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Achat local : tout un défi pour les éleveurs de bovins d’Abitibi-Témiscamingue

L’Abitibi-Témiscamingue est un territoire fertile pour l’élevage de bovins. Mais l’absence d’abattoir provincial dans la région donne des maux de tête aux éleveurs qui souhaitent vendre leur viande localement.

Deux vaches mangent du fourrage dans une étable.

L'Abitibi-Témiscamingue est un vaste territoire idéal pour l'élevage de bovins.

Photo : Radio-Canada

À Clerval, en Abitibi-Ouest, Antoine Bordeleau est éleveur de quatrième génération. Avec sa conjointe, Laurie Côté-Sarrazin, ils se sont lancés dans l’élevage de bœufs Angus-Wagyu. Objectif : faire découvrir cette viande d’exception à la clientèle de la région.

C'est une viande très recherchée pour sa tendreté en raison du persillage, explique Laurie Côté-Sarrazin de la ferme Les Viandes à Côté du Bordeleau. Ce gras va fondre durant la cuisson et donner un petit goût de noisette, de beurre.

Portrait de Antoine Bordeleau et Laurie Côté-Sarrazin dans l'étable.

Antoine Bordeleau et Laurie Côté-Sarrazin sont éleveurs de bœufs Wagyu-Angus à Clerval, en Abitibi-Ouest.

Photo : Radio-Canada / Gildas Meneu

Nos deux éleveurs ont choisi de croiser des taureaux de race Wagyu avec des vaches Angus, afin de rendre la viande plus abordable. Pendant l’été, ils parcourent les différents marchés publics de la région pour vendre leurs produits congelés sous vide.

Mais il y a un hic : depuis plus de 20 ans, l’Abitibi-Témiscamingue n’a plus d’abattoir provincial. Laurie et Antoine ont choisi d'envoyer leurs bêtes à Racine, près de Sherbrooke. Un trajet de plus de 800 kilomètres. La majorité des abattoirs provinciaux se trouvent dans le sud et l'est du Québec.

Un abattoir de proximité, inaccessible

Pourtant, à 100 km au sud, en bordure de Rouyn-Noranda, les éleveurs de bovins Christel Groulx et Sylvain Fleurant possèdent un abattoir de proximité et une boucherie attenante. Mais ce petit abattoir a ses limites.

C'est un abattoir où l'inspecteur n'est pas là en tout temps, explique Christel Groulx de la Boucherie des Praz. On a les mêmes règles à respecter [que les autres types d’abattoirs], mais on n'est pas inspectés continuellement.

Au Canada, il existe trois types d’abattoirs :

  1. Les abattoirs fédéraux, sous inspection permanente, qui permettent de vendre la viande partout au pays et à l’exportation;
  2. Les abattoirs provinciaux autorisent la commercialisation dans la province uniquement;
  3. Les abattoirs de proximité sont réservés à l’éleveur qui le possède et à des clients qui achètent la bête vivante, pour une consommation personnelle.

Ce petit abattoir est bien pratique pour ses propriétaires, qui sont éleveurs à Rémigny, dans le nord du Témiscamingue.

« On fait l'élevage, l'abattage et la découpe, puis la distribution aux clients. On fait la chaîne au complet. »

— Une citation de  Sylvain Fleurant, copropriétaire, Boucherie des Praz

Ils sont les seuls dans la région à pouvoir élever, préparer et vendre leur propre viande à leur boutique de Rouyn-Noranda. Un avantage pour les résidents qui souhaitent manger local.

Par contre, leur abattoir de proximité leur empêche de vendre ailleurs : ni en épicerie, ni en restaurant, ni même dans les marchés publics.

Portrait de Christel Groulx, son conjoint Sylvain Fleurant et leurs enfants devant une étable.

Christel Groulx, son conjoint Sylvain Fleurant et leurs enfants sont éleveurs à Rémigny au Témiscamingue et propriétaires de l'abattoir de proximité Boucherie des Praz.

Photo : Radio-Canada / Gildas Meneu

C'est la réglementation qui est comme ça, explique Christel Groulx. Parce que ce n'est pas de la viande qui est inspectée de façon permanente, même si cette viande est aussi sécuritaire que les autres, déplore l’éleveuse.

Et pour les éleveurs de Clerval, l’abattoir de Rouyn leur est interdit d’accès, sauf si c’est pour la vente via la boutique de la boucherie des Praz ou si c’est pour ma consommation personnelle, ajoute Antoine Bordeleau.

La limite des abattoirs provinciaux

Il existe un autre abattoir provincial, mais il est situé à Belle-Vallée, juste de l’autre côté de la frontière, au Témiscamingue ontarien.

C’est l’abattoir utilisé par Charles Bélanger de la ferme Bisons du nord, un élevage de 300 têtes situé à Earlton, en Ontario.

Cette ferme d’élevage, qui fête ses 50 ans cette année, produit du bison qui est abattu juste à côté, mais dont la viande ne peut être vendue… qu’en Ontario. C’est la règle des abattoirs provinciaux.

Charles Bélanger voit pourtant que de l’autre côté de la frontière, il y a un marché potentiel de 150 000 consommateurs et consommatrices. Mais il lui est inaccessible.

Charles Bélanger et sa sœur Jacinthe Bélanger devant une camionnette blanche à l'effigie de Bison du Nord.

Charles Bélanger et sa sœur Jacinthe sont copropriétaires de la ferme Bison du Nord à Earlton, dans le nord de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada

Le Témiscamingue, ontarien et québécois, on est tous pareils. On est tous de la même place, mais il y a une frontière entre nous deux. On parle de doubler notre marché en ayant accès au Québec, constate Charles Bélanger.

Du côté québécois, Christel Groulx aimerait aider son voisin ontarien. Avec Sylvain Fleurant, elle travaille sur un projet d’abattoir provincial qui permettrait notamment à l’éleveur ontarien de vendre sa viande de bison au Québec.

Mais le projet est loin d’être ficelé, car il faut le financer. On parle de 10 millions de dollars, lance Christel Groulx. Avec l’inflation galopante, le projet est pour l’instant sur la glace. Mais si ça fonctionne, voilà qui pourrait changer l’accès aux viandes de la région.

Ce que ça permettrait, c'est que les viandes qui seraient abattues dans cet abattoir-là pourraient être commercialisées partout, dans les petites boucheries, dans les restaurants, dans les kiosques à la ferme, énumère Christel Groulx.

Conquérir d’autres marchés

En attendant, les éleveurs de Clerval songent à développer les marchés extérieurs.

Avec les volumes qui augmentent de nos Angus-Wagyu, on est prêts, dans les prochaines années, à faire le saut soit pour des restaurants ou des hôtels. On va se concentrer à exporter notre viande de l'Abitibi vers Montréal pour ouvrir de nouveaux marchés. Une étape à la fois, mais on aimerait beaucoup la commercialiser à plus grande échelle.

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