•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Droguée à son insu : « Je ne pensais jamais que ça m’arriverait à Carleton-sur-Mer »

Maéva devant la mer à Carleton-sur-Mer.

Maéva Valade estime qu'elle a été victime du « piqûre challenge » lors d'un festival à Carleton-sur-Mer.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Au moment où les allégations d'agressions liées à la drogue du viol se multiplient, une jeune femme de Carleton-sur-Mer, qui croit avoir été victime du « piqûre challenge » (être droguée à son insu au moyen d'une seringue), a accepté de raconter son histoire afin de conscientiser la population au phénomène.

Le soir de la fête nationale, Maéva Valade, 19 ans, participe aux activités du Festival BleuBleu de Carleton-sur-Mer. Sa soirée se déroule à merveille, jusqu'à ce qu'elle fasse une rencontre fortuite à la sortie du chapiteau.

Quand je suis sortie de la tente avec mon amie, j’ai foncé dans un gars sans faire exprès et j’ai vraiment eu mal aux côtes, explique-t-elle.

Après avoir perdu de vue durant quelques minutes l'amie qui l'accompagnait, elle se retrouve seule, avec un cellulaire dont la pile est à plat. Heureusement, elle croise finalement un autre de ses proches.

Ensuite, tout bascule.

J’ai eu un black-out total, raconte la jeune femme. Mon ami m’a dit que je ne répondais plus du tout à ce qu’il me disait. Il me demandait d’épeler mon nom et je n’étais pas capable. À partir de ce moment-là, je ne me souviens plus de rien jusqu’au lendemain matin, même jusqu’au lendemain après-midi.

« Je n’étais plus capable de me lever et [d'utiliser] aucune fonction de mon corps. Mon amoureux est venu me chercher, je ne me souvenais plus de lui, je ne reconnaissais même pas ma maison. »

— Une citation de  Maéva Valade

Heureusement, ses proches l’ont prise en charge pour l’éloigner de potentiels agresseurs.

J’ai été vraiment chanceuse d’avoir retrouvé un autre ami à la sortie du chapiteau, dit-elle. Je ne pouvais appeler personne. Je ne me souviens pas de comment j’agissais et si j’avais les bons réflexes pour avoir de l’aide de quelqu’un.

« Je ne veux même pas imaginer ce qui aurait pu arriver si je n’avais pas été en présence de mes amis. »

— Une citation de  Maéva Valade

Des traces de piqûre et des conséquences psychologiques

Le lendemain, elle remarque des traces sur son corps.

J’ai regardé si je n’avais pas des marques au niveau des côtes puis j’avais deux petits trous, raconte-t-elle.

Je suis allée voir un de mes amis qui s'y connaît bien là-dedans et qui a déjà été travailleur social. Il m’a dit que c’était sûr que c’était des traces de piqûre. Donc, on croit vraiment que c’est l’aiguille du gars qui m'est rentrée dedans à la sortie du chapiteau.

Maéva assise sur la plage.

Maéva Valade estime qu'il est primordial de toujours être en présence de personnes de confiance lors de rassemblements publics.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Plus d'un mois après les événements, la jeune femme raconte que sa santé mentale est toujours perturbée.

Ça fait un peu peur de dire que, durant 12 heures, tu n'as pas été consciente de ce que tu faisais et de tes agissements, observe-t-elle.

« Ça a entraîné une perte de confiance en moi, même que je fais de l’anxiété pendant les événements où il y a beaucoup de monde, je ne me sens pas à mon aise. Même mes collègues me disent que j’ai l’air anxieuse par rapport à certains trucs qui ne me faisaient rien avant. »

— Une citation de  Maéva Valade

Elle ne compte pas porter plainte, car elle redoute la lourdeur du processus judiciaire.

Je n’ai pas envie de me lancer dans ces démarches-là qui sont longues. Si tu ne fais pas de test sanguin immédiatement, ça ne sert pas à grand-chose non plus, croit-elle. Et il n’y a pas de caméra de surveillance au BleuBleu donc c’est un peu touchy de faire des démarches.

Un appel à la prudence

Maéva Valade veut tout de même sensibiliser la population, car elle-même n'aurait jamais pensé vivre une telle situation en Gaspésie.

Je conseille aux gens de tout le temps être avec les bonnes personnes lors de grands événements, de ne jamais aller dans des rassemblements avec du monde que tu connais plus ou moins, de vraiment tout le temps être entouré, affirme-t-elle.

En début de semaine, elle a d’ailleurs publié à cet effet un statut Facebook qui a été partagé par plus de 930 personnes.

Le BleuBleu déjà à la recherche de solutions

Le Festival BleuBleu dit avoir été mis au fait de deux événements relatifs à des intoxications involontaires qui auraient eu lieu sur ses emplacements.

Lorsqu’on a pris connaissance de la publication Facebook de Maéva, on a tout de suite convoqué une rencontre extraordinaire du conseil d’administration pour discuter de la situation, parce qu’on est extrêmement préoccupés par la situation, affirme le président de l'événement, Julien Cyr.

Une scène sur laquelle chante la chanteuse Laurence Jalbert. À l'avant-plan, des spectateurs sont attentifs.

L'organisation du BleuBleu prévoit déjà mettre davantage de mesures de sécurité en place l'an prochain (archives).

Photo : Gracieuseté de A et B Photo en Gaspésie

L’organisation prévoit déjà augmenter le budget lié à la sécurité lors de l’édition 2023 du festival.

On veut mettre en place en endroit sécuritaire sur chacun de nos sites, où il y aurait des ressources formées, pour qu’une personne qui aurait subi une agression ou qui croit être en situation de danger puisse se réfugier dans un lieu sécuritaire et être prise en charge, précise M. Cyr.

Les organisateurs comptent indiquer la localisation de ces espaces dès l’achat de billets.

Dès l’annonce des dates du festival et l’ouverture de l’achat de billets, on va signifier très clairement qu’on condamne les agressions en tout genre et la culture du viol en général, ajoute Julien Cyr. Dès l’annonce de nos dates, on veut mettre cartes sur table.

M. Cyr invite toutes les personnes qui ont subi des agressions à porter plainte.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !