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Le rôle de Meta dans l’enquête sur l’avortement d’une Américaine ravive des craintes

Mark Zuckerberg de profil devant un écran affichant une icône de cadenas.

Mark Zuckerberg, président-directeur général de Meta

Photo : Reuters / Stephen Lam

Agence France-Presse

La participation de Facebook, qui appartient à Meta, à une enquête policière ciblant une Américaine ayant avorté et sa mère soulève des inquiétudes sur l’utilisation du réseau social par les États conservateurs pour lutter contre les interruptions volontaires de grossesse.

En début de semaine, des médias ont révélé que le géant des réseaux sociaux avait fourni à la police des messages privés qui ont permis d’inculper une mère pour avoir aidé sa fille à avorter dans le Nebraska, aux États-Unis, suscitant l’indignation sur la toile.

Jessica Burgess, 41 ans, est accusée d’avoir aidé sa fille de 17 ans à avorter. Elle est visée par cinq chefs d’inculpation, dont un directement lié à une loi votée en 2010 dans cet État du Midwest et qui bannit l’avortement après 20 semaines de grossesse.

Sa fille, elle, fait face à trois chefs d’accusation, dont ceux de dissimulation et d’abandon de cadavre. Les deux femmes ont plaidé non coupables la semaine dernière, selon la presse.

Des questions sur la vie privée

Les activistes pour les droits des femmes avaient prévenu, après la décision de la Cour suprême des États-Unis de révoquer le droit constitutionnel à l’avortement, du danger que représentent les montagnes de données accumulées par les entreprises du secteur des technologies sur leurs utilisateurs et utilisatrices.

Meta, la maison mère de Facebook, s’est défendue mardi en notant que le mandat de perquisition ne mentionnait pas du tout l’avortement et avait été émis avant la volte-face de la Cour suprême.

Cette ligne de défense semble insinuer que si le mandat de perquisition avait mentionné l’avortement, le résultat aurait été différent. Mais c’est évidemment faux, a écrit sur Twitter Logan Koepke, chercheur qui étudie notamment l’effet de la technologie sur la justice pénale.

Contactée par l’Agence France-Presse, l’entreprise a mis en avant sa politique consistant à répondre favorablement aux requêtes des autorités quand la loi nous l’impose.

Les restrictions à l’avortement dans l’État du Nebraska avaient été adoptées bien avant l’annulation de l’arrêt Roe c. Wade, qui protégeait l’accès à l’avortement depuis 1973. Quelque 16 autres États américains limitent aussi, ou interdisent, les avortements en début de grossesse.

Un scénario qui pourrait se répéter

Pour plusieurs, l’affaire du Nebraska ne restera pas un cas isolé.

Cela va continuer d’arriver aux entreprises qui possèdent beaucoup de données sur les gens dans le pays et le monde entier, explique Alexandra Givens, de l’organisation non gouvernementale (ONG) Center for Democracy & Technology.

Selon elle, les firmes qui reçoivent des requêtes légales formulées dans les règles ont intérêt à y répondre.

Mais les entreprises doivent au moins s’assurer de réclamer [aux autorités] un processus judiciaire complet, que les mandats soient spécifiques [...] et d’avertir les utilisatrices et utilisateurs [de ces démarches] afin qu’ils puissent tenter de les combattre, ajoute Alexandra Givens.

La police avait demandé au juge d’astreindre Meta à ne pas prévenir la fille de Mme Burgess du mandat de perquisition relatif à ses messages envoyés sur Facebook, citant un risque de destruction ou de modification de preuves.

Le policier à l’origine de la requête avait indiqué au tribunal avoir commencé à enquêter fin avril à la suite de doutes quant à la possibilité que la jeune fille de 17 ans ait pu donner naissance de façon prématurée à un enfant mort-né, qu’elle et sa mère auraient ensuite enterré ensemble.

Prioriser les messageries cryptées

Pour s’assurer que leurs communications restent hors d’atteinte des autorités, les internautes peuvent par exemple utiliser des messageries cryptées, comme le notent des activistes.

Des personnes utilisent des applications de différents réseaux sociaux.

Les applications Signal, WhatsApp et Telegram offrent des messageries au chiffrement de bout en bout.

Photo : Reuters / Dado Ruvic

Chez Meta, l’application WhatsApp apporte un chiffrement de bout en bout, ce qui signifie que l’entreprise n’a pas accès aux contenus des messages, mais ce niveau de confidentialité n’est pas activé par défaut sur Messenger.

L'entreprise n'a jamais indiqué qu'elle ne se conformerait pas aux requêtes des forces de l'ordre lorsqu'il s'agit d'avortement, rappelle Caitlin Seeley George de l’ONG Fight for the Future, qui défend les droits numériques.

Si les internautes utilisaient des messageries cryptées, Meta ne serait même pas en mesure de partager les conversations, ajoute-t-elle.

Le géant du web a annoncé jeudi entamer la phase de test du chiffrement de bout en bout par défaut de ses messageries Messenger et Instagram et qu’il allait déployer la fonction à l’ensemble des internautes en 2023. Meta devait initialement l’inaugurer en 2022.

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