, selon eux, il s’agit d’une attaque ciblée par la Maison-Blanche qui se sert du département de la Justice comme d’une arme pour se débarrasser de l’ex-président. Ils en viendraient presque à oublier que le directeur du FBI, Christopher A. Wray, a été nommé à son poste par Donald Trump lui-même.

Une flopée de soutiens

Les idées de complot véhiculées par Donald Trump ont donc trouvé écho auprès non seulement de ses fidèles, mais aussi de grandes pointures du parti qui, pour la plupart, se sont unies derrière leur ancien patron pour le défendre. Parmi eux, Mike Pence, potentiel adversaire à l’investiture républicaine.

Pourtant, en octobre 2016, il se réjouissait que le FBI rouvre une enquête sur le fameux serveur de courriels d’Hillary Clinton parce que, disait-il, personne n’est au-dessus des lois. La semaine dernière, pendant la perquisition, l'ancien vice-président disait maintenant partager l’inquiétude profonde de millions d'Américains à propos de la perquisition sans précédent chez son ancien colistier. Deux poids, deux mesures?

Elise Stefanik, au podium, parle au micro tandis qu'à l'arrière, trois autres membres du Parti républicain la regardent.

Des ténors du Parti républicain, dont Elise Stefanik, représentante de l'État de New York, se sont rangés derrière Donald Trump pour fustiger le FBI.

Photo : Getty Images / Alex Wong

Alors que Marco Rubio, sénateur floridien, mentionnait une république bananière, son collègue Rick Scott, président du Comité sénatorial national républicain, déclarait que le gouvernement fédéral avait suivi la voie de la Gestapo.

De l'avis du gouverneur de Floride, Ron DeSantis, la perquisition du FBI était une nouvelle escalade dans la militarisation des agences fédérales contre les opposants politiques du régime. Même son de cloche chez Elise Stefanik, au troisième rang des représentants républicains à la Chambre : Il doit y avoir une enquête immédiate sur Joe Biden et son administration pour avoir utilisé le FBI et le département de la Justice contre leurs opposants politiques.

Le gouverneur du Texas, Greg Abbott, a quant à lui déclaré que la perquisition était nixonienne de niveau supérieur pour cibler un ancien président et rival politique. Quant à Marjorie Taylor Greene, la volubile représentante de la Georgie, elle a évoqué ouvertement le définancement du FBI. Le parti de la loi et l'ordre?

Enfin, Ronna McDaniel, présidente du Parti républicain, déclarait à brûle-pourpoint sur Twitter, il y a cinq jours : Combien de temps avant que les démocrates n’envoient une "équipe SWAT" de l’IRS [l’administration des impôts fédéraux] pour le kiosque de limonade de vos enfants?

Des menaces contre les forces de l'ordre

Serez-vous dès lors surpris que le FBI enquête sur un nombre sans précédent de menaces contre le personnel et les biens de l’agence depuis ce déferlement républicain?

Un agent des forces de l'ordre devant l'entrée du domaine de Mar-a-Lago.

La perquisition au domaine de Mar-a-Lago, en Floride, continue de faire des vagues politiques.

Photo : afp via getty images / GIORGIO VIERA

L’agence fédérale ainsi que le département de la Sécurité intérieure ont également publié un bulletin conjoint avertissant de menaces violentes contre les forces de l'ordre fédérales, les tribunaux de même que le personnel et les installations du gouvernement. Pire que cela, les noms des deux agents qui ont signé les documents du mandat de perquisition ont circulé en ligne, grâce à des médias et comptes de réseaux de droite.

Croyez-le ou non, toute cette tempête de Mar-a-Lago a même fait dire à certains républicains que l’idée que les agences gouvernementales soient utilisées par la gauche pour cibler les opposants politiques contribuerait à faire gagner Donald Trump en 2024.

Quelle boussole?

De par son côté naturellement partisan, un parti politique se doit de se doter d’une boussole qui va le guider lors de sa navigation dans les eaux parfois troubles des prises de décisions, des controverses et des problèmes opérationnels. Normal, donc, qu’il se constitue une boussole morale. Mais on dirait que le Parti républicain a beaucoup de difficulté à trouver son nord.

Cette tornade politique autour de la perquisition chez Donald Trump souffle au moment où le parti, sous l’influence de l’ex-président, a sélectionné, dans plus de la moitié des primaires qui se sont déroulées dans 41 États jusqu’ici, des candidats ayant choisi de se ranger derrière le mythe de l’élection volée de 2020, pourtant maintes fois démonté devant les tribunaux.

Après une décision controversée de la Cour suprême sur l’accès à l'avortement, les nombreuses adoptions de projets de loi des démocrates au Congrès, la baisse continue du taux d’inflation et une certaine fatigue des Américains face à la saga Trump couronnée par la perquisition et ses retombées, les électeurs pourraient bien décider de bouder un Parti républicain déboussolé.

Est-ce un hasard si la prévision de vague rouge concernant les deux chambres du Congrès en novembre prochain perd un peu de sa puissance, selon les plus récents sondages? Les démocrates ne s’attendent pas forcément à éviter le courroux des électeurs aux élections de mi-mandat. Mais sera-t-il aussi dramatique que prévu il y a quelques mois?

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