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Kenya : duel serré pour la présidence, les appels à l’unité se multiplient

Une urne scellée.

Depuis leur vote de mardi, les Kényans retiennent leur souffle devant ce duel présidentiel qui pourrait être un des plus serrés de l'histoire de leur pays.

Photo : Getty Images / AFP / BRIAN ONGORO

Agence France-Presse

Les appels à la paix et à l'unité ont résonné dimanche à l'échelle du Kenya, plongé dans l'interminable attente des résultats de la présidentielle du 9 août, qui apparaît particulièrement serrée, selon des résultats officiels partiels.

Dimanche matin, selon le décompte effectué par la Commission électorale (IEBC) en ce qui a trait à près de la moitié des bureaux de vote, le vice-président William Ruto menait ce coude-à-coude avec 51,25 % des voix, contre 48,09 % pour Raila Odinga, figure historique de l'opposition aujourd'hui soutenue par le président sortant Uhuru Kenyatta.

La Commission a ensuite coupé la diffusion en direct des résultats sans donner d'explication.

Toutefois, un décompte du quotidien Daily Nation, qui citait les données officielles à propos de 70 % des bureaux de vote, indiquait en soirée que M. Ruto avait jusqu'à présent obtenu 52,54 % des suffrages, tandis que M. Odinga en avait obtenu 46,78 %.

Depuis leur vote de mardi, les Kényans retiennent leur souffle devant ce duel présidentiel qui pourrait être un des plus serrés de l'histoire du pays. Leur patience est unanimement saluée dans un pays qui, au cours des dernières décennies, a connu plusieurs épisodes de tensions et violences postélectorales, parfois sanglantes.

Raila Odinga.

Raila Odinga, figure de proue de l'opposition kenyane, est un des favoris de la présidentielle.

Photo : Getty Images / Donwilson Odhiambo

Priez pour le nouveau président

Dimanche, MM. Ruto et Odinga se sont rendus dans des églises de la capitale, Nairobi.

Vêtu d'une chemise blanche et d'une veste légère, William Ruto a appelé à une suite pacifique du processus électoral lors d'un service religieux : Nous avons voté pacifiquement, nous avons traversé ce processus pacifiquement, et ma prière, c'est que nous terminions ce processus pacifiquement.

Raila Odinga, vêtu d'une tunique bleue, sa couleur de campagne, a quant à lui récité une prière de saint François : Je veux devenir un instrument pour apporter la paix, guérir, unir et garder l'espoir vivant dans notre pays.

Ailleurs, les offices dominicaux, très fréquentés dans ce pays religieux, ont été l'occasion d'appels à la responsabilité.

À l'annonce des résultats, ne créez pas de problèmes ou de chaos, priez plutôt pour le nouveau président que Dieu nous a donné, a lancé l'évêque Washington Ogonyo Ngede devant 300 fidèles réunis à Kisumu, fief d'Odinga dans l'ouest du pays.

Des fidèles assistent à une messe.

Les Kényans prient pour la paix et pour l'unité du pays, minées par la présidentielle.

Photo : Getty Images / Ed Ram

Les dirigeants vont et viennent, mais le Kenya vit pour toujours, a ajouté cet ami de longue date de la famille Odinga.

À Eldoret, bastion de Ruto dans la vallée du Rift, l'évêque du diocèse catholique Dominic Kimengich a également appelé au calme, exhortant les hommes politiques à être très prudents dans leurs propos.

Nous avons connu cela en tant que Kényans, nous savons que toute remarque imprudente […] peut facilement déclencher un conflit, a-t-il déclaré avant une messe dans la paroisse de Yamumbi. Il a demandé aux responsables politiques d'accepter la volonté du peuple exprimée dans les urnes.

La Commission électorale sous pression

En écho au secrétaire d'État américain Antony Blinken samedi sur Twitter, une quinzaine d'ONG et de syndicats, dont Amnistie internationale, ont appelé dimanche à la patience.

Nous applaudissons les Kényans pour leur conduite pacifique pendant les élections et nous appelons au calme pendant que les résultats sont vérifiés, ont-ils déclaré dans un communiqué.

Quelque 22,1 millions d'électeurs ont été appelés aux urnes mardi pour désigner le successeur du président Uhuru Kenyatta ainsi que leurs gouverneurs, leurs parlementaires et leurs élus locaux.

Les résultats des scrutins locaux tombent au compte-gouttes. Ils ne laissent pas présager quel camp ravira la majorité parlementaire, mais ils dessinent d'ores et déjà une percée historique des femmes.

Pour la présidentielle, le suspense est maximal. Si aucun de ces deux candidats ne recueille plus de 50 % des voix ainsi que 25 % des voix dans la moitié des 47 comtés, le Kenya connaîtra pour la première fois un second tour.

William Ruto.

Le vice-président William Ruto est aussi favori à la présidentielle : il devancerait même son principal adversaire, Raila Odinga.

Photo : Getty Images / AFP / YASUYOSHI CHIBA

L'IEBC est donc sous pression, non seulement parce que le pays, locomotive économique de l'Afrique de l'Est, tourne au ralenti dans l'attente des résultats mais aussi parce qu'elle a été vivement critiquée il y a cinq ans après une présidentielle invalidée par la Cour suprême.

Vendredi, la Commission a reconnu que les opérations de collecte, de comptage et de vérification des résultats étaient plus longues que prévu, ralenties, selon elle, par l'ingérence de partisans des partis politiques.

Cette élection présidentielle est scrutée de près par la communauté internationale. Le Kenya est en effet un point d'ancrage démocratique dans la région et les résultats de toutes les présidentielles y ont été contestés depuis 2002.

Le scrutin de mardi dernier a été marqué par un taux de participation d'environ 65 % [contre 78 % en août 2017], sur fond d'une inflation galopante et de frustration à l'endroit de l'élite politique.

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