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Capteurs de CO2 en classe : « on est équipés, tout est en place », assure le ministre

Afin de limiter la propagation de la COVID-19, Québec a équipé toutes ses écoles de détecteurs de CO2 en vue de la rentrée, mais la norme de dioxyde de carbone tolérée ne fait pas l'unanimité.

Un écolier assis à sa table regarde une fenêtre de classe entrouverte.

Une somme de 78 millions de dollars a été dépensée pour le remplacement ou pour l'ajout de fenêtres ouvrantes depuis juillet 2020, indique le ministère de l’Éducation, qui accorde néanmoins la priorité à l'aération naturelle.

Photo : iStock / imtmphoto

« La rentrée qui s’en vient est la plus belle en temps de COVID, c’est-à-dire que cette fois-ci les travaux ont été faits et les outils de mesure de résultats sont installés et fonctionnels », dit le ministre de l'Éducation Jean-François Roberge, à deux semaines du retour en classe des élèves québécois et du déclenchement probable des élections provinciales.

Après des retards de livraison et des irrégularités dans les premiers relevés des niveaux de dioxyde de carbone, Québec indique que les 90 000 détecteurs promis ont été installés non seulement dans toutes les classes du Québec, mais aussi sur les murs des cafétérias, des gymnases, des salles communes et des couloirs des établissements scolaires.

Dans les écoles du Québec, la qualité de l'air suscite des préoccupations, que la pandémie n'a fait qu'exacerber. À l'approche d'une troisième rentrée scolaire sur fond de COVID-19, le ministre de l'Éducation se fait rassurant. Il affirme que toutes les classes sont munies de capteurs de CO2 et que les travaux prioritaires ont été effectués. La norme que le ministère s'est fixée ne fait pas l'unanimité. Reportage de Gabrielle Proulx

Ces lecteurs enregistrent le taux de CO2 expiré dans une pièce, la température et le taux d'humidité. Puisque le coronavirus se transmet par de fines gouttelettes diffusées dans l'air, ces outils de mesure du CO2 renseigneront le personnel scolaire sur la nécessité d'aérer les espaces intérieurs pendant la journée afin d'éviter les contaminations virales.

S’il y a des problèmes [d’aération], on le saura en temps réel dans les écoles, et les centres de services scolaires seront capables d’agir, a expliqué le ministre de l’Éducation à deux semaines de la rentrée des classes.

Jean-François Roberge en conférence de presse.

Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation du Québec

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Les données des capteurs sont numérisées toutes les cinq minutes et transmises à un bureau qui centralise les résultats pour établir un suivi sur l'état de l'aération dans les écoles. C’est enregistré dans le programme, une moyenne est faite entre 8 h et 16 h pour les moyennes journalières, ajoute Annie Bourgeois, directrice adjointe du Service des ressources matérielles de la Commission scolaire de Montréal.

La cible provinciale a été établie à 1000 ppm [nombre de parties par million]. Ce sont des indicateurs d’une excellente aération, soutient le ministre Roberge, dont la décision repose sur les recommandations des experts de l’INSPQ, d’ingénieurs en bâtiment et d’Ali Bahloul [spécialiste en ventilation industrielle et en qualité de l'air intérieur].

Mot d'ordre : aérer

Le ministère de l’Éducation explique qu'il privilégie la ventilation naturelle, soit l’ouverture des fenêtres, même en hiver. L’objectif, ce n’est pas de faire passer l’air à travers un filtre [mais] de changer l’air, de ventiler, d'aérer, donc de faire sortir l’air vicié et de faire entrer de l’air propre de l’extérieur. C’est quand on fait ça qu’on atteint la cible gouvernementale de 1000 ppm et moins, a fait valoir le ministre Roberge en entrevue avec Radio-Canada.

Un détecteur de CO2, qui mesure aussi la température et le taux d'humidité.

Avant l'été, près de 85 % des détecteurs de CO2 avaient déjà été mis en service dans les écoles, selon les données transmises par le ministère de l'Éducation.

Photo : Radio-Canada

En juin, cette norme était atteinte dans plus de 95 % des locaux mesurés, a assuré le ministre.

Des parents inquiets d'une rentrée « sans mesure »

Les données citées en exemple sont toutefois perçues comme une moyenne mobile par des parents d'élèves. Certains reprochent au gouvernement caquiste de faire de belles statistiques et de présenter un bilan positif en campagne électorale.

Dans la vraie vie, nos enfants, ça ne les aide pas à mieux respirer une belle qualité de l'air, dénonce Olivier Drouin.

Ce père de famille dénonce notamment l'absence de ventilation mécanique dans les écoles et s'inquiète aussi d'une rentrée hasardeuse sans aucune mesure [sanitaire] dans les écoles, sans masques, ni distance, ni cohortes réduites, énumère-t-il.

Le ministère de l'Éducation assure toutefois qu'en ce qui concerne les espaces intérieurs qui ne respectaient pas la norme en matière de CO2, des travaux ont été faits, notamment l'installation d'extracteurs d’air ou de vasistas qui donnent sur les couloirs quand l’ouverture des fenêtres n’était pas possible.

Des élèves portent des masques dans une cour d'école.

Bien des élèves feront leur troisième rentrée scolaire en temps de pandémie.

Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé

Un demi-milliard de dollars investis

Les travaux effectués pour améliorer l’aération dans les écoles ont coûté environ un demi-milliard de dollars, a fait valoir M. Roberge : en février, 300 millions de dollars ont été dépensés à cet effet, et cet été, 225 millions de dollars ont été attribués pour des milieux ciblés, a précisé le ministre.

Questionné sur la complétude des travaux en prévision du jour de la rentrée, le ministre a répondu que les travaux d’urgence ont été faits.

« Il y a beaucoup de travaux qui ont été faits, est-ce qu’il y a d’autres travaux qui seront complétés cet automne? C’est possible, on ne s’arrêtera pas d’améliorer le réseau scolaire. »

— Une citation de  Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation du Québec

Seulement six écoles montréalaises ont bénéficié de travaux afin d’ajouter de la ventilation mécanique, indique Annie Bourgeois, directrice adjointe du Service des ressources matérielles du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM). Pour toutes les autres, on a démontré que la ventilation naturelle fonctionnait bien, résume cette responsable de l’exploitation des bâtiments scolaires, qui gère un parc immobilier dont l’âge moyen s’élève à 71 ans.

Selon Mme Bourgeois, les enseignants ne devraient pas seulement ouvrir les fenêtres quand les enfants quittent la classe pendant les récréations, par exemple. Les salles sont froides quand les élèves reviennent, or [...] ce qu’on explique aux enseignants, c’est d’ouvrir un peu les fenêtres une fois que les élèves sont dans la classe et le plus de fenêtres possible [pour obtenir] une aération plus efficace.

« Si, une journée, on est rendus à 2000 ppm, il ne faut pas s’inquiéter, mais ce qu’il faut voir, c’est améliorer la situation. »

— Une citation de  Annie Bourgeois, directrice adjointe du Service des ressources matérielles du Centre de services scolaire de Montréal

Niveau de tolérance « très élevé »

« Le ministère de l’Éducation juge acceptables des concentrations de CO2 inférieures à 1500 parties par million (ppm) », peut-on lire sur le site du ministère de l'Éducation. « Toutefois, les centres de services scolaires sont invités à prendre des mesures afin de viser la cible de 1000 ppm. »

Le niveau de tolérance du dioxyde de carbone retenu par Québec pour ses écoles surprend Stéphane Bilodeau, chargé de cours au Département de bio-ingénierie de l’Université McGill.

Quand on est à 1500 ppm, on est à un niveau très très élevé, ça veut dire que de 2 à 3 % de l'air respiré par chaque personne du local vient des autres personnes autour d'elle, indique cet expert indépendant de l'UNOPS et membre du Collectif COVID-Stop.

« Quand on accepte 1500 ppm, c'est qu'on est très tolérant au risque d'infection. Si on est dans ce que beaucoup d'experts parlent comme une limite convenable, on est plus dans l'ordre de 800 parties par million. Certains mentionnent même 700. »

— Une citation de  Stéphane Bilodeau, chargé de cours au Département de bio-ingénierie de l’Université McGill

Comme tous les parents, je me croise les doigts pour que nos enfants entrent dans une école où il va y avoir non seulement des détecteurs mais aussi des solutions [...], comme des purificateurs, des échangeurs d'air ou des améliorations sur les systèmes mécaniques, conclut Olivier Drouin.

Avec les informations de Gabrielle Proulx et d'Anaïs Brasier

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