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Gangs en C.-B.: une liste d’hommes aux noms pendjabis soulève des questions

Les photos de 11 hommes.

Le public doit éviter ces 11 hommes qui auraient des liens avec des gangs et le crime organisé, en Colombie-Britannique, dit la police.

Photo : Fournie par CFSEU-BC

Le 3 août, l'Unité mixte d'enquête sur le crime organisé de la Colombie-Britannique mettait la population en garde contre 11 hommes ayant des liens présumés avec des gangs et représentant un risque pour la sécurité du public. Presque tous étant d'origine sud-asiatique, des voix s'élèvent pour nuancer cette annonce.

La cheffe adjointe de la police de Vancouver, Fiona Wilson, déclarait le même jour, durant la conférence de presse, que le frère de deux hommes figurant sur la liste avait été tué par balle devant un hôtel de Whistler le mois dernier.

Je tiens à préciser que cette annonce [ne vise] pas à dénoncer et à faire honte [...] l'identification de ces hommes est dans l'intérêt de la sécurité publique, précisait-elle.

Gurinder Mann, chargé de cours en langue et culture pendjabies à l'Université de la Colombie-Britannique, fait remarquer que la liste n'englobe pas tous les crimes commis dans la province, mais reconnaît qu’elle constitue une source d'inquiétude pour la communauté pendjabie. Il espère que cette liste ne conduira pas à de la stigmatisation.

« Je pense que les gens sont généralement tout à fait conscients que les Pendjabis de la communauté sud-asiatique ont fait de grandes choses en Colombie-Britannique et au Canada, qu’ils sont très impliqués dans beaucoup de domaines comme les soins de santé, le maintien de l’ordre et la politique. »

— Une citation de  Gurinder Mann, chargé de cours en langue et culture pendjabies, Université de la Colombie-Britannique

Selon lui, le nombre limité d'hommes sur la liste ne permet pas de savoir s'il existe des gangs spécifiquement pendjabis.

Manpreet Sarai, gestionnaire du centre communautaire Archway, qui s’occupe de jeunes à Abbotsford, estime que cette liste est importante pour la sécurité publique. Toutefois, elle tient aussi à rappeler que les activités de gang ne concernent qu'une petite portion de la communauté sud-asiatique.

« Je ne sais pas à quel point cette liste représente vraiment la réalité. Notre communauté ne devrait pas étiqueter toutes les personnes d'origine sud-asiatique à cause de cette liste. Une très petite proportion d'entre elles appartient à des gangs. »

— Une citation de  Manpreet Sarai, gestionnaire, centre communautaire Archway

Nous savons qu'il est difficile de suivre la démographie des gangs et qu'il existe des gangs plus établis avec des membres plus âgés qui ont tendance à passer inaperçus et à ne pas attirer autant d'attention, précise-t-elle.

Manpreet Sarai s’inquiète des conséquences de ce type de communications, alors qu’elle entend des jeunes dire qu'ils se sont fait arrêter [par la police] sans raison. Selon elle, il est important de comprendre que des jeunes d'autres communautés peuvent être impliqués dans des activités criminelles.

Des stratégies pour aider les jeunes

Au centre communautaire Archway, Manpreet Sarai fait appel à des animateurs jeunesse pour gagner la confiance des jeunes et leur donner la possibilité de se confier en toute confidentialité. Ils développent alors leur confiance en eux, dit-elle, que ce soit pour rédiger leur CV, postuler dans une université ou trouver un emploi.

Toutefois, il y a des listes d’attente pour bénéficier de ces programmes. En tout, 20 personnes sont actuellement inscrites, et la gestionnaire regrette le manque de financement. « Il n'y a pas assez de financement pour atteindre tous les jeunes [...] qui sont recrutés par des gangs.

Kal Dosanjh, un policier à la tête de la fondation KidsPlay Youth, à Surrey, assure qu’il y a une représentation disproportionnée de jeunes hommes sud-asiatiques qui entrent dans un style de vie de drogue, de gang et de crime, et qu'il y a plusieurs facteurs en cause.

« Je pense juste qu’on ne peut pas cacher la vérité. [...] Il y a une représentation statistique disproportionnée des jeunes sud-asiatiques menant ce mode de vie. »

— Une citation de  Kal Dosanjh, policier à la tête de la fondation KidsPlay Youth

Selon Kal Dosanjh, dans beaucoup de familles immigrantes, qui ont des lacunes en anglais et une méfiance envers la police, beaucoup de parents ne comprennent pas ce qui se passe et ont négligé leurs enfants. Il pense qu’il existe un décalage entre la culture occidentale et orientale, et que les jeunes qui tombent dans la criminalité essaient de trouver leur place et leur identité.

« Beaucoup de jeunes d'origine sud-asiatique qui adoptent ce style de vie ne viennent pas du tout de la pauvreté. Bien au contraire, ils sont issus de familles très aisées. »

— Une citation de  Kal Dosanjh, policier à la tête de la fondation KidsPlay Youth

Le policier estime que le dur travail des parents immigrants aurait conduit par inadvertance à donner aux enfants le sentiment que tout leur est dû et à être habitués à la gratification instantanée.

Kal Dosanjh est avec un journaliste alors qu'un cameraman les filme en extérieur.

Kal Dosanjh (à droite) en entrevue avec TV Punjab sur la criminalité, les gangs et leurs répercussions sur la communauté sud-asiatique.

Photo : Fournie par la fondation KidsPlay Youth

Gurinder Mann évoque lui aussi un potentiel manque de supervision de la jeunesse, car beaucoup de parents travaillent très fort. Il rend hommage à beaucoup de membres de la communauté [qui] font un excellent travail en essayant d'engager les jeunes dans des sports et d'autres types d'activités de groupe et culturelles.

Avec sa fondation, Kal Dosanjh souhaite donner aux enfants les valeurs, l'éthique et la morale dont ils ont besoin dès leur plus jeune âge.

Quant à Manpreet Sarai, elle dit que des jeunes sont recrutés par des gangs à Abbotsford dès l'âge de 11 ans. L’engrenage commence par de simples transferts de paquets ou de ventes de cigarettes électroniques, suivis d'une escalade qui peut aller jusqu'à la vente de cannabis ou de drogues dures.

Elle explique que les réseaux sociaux sont utilisés par les gangs pour glorifier la vie de criminel et attirer les jeunes. Ces derniers cherchent à faire partie d’un groupe, au moment où la pandémie a réduit les possibilités de rencontres avec d'autres personnes.

L’utilité de ces listes est remise en cause

Tamara Humphrey, professeure adjointe de sociologie spécialisée en criminologie à l'Université de Victoria, affirme qu'il n'y a aucune preuve que la publication de listes d'individus qui présenteraient un risque pour la sécurité publique réduirait considérablement la criminalité ou protégerait la population. Selon elle, elles sèment la panique dans le grand public, sans fournir de soutien ni de mesures préventives claires.

Elle ajoute que le fait que les hommes sur la liste sont majoritairement originaires de l'Asie du Sud a des conséquences. Onpeut voir une augmentation du harcèlement ou de l'agression envers les communautés de couleur à la suite de ces notifications généralisées, dit-elle.

Plusieurs personnes interviewées font remarquer que cette liste ne signifie pas que ces hommes ont été accusés d'un crime ou condamnés.

Tamara Humphrey affirme qu'il vaut mieux aider les individus à conserver leurs liens communautaires et leurs possibilités d'emploi. Ce sont les types de liens importants qui sont en fait des mécanismes de prévention du crime, dont nous savons qu'ils fonctionnent.

Avec des informations d’Adjata Camara, Maryam Gamar et l’émission On The Coast

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