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Repeupler les rivières du Témiscouata une tortue à la fois

Gros plan d'une tortue des bois

La tortue des bois, une espèce vulnérable, fait l'objet d'un plan de repeuplement au Bas-Saint-Laurent depuis 2012.

Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

Depuis 10 ans, une équipe du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFP) s'affaire à accroître la population de tortues des bois dans le Témiscouata. Plus de 200 individus de cette espèce vulnérable ont déjà été réintroduits depuis que le programme de repeuplement a débuté, en 2012.

La tortue des bois est une des huit espèces de tortues d’eau douce du Québec. Elle est facilement reconnaissable grâce à son cou et à ses pattes de couleur orange.

Bien qu’elle soit principalement répartie dans le sud de la province, il est possible de l'apercevoir au Bas-Saint-Laurent.

Des tortues des bois dans l'eau.

Une cinquantaine de tortues des bois ont été réintroduites cet été dans des rivières du Témiscouata.

Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

C’est en 2007 que des biologistes ont constaté sa présence à proximité de cours d’eau dans la MRC de Témiscouata. Les effectifs étaient cependant très faibles.

En 2012, un programme de repeuplement s'est mis en branle. Cinq jeunes tortues ont alors été réintroduites dans la nature. Cette année, elles sont 56 à avoir été relâchées.

Relâcher des tortues, un long processus

Avant qu’une petite tortue ne fasse ses premiers pas sur la berge d'une rivière, il faut compter de un à deux ans de travail.

Les techniciennes de la faune du MFFP installent d'abord des caméras sur les berges pour observer les bancs de ponte. Il s'agit de petits bouts de plage où les femelles convergent pour pondre leurs œufs, qu'elles recouvrent ensuite de sable. Grâce aux images captées, les techniciennes savent à quel endroit creuser pour récupérer les œufs.

Gros plan sur des œufs de tortue des bois ensevelis dans du sable.

Le lendemain de la ponte, les techniciennes de la faune du MFFP récupèrent les œufs des tortues des bois. Ceux-ci sont ensuite incubés en laboratoire pendant 50 jours.

Photo : Gracieuseté du MFFP

Les œufs sont apportés ici dans nos incubateurs. Ils sont incubés à 27 degrés Celsius, puis, après 50 jours, il y a les éclosions de ces petites tortues-là, explique la biologiste responsable du programme de repeuplement au MFFP, Geneviève Bourget.

Une fois sorties de l'œuf, les tortues ont la taille d’une pièce de deux dollars.

Des bébés tortues des bois sortent de leurs œufs dans un incubateur en laboratoire.

Lors de l'éclosion, la carapace de la tortue des bois a la taille d'une pièce de deux dollars.

Photo : Gracieuseté du MFFP

De deux à trois semaines plus tard, elles sont envoyées au Biodôme de Montréal pour maximiser leurs chances de survie en nature. Elles y passent une année, parfois même deux, selon les individus.

Emiko Wong, chef de division des collections vivantes, de la recherche et du développement scientifique au Biodôme, mentionne que le rôle de son équipe consiste à prodiguer des soins quotidiens aux tortues à l'abri des menaces qui existent normalement en milieu naturel.

« Parce qu'on les fait grandir jusqu'à l'âge de un ou deux ans, leur carapace est plus solide, elles ont développé leurs muscles et leur agilité. Ça leur permet d'augmenter vraiment leur taux de survie par rapport à une cohorte qui aurait vécu seulement en milieu naturel. »

— Une citation de  Emiko Wong, chef de division des collections vivantes, de la recherche et du développement scientifique au Biodôme de Montréal

Après avoir bénéficié de ce coup de pouce, les tortues désormais plus robustes font le voyage de retour dans leur région d'origine. Premier arrêt : le laboratoire du MFFP à Rivière-du-Loup, où chaque tortue est pesée et identifiée.

« Ici, on les marque. On fait de petites entailles dans la carapace. Certaines d'entre elles – souvent, c'est celles de deux ans – sont plus robustes et peuvent avoir un émetteur sur le corps, donc on leur met un émetteur de télémétrie. »

— Une citation de  Geneviève Bourget, biologiste au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec

Les scientifiques pourront ainsi suivre les déplacements des tortues une fois qu'elles seront relâchées dans la nature et obtenir des données sur leur croissance.

Des tortues des bois immergées dans l'eau.

Les petites tortues d'un ou deux ans passent une semaine dans une cage d'acclimatation avant d'être libérées dans une rivière du Témiscouata.

Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

Avant de vivre en liberté, les tortues séjournent quelques jours dans des cages d'acclimatation. Au lieu de les relâcher tout simplement dans la nature, on leur donne une petite semaine pour s'exercer à manger des proies toutes seules, à nager dans de l'eau où il y a un peu de courant, explique Martine Tremblay, technicienne de la faune au MFFP.

Deux tortues des bois sur une plage au bord de l'eau.

Deux jeunes tortues des bois font leurs premiers pas dans la nature après avoir passé la première année de leur vie au Biodôme de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Lisa-Marie Bélanger

Enfin, le moment tant attendu arrive. C’est l’heure de la baignade pour les tortures et ce n’est pas sans émotion que Mme Tremblay et sa collègue Johanne Dussureault regardent leurs petites protégées entrer dans l’eau de la rivière.

« C'est pour ça qu'on fait ça. C'est pour donner un coup de pouce à la population de tortues des bois. »

— Une citation de  Martine Tremblay, technicienne de la faune au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec
Martine Tremblay et Johanne Dussureault posent en tenant chacune une tortue dans leurs mains.

Les techniciennes de la faune Martine Tremblay et Johanne Dussureault le jour de la remise en liberté de tortues des bois dans une rivière du Témiscouata.

Photo : Radio-Canada / Lisa-Marie Bélanger

Vers la création d’un refuge faunique

Au cours des dernières années, le MFFP a acquis des terrains privés en bordure de certaines rivières dans le but de créer un refuge faunique qui deviendrait un noyau de conservation de la tortue des bois.

Ça va être une zone protégée dans laquelle les tortues vont pouvoir vivre puis éventuellement rayonner et aller coloniser d'autres rivières du Témiscouata, souligne la biologiste Geneviève Bourget.

Geneviève Bourget pose devant une rivière.

Biologiste au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec, Geneviève Bourget pilote le programme de réinsertion de la tortue des bois dans le Témiscouata.

Photo : Radio-Canada / Lisa-Marie Bélanger

Ce refuge faunique pourrait voir le jour d'ici cinq ans. Il servirait également de lieu de recherche pour les biologistes.

Comme la tortue des bois fait l'objet d'un suivi au Québec, le MFFP invite toute personne qui en apercevrait une à signaler son observation sur le site web carapace.ca.

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