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Les prévisions financières du gouvernement sont « plausibles », malgré l’instabilité

Guylaine Leclerc parle en conférence de presse.

La vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc

Photo : La Presse canadienne / Francis Vachon

Le gouvernement de la Coalition avenir Québec a fait ses devoirs, si l'on en croit le rapport que vient de déposer la vérificatrice générale concernant les prévisions préélectorales du ministre des Finances. En somme, les hypothèses retenues pour dresser le portrait financier de la province à l'aube des élections sont « plausibles », malgré une incertitude économique inhabituelle.

C'est ce que conclut Guylaine Leclerc dans son très attendu rapport intitulé Analyse détaillée du vérificateur général du Québec portant sur le rapport préélectoral 2022, qu'elle a qualifié d'exercice exigeant, qui demande beaucoup de rigueur en conférence de presse, lundi.

Selon elle, les prévisions économiques du gouvernement constituent une base adéquate à partir de laquelle les revenus et les dépenses de la province sont prévus jusqu'en 2024-2025.

Elle estime également que les prévisions des revenus tiennent compte des plus récentes statistiques fiscales, de même que des prévisions économiques, des mesures budgétaires annoncées, des lois en vigueur et des ententes signées avec le gouvernement du Canada.

En ce qui concerne les dépenses, les prévisions incluent l’ensemble des mesures budgétaires annoncées ainsi que le financement nécessaire pour reconduire les activités et les programmes de l’État, écrit Mme Leclerc.

« L’incertitude entourant ces prévisions est toutefois très élevée compte tenu notamment de la flambée de l’inflation qui engendre le resserrement des politiques monétaires tant à l’échelle mondiale qu’à l’échelle canadienne, de la guerre en Ukraine et des effets persistants de la pandémie partout sur la planète. »

— Une citation de  Guylaine Leclerc, vérificatrice générale du Québec

Elle montre aussi du doigt la rareté de la main-d'œuvre comme un problème potentiel qui pourrait empêcher le gouvernement de réaliser entièrement les dépenses prévues. Par exemple, il serait possible que le gouvernement n'arrive pas à embaucher autant de nouveaux employés qu'il le souhaiterait dans le réseau de la santé, ce qui aurait un effet atténuant sur les dépenses.

Cette instabilité inhabituelle fait dire à la vérificatrice que le surplus budgétaire pourrait être supérieur aux prévisions en raison de l'inflation, ce qui améliorerait le solde budgétaire d’autant, surtout si les risques de récession économique ne se concrétisent pas et que le gouvernement ne peut réaliser toutes les dépenses prévues.

Au 31 mars 2023, le gouvernement prévoit un surplus budgétaire de 1,7 milliard de dollars, ce que la vérificatrice qualifie de plausible. En 2024, le surplus devrait être de 2,6 milliards, puis, en 2025, de 3,1 milliards.

Le ministre des Finances a par ailleurs inscrit des provisions de 2,4 milliards de dollars pour 2022-2023 et de 2,25 milliards l'année suivante, un coussin pour les imprévus d'une hauteur pertinente, a jugé Mme Leclerc, sans pouvoir établir s'il est vraiment suffisant, compte tenu du climat d'incertitude ambiant.

Mme Leclerc apporte cependant un bémol dans son analyse : Il aurait été utile, à l’instar d’autres institutions, de présenter un scénario alternatif permettant d’estimer l’incidence potentielle de la matérialisation des principaux risques actuels sur les perspectives économiques et sur le cadre financier.

Elle cite l'exemple du gouvernement fédéral, qui a produit un scénario alternatif dans ses prévisions budgétaires en tenant compte de fluctuations du PIB, du taux de chômage, du prix du pétrole et de l'indice des prix à la consommation (IPC), entre autres, pour déterminer les effets sur les surplus et le ratio de la dette.

Mme Leclerc aurait ainsi voulu voir un scénario qui considère les effets d'une récession au Québec. Ç'aurait été non seulement intéressant, mais utile. [...] De cette manière, les partis politiques sont mieux outillés pour prendre des décisions dans leur plateforme électorale, ajoute-t-elle.

Québec ne prévoit pas de récession

Rapport préélectoral : retour à l'équilibre budgétaire à Québec et promesse de baisse d'impôt. Entrevue avec le ministre des Finances Éric Girard.

En point de presse, lundi, le ministre des Finances, Eric Girard, a dit s'attendre à ce que la progression de l'activité économique du Québec se poursuive.

L'année 2021 a été remarquable, le Québec a surperformé, a-t-il commenté. Pour 2022, nous augmentons la prévision de croissance à 3,4 % – c'était 2,7 % au budget –, principalement en raison de la force du premier trimestre. Mais pour 2023, la prévision est abaissée de 2 % à 1,7 %. [...] Donc la croissance ralentit.

« En dépit du contexte difficile, de l’incertitude qui entoure la croissance de l’économie mondiale, le Québec poursuit sa croissance. Nous ne prévoyons pas de récession. Ce n’est pas le scénario le plus probable. »

— Une citation de  Eric Girard, ministre des Finances du Québec

Le ministre admet cependant qu'on ne peut pas complètement rejeter le scénario d’une récession.

M. Girard anticipe une normalisation de l'inflation : on prévoit 6,7 % pour l'année 2022, mais 3,2 % en 2023. Il y a toujours un choc au niveau du coût de la vie en 2022, [...] mais l’inflation a atteint son sommet, on le souhaite, en juin.

Le cadre financier est prudent et responsable, a aussi assuré le ministre. La saine gestion des finances publiques est une priorité du gouvernement, tout comme le financement adéquat des principales missions de l’État, soit la santé, l’éducation, l’environnement, l’enseignement supérieur, a-t-il ajouté.

Et en campagne électorale, nous proposerons aux Québécois de continuer le travail. [...] Nous voulons réduire le fardeau fiscal des Québécois avec une baisse d’impôt, parce qu’ils sont les citoyens les plus taxés en Amérique du Nord.

Les Québécois supportent un fardeau fiscal qui est approximativement 4 à 5 % supérieur, en proportion du PIB, que la moyenne des provinces canadiennes, a commenté Eric Girard. C’est important que [la baisse d'impôt] soit bien faite, de manière ordonnée et responsable, pour stimuler notamment l’offre de travail.

Les familles souffrent, disent les libéraux

Le Parti libéral du Québec a réagi par la bouche de son porte-parole en matière de finances publiques, Carlos Leitão, qui s'est empressé d'attribuer l'amélioration marquée des finances publiques à l'inflation.

J’ai entendu M. Girard parler de la bonne tenue des finances publiques. Soyons clairs, c’est l’inflation. C’est l’inflation en 2021, c’est l’inflation en 2022, qui a été beaucoup plus élevée que ce qui avait été prévu par le ministère des Finances, a-t-il commenté.

Les coffres du gouvernement sont bien garnis, mais en même temps, les individus et les familles souffrent parce que l’inflation, c’est une hausse du coût de la vie qui affecte tout le monde, mais qui n’affecte pas tout le monde de la manière, a renchéri M. Leitão, dont le parti promet lui aussi une réduction du fardeau fiscal des Québécois.

Carlos Leitão parle en conférence de presse.

Carlos Leitão, porte-parole de l’opposition officielle en matière de finances publiques

Photo : La Presse canadienne / Francis Vachon

« Le gouvernement a le pouvoir d’aider les gens depuis plusieurs mois déjà et il ne l’a pas fait. [...] Ce qu’ils ont fait, avec les chèques de 500 $, à notre avis, ç’aurait dû être mieux ciblé. »

— Une citation de  Carlos Leitão, porte-parole de l'opposition officielle en matière de finances publiques

Si M. Leitão n'a pas voulu se prononcer sur les probabilités qu'une récession frappe le Québec, il s'est toutefois dit d'accord avec le ralentissement prévu de la croissance. Moi, je trouve que c’est trop optimiste de penser que déjà, dans les prochains mois, l’inflation va diminuer de beaucoup, a ajouté l'ex-ministre des Finances sous Philippe Couillard.

C'est d'ailleurs à l'initiative des libéraux que le gouvernement est tenu depuis 2015 de présenter un rapport complet sur l’état des finances publiques avant le déclenchement d’une campagne électorale, et de le faire valider par un œil externe.

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