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Des résidents de logements sociaux évacués pour « plusieurs années »

Deux mois après leur évacuation, les locataires de Swansea Mews ne sont pas au bout de leurs peines.

Elle est assise sur un lit d'hôtel.

Sharon Smith, qui a habité à Swansea Mews pendant 21 ans, a été relogée dans un hôtel à Mississauga avec son fils et ses animaux de compagnie.

Photo : Radio-Canada / Darek Zdzienicki

Des centaines de résidents évacués d'un complexe de logements sociaux à Toronto vivent toujours dans l'incertitude, deux mois plus tard. Les bâtiments de Swansea Mews doivent être rénovés après qu’une femme eut été gravement blessée lors de l'effondrement partiel d'un plafond.

La Société d’habitation de Toronto, qui gère cette propriété à l’ouest de High Park, affirme que ces rénovations pourraient s'étaler sur plusieurs années. La plupart des résidents sont logés dans des hôtels, en attendant de déménager dans un appartement à plus long terme.

Sharon Smith et son fils ont été installés temporairement dans un hôtel à Mississauga, en banlieue de Toronto, avec leur chat et leur chien. Bien qu'elle soit reconnaissante d'avoir un endroit où rester, l’emplacement de l’hôtel complique sa vie quotidienne.

Chaque semaine, elle doit prendre l’autobus pour se rendre chez son médecin. Le trajet aller-retour, qui compte deux systèmes de transport en commun, lui prend au moins trois heures.

« L’emplacement est vraiment le pire. »

— Une citation de  Sharon Smith, résidente évacuée de Swansea Mews

L’hôtel se trouve dans un secteur commercial de la banlieue torontoise. Il n'y a pas d'épicerie ici. Le seul endroit où manger est chez McDonald’s et ça prend environ 25 minutes pour s’y rendre à pied , affirme la résidente.

Des cadenas et une chaîne bloquent l'accès au site du complexe de logements sociaux Swansea Mews.

La Société d’habitation de Toronto estime que les rénovations du complexe Swansea Mews prendront plusieurs années. L'accès à la propriété est restreint par ordonnance d'un tribunal.

Photo : Radio-Canada / Paul Borkwood

Elle affirme que la Société d’habitation lui fournissait, au début, des bons de taxi pour faciliter ses déplacements depuis l’hôtel. Ceux-ci ne sont plus distribués depuis plusieurs semaines déjà.

Heureusement, Sharon Smith ne restera pas à Mississauga encore bien longtemps. Elle doit signer un bail vendredi pour un appartement dans un autre bâtiment de logements sociaux, beaucoup mieux situé.

Robin Smith, porte-parole de la Société d’habitation de Toronto, souligne que 52 des 114 familles évacuées ont trouvé un logement à plus long terme. Parmi celles-ci, 44 ont signé des baux et 35 ont déjà emménagé dans leur nouvelle résidence.

Il souligne que les locataires auront le droit de réintégrer leur appartement à Swansea Mews une fois que l'immeuble sera sécuritaire. Le porte-parole estime cependant que cela ne devrait pas arriver de sitôt.

Nous n'avons pas encore de plan concret, a-t-il déclaré en entrevue. Nous pouvons dire avec certitude qu'il faudra plusieurs années avant que les gens puissent revenir.

Robin Smith, devant le site bouclé de Swansea Mews.

Robin Smith, porte-parole de la Société d'habitation de Toronto (Toronto Community Housing).

Photo : Radio-Canada / Paul Borkwood

Robin Smith précise que les plafonds qui se sont brisés ou carrément effondrés à Swansea Mews avaient été fabriqués à partir de deux couches de béton attachées par un adhésif. Lorsque cet adhésif s’affaiblit, la couche inférieure peut se détacher, explique-t-il.

La Société d’habitation dit travailler en étroite collaboration avec des ingénieurs et des consultants pour déterminer la meilleure façon d'aller de l'avant. La sécurité des locataires est la priorité absolue, affirme son porte-parole.

Mais de nombreux résidents ne sont pas satisfaits de la gestion de la situation.

Manque de communication dénoncé

Andrea McInnis, pour sa part, s'indigne du manque de communication et d’empathie de son propriétaire.

La Société d’habitation lui aurait d’abord proposé d’emménager dans un complexe à Regent Park. L’organisation compte démolir ce bâtiment prochainement, mais assure qu’il est sécuritaire d’y habiter d’ici là. Je ne leur fais pas du tout confiance, affirme la résidente.

Ce quartier torontois est aussi durement touché par la violence armée. Mme McInnis dit avoir perdu des proches dans de telles circonstances. Vous ne pouvez pas emmener une personne traumatisée dans un quartier qui va la troubler au quotidien, dit-elle.

Des barrières sont érigées autour des bâtiments du complexe Swansea Mews.

Le complexe de logements sociaux Swansea Mews, qui est géré par la Société d'habitation de Toronto, est bouclé durant les travaux de rénovation.

Photo : Radio-Canada / Paul Borkwood

L’organisation lui a ensuite proposé un appartement à l'autre bout de la ville, loin de son médecin et de son lieu de travail. Elle n’a pas encore signé de bail et ne sait pas quand elle pourra emménager dans ce logement.

« Je suis fâchée. Ils ne nous écoutent pas. Ils se fichent de nous. »

— Une citation de  Andrea McInnis, résidente évacuée de Swansea Mews

Je suis juste fatiguée. C’est toujours un combat. Je n’en peux plus, dit-elle.

Sharon Smith abonde dans le même sens. Ils nous ont donné un numéro d'assistance téléphonique à appeler, mais impossible de leur parler de vive voix. On laisse un message dans la boîte vocale et on est chanceux si on nous répond deux jours plus tard, lance-t-elle.

Il y a souvent des employés de TCHC qui passent à l’hôtel, mais ils n’ont pas plus de réponses, s’indigne-t-elle.

Un panneau sur lequel on peut lire un message de remerciements aux donateurs pour la cause des évacués de Swansea Mews.

Plus de 70 000 $ ont été amassés pour soutenir les résidents évacués de Swansea Mews, par l'entremise d'une campagne de financement organisée par le réseau Stone Soup.

Photo : Radio-Canada / Paul Borkwood

Une initiative citoyenne

L’organisme caritatif Stone Soup livre régulièrement des repas chauds aux résidents évacués de Swansea Mews et amasse des dons depuis quelques semaines pour soutenir leur transition.

Que ce soit la garde d'enfants, les soins aux aînés, le transport scolaire ou les déplacements au boulot, tout leur a été enlevé, affirme la directrice locale Kate Hoffmann.

« Leurs vies ont été complètement perturbées. »

— Une citation de  Kate Hoffmann, directrice locale du réseau Stone Soup

La directrice qualifie cette situation de catastrophe lente et silencieuse, qui n’a pas suscité le même élan de solidarité que lors des récents désastres naturels.

La campagne de financement a permis de récolter plus de 70 000 $. Mme Hoffmann espérait atteindre l'objectif de 114 000 $, qui aurait permis de remettre 1000 $ à chaque famille évacuée.

Une femme devant un mur de brique.

Kate Hoffmann, directrice locale du réseau Stone Soup, estime que l'évacuation des résidents de Swansea Mews est une « catastrophe lente et silencieuse » qui touche toute la communauté.

Photo : Radio-Canada / Paul Borkwood

Même si Sharon Smith pourra bientôt quitter l’hôtel, elle prévoit de continuer à se battre pour les autres qui n’ont pas cette chance. Face à cette situation impensable, affirme-t-elle, la communauté est vraiment devenue soudée.

Même si j'ai un nouvel appartement, je n'abandonnerai pas ma famille, ma famille Swansea.

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