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William Ruto élu sur le fil président du Kenya dans une ambiance chaotique

Un recours devant la Cour suprême est fort probable étant donné le faible écart de voix.

Des militaires et des civils se chamaillant.

Le dévoilement des résultats de l'élection présidentielle au Kenya n'a pas fait que des heureux.

Photo : Reuters / THOMAS MUKOYA

Agence France-Presse

Le vice-président sortant William Ruto a été déclaré lundi vainqueur de l'élection présidentielle du 9 août, dans une ambiance houleuse marquée par des désaccords au sein de la Commission électorale et l'éruption de violences localisées.

À l'issue d'un scrutin pacifique et d'une interminable attente de six jours, l'ambitieux et riche homme d'affaires de 55 ans, parti de rien, a été déclaré vainqueur.

Le vice-président sortant qui faisait figure de challenger a cumulé 50,49 % des voix contre 48,85 % pour son principal rival, l'ancien opposant historique Raila Odinga soutenu par le pouvoir, selon le président de la Commission électorale (IEBC), de laquelle se sont désolidarisés la majorité de ses membres.

Dans un pays historiquement marqué par les tensions tribales, il est le deuxième membre de l'ethnie kalenjin à devenir chef d'État après Daniel arap Moi (1978-2002) depuis l'indépendance en 1963.

Il succède à Uhuru Kenyatta, un Kikuyu, pour être le cinquième président du Kenya au terme d'une des élections les plus serrées de l'histoire de son pays.

William Ruto montre un document.

Le vice-président sortant, William Ruto, après avoir été déclaré vainqueur de l'élection présidentielle au centre national de décompte de l'IEBC, à Nairobi.

Photo : Reuters / THOMAS MUKOYA

Je travaillerai avec tous les leaders politiques, dans un pays transparent, ouvert et démocratique, a immédiatement assuré Ruto dans un discours télévisé.

Il n'y a pas de place pour la vengeance, a-t-il poursuivi, se disant totalement conscient que le Kenya est à un stade où nous avons besoin de tout le monde sur le pont.

La victoire des gens en bas de l'échelle

À Eldoret, son bastion, une foule de plusieurs milliers de personnes a laissé éclater sa joie, certains allant jusqu'à oublier d'écouter le discours de leur leader, chantant ou prononçant des prières les yeux fixés au ciel, tandis que des motos-taxis faisaient hurler leurs klaxons à travers la ville.

C'est la victoire de tous les gens qui sont en bas de l'échelle, les boda bodas, les mama mbogas qui vendent des légumes sur les bords de route, s'est réjouie Winnie Ndalut, professeure de biologie de 35 ans.

En début de soirée, depuis le centre national de comptage de la Commission électorale sous haute surveillance policière, son président Wafula Chebukati a annoncé la victoire de William Ruto avec 7,17 millions de votes contre 6,94 millions pour Odinga. Dans un contexte de pression extrême, le président de l'IEBC a par ailleurs déclaré avoir subi intimidations et harcèlement.

Quelques minutes avant cette annonce, quatre des sept commissaires de l'IEBC ont tenu une conférence de presse inattendue, dans un hôtel de Nairobi, et affirmé qu'ils rejetaient ces résultats. Ils n'ont cependant pas le pouvoir de les annuler.

« À cause du caractère opaque du processus [...] nous ne pouvons pas assumer la responsabilité des résultats qui vont être annoncés. »

— Une citation de  Juliana Cherera, vice-présidente de l'IEBC

Des violences ont éclaté lundi soir dans certains quartiers populaires de la capitale Nairobi, dont Mathare et Kibera, deux bastions d'Odinga.

À Kisumu, un autre de ses bastions, la police a tiré des gaz lacrymogènes face à des manifestants qui jetaient des pierres et dressaient des barrages avec de grosses pierres. Des magasins ont été pillés.

Nous avons été dupés, a déclaré Isaac Onyango, 24 ans, dans une rue bouclée par deux grands brasiers et des pierres.

Les résultats de toutes les présidentielles depuis 2002 y ont été contestés. Celle de 2017 avait même été annulée par la Cour suprême – une première en Afrique –, saisie alors par M. Odinga.

Dix ans plut tôt, la contestation des résultats de la présidentielle, également par M. Odinga, avait conduit à des affrontements interethniques faisant plus de 1100 morts et des centaines de milliers de déplacés.

Une contestation judiciaire à prévoir

Malgré ces épisodes postélectoraux mouvementés, le Kenya est considéré comme un îlot de stabilité dans la région, dont plusieurs dirigeants ont félicité lundi soir la victoire de William Ruto.

L'ambassade des États-Unis a quant à elle réservé ses félicitations au peuple kényan et à l'IEBC, demandant aux chefs de partis d'appeler leurs soutiens à s'abstenir de toute violence et d'employer les mécanismes existants pour la résolution de conflit.

Raila Odinga.

Raila Odinga, le chef de l'opposition kényane

Photo : Getty Images / Donwilson Odhiambo

Durant la campagne, MM. Odinga et Ruto, qui se connaissent bien pour avoir été alliés par le passé, ont assuré qu'ils respecteraient les résultats d'élections libres et transparentes, s'engageant à porter leurs éventuels griefs en justice.

Étant donné le faible écart de voix – environ 233 000 – un recours devant la Cour suprême est fort probable.

Le camp d'Odinga aura sept jours pour le déposer. Le candidat lui-même ne s'est pas exprimé, mais sa colistière Martha Karua a déclaré sur Twitter : Ce n'est pas fini tant que ce n'est pas fini.

Avant elle, un membre de leur coalition Azimio la Umoja, Saitabao Kanchory, avait évoqué des piratages et des irrégularités lors de l'élection qui, selon lui, est peut-être la plus mal gérée de l'histoire de notre pays.

Moins de deux Kényans sur trois ont voté

Le scrutin, qui comprenait également les élections législatives et locales, a été marqué par une participation en baisse, à environ 65 %, contre 78 % en 2017.

Une certaine désillusion à l'égard du politique mais aussi l'actuelle flambée des prix ont dominé la campagne électorale. La pandémie, puis la guerre en Ukraine ont en effet durement touché cette locomotive économique régionale qui, malgré une croissance dynamique (7,5 % en 2021), reste très inégalitaire.

Défendant une économie du bas vers le haut, William Ruto s'est proclamé porte-parole des débrouillards face aux dynasties politiques incarnées par Kenyatta et Odinga.

Il devra également avec son vice-président Rigathi Gachagua, comme lui empreint d'une réputation sulfureuse, faire face à l'envolée de la dette et à la corruption endémique.

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