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Salman Rushdie placé sous respirateur après avoir été poignardé aux États-Unis

L'auteur des Versets sataniques a été agressé par un jeune homme, dont le mobile n'est pas encore connu.

Salman Rushdie en 2018.

L'écrivain Salman Rushdie a été agressé avant un événement qui se tenait au sud de la ville de Buffalo (archives).

Photo : Reuters

Agence France-Presse

Salman Rushdie, auteur des Versets sataniques et cible depuis plus de 30 ans d'une fatwa de l'Iran, a été placé sous respirateur après avoir été poignardé vendredi au cou et à l'abdomen dans l'État de New York par un homme qui a été arrêté.

Les nouvelles ne sont pas bonnes, a déclaré vendredi soir au New York Times l'agent de l'écrivain britannique de 75 ans, Andrew Wylie.

Salman va probablement perdre un oeil; les nerfs de son bras ont été sectionnés et il a été poignardé au niveau du foie, a indiqué M. Wylie en précisant que M. Rushdie, 75 ans, avait été placé sous respirateur artificiel.

Immédiatement après l'agression dans la matinée sur l'estrade d'un amphithéâtre d'un centre culturel à Chautauqua, dans le nord-ouest de l'État de New York, Salman Rushdie avait été transporté en hélicoptère vers l'hôpital le plus proche où il a été opéré d'urgence, a précisé devant la presse le major de la police de l'État de New York, Eugene Staniszewski.

Peu avant 11 h, heure locale, un suspect s'est précipité sur la scène [de l'amphithéâtre] et a attaqué Salman Rushdie et l'intervieweur en poignardant l'écrivain au cou, avait très rapidement annoncé la police, qui a précisé vendredi soir que M. Rushdie avait aussi été poignardé à l'abdomen.

Plusieurs personnes sont rapidement intervenues pour prendre soin de Salman Rushdie.

Plusieurs personnes sont rapidement intervenues pour prendre soin de Salman Rushdie.

Photo : Associated Press / Joshua Goodman

L'animateur de la conférence, Ralph Henry Reese, 73 ans, a quant à lui été blessé légèrement au visage.

L'agresseur a été aussitôt arrêté et placé en détention, et l'agent Staniszewski a révélé qu'il s'agit de Hadi Matar, 24 ans, originaire de l'État du New Jersey.

M. Rushdie s'apprêtait à donner une conférence littéraire dans cette petite ville située à 100 km de Buffalo, près du lac Érié qui sépare les États-Unis du Canada.

Carl LeVan, professeur de sciences politiques, était dans la salle, et a raconté au téléphone à l'AFP qu'un homme s'était jeté sur la scène où M. Rushdie était assis pour le poignarder violemment à plusieurs reprises.

Il essayait de tuer Salman Rushdie, a affirmé ce témoin.

Une fatwa toujours en vigueur, plus de 30 ans après son lancement

M. Rushdie, né le 19 juin 1947 à Bombay, deux mois avant l'indépendance de l'Inde – élevé par une famille d'intellectuels musulmans non pratiquants, riche, progressiste et cultivée –, avait embrasé une partie du monde musulman avec la publication des Versets sataniques, conduisant l'ayatollah iranien Rouhollah Khomeiny à lancer en 1989 une fatwa demandant son assassinat.

L'auteur avait été contraint dès lors de vivre dans la clandestinité et sous protection policière, allant de cache en cache.

Il a dû affronter une immense solitude, accrue par la rupture avec sa femme, la romancière américaine Marianne Wiggins, à qui Les versets sont dédiés.

Cinq hommes transportent Salman Rushdie sur une civière vers l'hélicoptère, stationné sur ce qui semble être un terrain de baseball.

L'écrivain Salman Rushdie a été transporté par hélicoptère à l'hôpital le plus proche. Il était toujours en vie lors du transport.

Photo : Reuters / TWITTER @HORATIOGATES3

Vivant discrètement à New York, Salman Rushdie – sourcils arqués, paupières lourdes, crâne dégarni, lunettes et barbe – avait repris une vie à peu près normale tout en continuant de défendre, dans ses livres, la satire et l'irrévérence.

Mais la fatwa n'a jamais été levée et beaucoup de traducteurs de son livre ont été blessés par des attaques, voire tués, comme le Japonais Hitoshi Igarashi, victime de plusieurs coups de poignard en 1991.

Trente ans ont passé, disait-il toutefois à l'automne 2018. Maintenant, tout va bien. J'avais 41 ans à l'époque [de la fatwa], j'en ai 71 maintenant. Nous vivons dans un monde où les sujets de préoccupation changent très vite. Il y a désormais beaucoup d'autres raisons d'avoir peur, d'autres gens à tuer...

Anobli en 2007 par la reine d'Angleterre, au grand dam des extrémistes musulmans, ce maître du réalisme magique, homme d'une immense culture qui se dit apolitique, a écrit en anglais une quinzaine de romans, récits pour la jeunesse, nouvelles et essais.

Son combat est le nôtre, universel, a lancé sur Twitter le président français Emmanuel Macron assurant être aujourd'hui, plus que jamais, à ses côtés.

Le premier ministre britannique Boris Johnson s'est également dit atterré que Sir Salman Rushdie ait été poignardé alors qu'il exerçait un droit que nous ne devrions jamais cesser de défendre, en allusion à la liberté d'expression.

L'association de défense des écrivains dans le monde, PEN America, s'est déclarée aussi sous le choc et horrifiée en révélant que vendredi matin M. Rushdie leur avait proposé son aide pour des écrivains ukrainiens.

De son côté, la gouverneure Hochul a salué quelqu'un qui a passé des décennies à dire la vérité aux puissants [...] qui s'est exposé sans crainte en dépit des menaces qui l'ont poursuivi toute sa vie d'adulte.

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